Lex orandi, lex credendi : la Nouvelle Messe et la Foi

Le texte sui­vant a pour auteur Daniel RAFFARD de BRIENNE, il est extrait de la revue Lecture et Tradition n° 101 de mai-​juin 1983.

Introduction

Lex oran­di, lex cre­den­di. Cet adage célèbre, résu­mé d’une phrase écrite au Vème siècle et attri­buée à Saint Célestin Ier, a été reprise depuis, par de nom­breux autres Papes, tels que Benoît XIV, Léon XIII, Pie XI et Pie XII [1]. Il signi­fie que la loi de la prière déter­mine la loi de la croyance.

Autrement dit, on peut en modi­fiant la prière modi­fier aus­si la croyance. C’est, nous le ver­rons, en modi­fiant la litur­gie de la Messe que de grands héré­tiques comme Luther et Cranmer ont entraî­né dans le pro­tes­tan­tisme des popu­la­tions entières qui se croyaient encore catholiques.

Nous assis­tons actuel­le­ment, et sur une plus grande échelle encore, au même évé­ne­ment. Notre inten­tion est de mon­trer dans cet opus­cule com­ment la Nouvelle Messe n’a d’autre objet que d’im­po­ser une nou­velle reli­gion. La révo­lu­tion litur­gique n’est qu’une pièce, maî­tresse il est vrai, de tout un ensemble qui concourt de manière cohé­rente à l’é­ta­blis­se­ment de cette nou­velle reli­gion. Le car­di­nal Journet disait, il y a quelques années : « La litur­gie et la caté­chèse sont les deux mâchoires de la tenaille avec laquelle on arrache la foi » [2].

Il nous fau­drait donc, pour être com­plets, situer le pro­blème de la Nouvelle Messe dans un ensemble qui com­pren­drait aus­si l’é­tude de la caté­chèse actuelle. Nous serions éga­le­ment ame­nés à abor­der d’autres domaines : ceux du rituel des sacre­ments, de l’en­semble des prières et de l’of­fice, des diverses formes de pié­té, de la dis­ci­pline ecclésiastique.

Nous nous bor­ne­rons néan­moins à un exa­men, assez com­plet bien que rapide, de la Nouvelle Messe, en nous effor­çant tou­te­fois de déga­ger som­mai­re­ment l’en­tou­rage his­to­rique et de faire jus­tice de quelques opi­nions hâtives.

1ère partie : Histoire de la Messe jusqu’à St Pie V

On sait que la Révélation est ter­mi­née depuis la mort du der­nier Apôtre. Depuis, par consé­quent, aucune véri­té, aucun dogme nou­veau ne peut venir l’en­ri­chir. En revanche, des dogmes impli­ci­te­ment conte­nus dans la Révélation peuvent être encore déga­gés et défi­nis de nos jours : l’exemple le plus récent est la pro­cla­ma­tion de l’Assomption en 1950. Une fois défi­nis, les dogmes sont intan­gibles et nul ne peut les nier, les contes­ter ni même les pas­ser sous silence.

C’est dire que tous les dogmes qui défi­nissent la Messe étaient déjà conte­nus dans la pre­mière Messe célé­brée par Notre Seigneur Jésus-​Christ lors de la Cène.

Dès les Ier et IIème siècles, les paroles du Christ sont entou­rées d’une litur­gie encore mou­vante, mais à peu près sem­blable en Orient et en Occident, ain­si que l’at­testent la Didachè, l’é­pître de Saint Clément, celle dite de Barnabé, les écrits de Saint Ignace, Saint Justin et Saint Irénée [3]. Les rites se cris­tal­lisent assez rapi­de­ment et il existe au IVème siècle quatre types de messes : les rites d’Antioche et d’Alexandrie, le rite romain et le rite gal­li­can. Mais toutes les par­ties de la Messe se retrouvent dans tous les rites dès le IIème siècle [4].

Signalons, dès le IVème Siècle, la pre­mière héré­sie anti­li­tur­gique, celle de Vigilance qui s’op­pose au triom­pha­lisme et veut reve­nir à la sim­pli­ci­té pri­mi­tive [5]. C’est la pre­mière appa­ri­tion de l’ar­chaïsme et de la désa­cra­li­sa­tion ; en fait, l’hé­ré­sie anti­li­tur­gique ne varie guère de siècle en siècle. A la même époque, les Ariens, qui nient la divi­ni­té du Christ, com­mu­nient debout et avec la main, donc en dimi­nuant les marques de res­pect [6]. Alors que, comme pour la plu­part des héré­tiques, leurs écrits manquent sou­vent de net­te­té, ils veulent chan­ger pra­ti­que­ment la foi en modi­fiant la litur­gie : lex oran­di, lex cre­den­di.

Dès le Vème siècle, appa­raît une ten­dance à l’u­ni­fi­ca­tion occi­den­tale sur le seul modèle romain. Survivront jus­qu’à nos jours : à Milan la litur­gie ambroi­sienne qui a le canon romain, à Tolède la litur­gie moza­rabe d’o­ri­gine orien­tale, la litur­gie domi­ni­caine très voi­sine du rite romain à part quelques détails venus des mis­sels fran­çais du Moyen Age.

La Messe dite actuel­le­ment de Saint Pie V n’est autre que le rite romain, tel qu’on le trouve à peu près dès le Vème siècle. Les prières de l’of­fer­toire, qui peuvent dater des VIIème ou VIIIème siècles n’ont été adop­tées par Rome qu’au XIème siècle [7]. Mais l’en­semble du canon romain date au moins du IVème siècle, avec quelques addi­tions au Vème siècle. On trouve des traces de ce canon dès le IIème siècle [8].

On pré­sente le canon d’Hippolyte comme plus ancien que le canon romain, car on l’at­tri­bue à Saint Hippolyte, anti­pape et mar­tyr du IIIème siècle. Beaucoup moins riche que le canon romain, c’est une ana­phore orien­tale qui n’eut guère de suc­cès et que seul un sou­ci d’ar­chaïsme, dont nous repar­le­rons, a vou­lu déter­rer. La prière eucha­ris­tique n° 2 de la Nouvelle Messe se réclame en effet de ce canon, mais n’en contient en réa­li­té que quelques rémi­nis­cences [9].

On voit donc que la Messe est fixée dès l’Antiquité et qu’elle tra­ver­se­ra tout le Moyen Âge sans subir de chan­ge­ments impor­tants, à part l’en­ri­chis­se­ment de l’of­fer­toire. On note, dans dif­fé­rentes églises, de très petites varia­tions de détail dues à des usages locaux par­fois fort anciens.

Survient alors la Renaissance et l’é­mer­gence du natu­ra­lisme qui va atta­quer les bases sur­na­tu­relles de la reli­gion catho­lique. Déjà, en 1525, le Pape Clément VII, par sou­ci d’a­dap­ta­tion au monde, accepte de nou­velles prières où l’on évo­quait les dieux de la mytho­lo­gie, comme Bacchus et Vénus [10] ; le bref de 1525 ne sera d’ailleurs jamais annu­lé. Beaucoup plus grave sera la contes­ta­tion appor­tée par les ini­tia­teurs de la Réforme ; et c’est ce qui jus­ti­fie­ra l’œuvre du Concile de Trente et de Saint Pie V.

Mais arrêtons-​nous quelques ins­tants sur le pre­mier réfor­ma­teur, ce Luther que l’Eglise conci­liaire tient main­te­nant pour une sorte de saint et dont le por­trait figure dans les livres de caté­chèse entre ceux de Sainte Catherine de Sienne et de Saint Ignace de Loyola. Voici ce qu’en dit un des experts du Concile Vatican II, le père Congar : « Luther est un des plus grands génies reli­gieux de toute l’his­toire. Je le mets à cet égard sur le même plan que Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin ou Pascal. D’une cer­taine manière il est encore plus grand » [11].

En tout cas, Luther, cet ancien moine, n’é­tait pas un saint. Voici ce qu’il dit de lui-​même [12] : « Je suis ici du matin au soir inoc­cu­pé et ivre. » Ou bien : « Tu me demandes pour­quoi je bois si abon­dam­ment, pour­quoi je parle si gaillar­de­ment et pour­quoi je ripaille si fré­quem­ment ? C’est pour faire pièce au diable qui s’é­tait mis à me tour­men­ter. » Ou encore : « C’est de boire, déjouer, de rire, en cet état, d’au­tant plus fort, et même de com­mettre quelque péché en guise de défi et de mépris pour Satan, de cher­cher à chas­ser les pen­sées sug­gé­rées par le diable à l’aide d’autres idées, comme par exemple en pen­sant à une jolie fille, à l’a­va­rice ou à l’i­vro­gne­rie, ou bien se mettre dans une forte colère. »

En 1525, il écrit : « J’ai eu jus­qu’à trois épouses en même temps » [13]. Deux mois après ce prêtre se marie pour de bon avec une qua­trième femme, une reli­gieuse [14]. Notons que, d’a­près son dis­ciple et suc­ces­seur Théodore de Bèze [15], Calvin n’é­tait pas plus édi­fiant : « Pendant quinze années que Calvin a consa­crées à ensei­gner aux autres les voies de la jus­tice, il n’a pu se for­mer ni à la tem­pé­rance, ni à des habi­tudes hon­nêtes, ni à la véri­té ; il est demeu­ré enfon­cé dans la boue. »

Que pen­ser de réformes dues à de tels réfor­ma­teurs ? Mais restons-​en à Luther. Dès le début de son action, il s’at­taque à la Messe : « Quand la messe sera ren­ver­sée » , dit-​il, « je pense que nous aurons ren­ver­sé la papau­té ! Car c’est sur la messe comme sur un rocher que s’ap­puie la papau­té tout entière, avec ses monas­tères, ses évê­chés, ses col­lèges, ses autels, ses minis­tères et sa doc­trine… Tout cela s’é­crou­le­ra quand s’é­crou­le­ra leur messe sacri­lège et abo­mi­nable » [16].

En fait, il adapte la Messe à son ensei­gne­ment [17] : D’abord, pour lui, le sacer­doce n’est pas réser­vé aux prêtres, mais par­ta­gé par tous les fidèles : « Quelle folie » , dit-​il, « de vou­loir l’ac­ca­pa­rer pour quelques-​uns » . Les prêtres se dis­tinguent donc non par le sacer­doce, mais seule­ment par la fonc­tion de pré­sident ; d’où l’i­nu­ti­li­té du céli­bat et de l’ha­bit reli­gieux. Puis, dit-​il, « la Messe est offerte par Dieu à l’homme et non par l’homme à Dieu » . Elle est donc une litur­gie de la parole, une com­mu­nion et un par­tage ; d’où le recours à la langue ver­na­cu­laire et à l’au­tel face au peuple. La Messe n’est donc pas un sacri­fice, pour Luther, et sur­tout pas un sacri­fice pro­pi­tia­toire puisque la foi (dans le sens de confiance) suf­fit pour nous sauver.

D’où l’a­char­ne­ment de Luther contre les belles prières de l’of­fer­toire qui expriment si clai­re­ment le but pro­pi­tia­toire et expia­toire du sacri­fice. « Suit » , dit-​il, « toute cette abo­mi­na­tion à laquelle on assu­jet­tit tout ce qui pré­cède. On l’ap­pelle Offertoire et tout y res­sent l’o­bla­tion » [18]. Luther croit à une cer­taine pré­sence réelle mais il nie la Transsubstantiation. S’il garde les textes essen­tiels du canon, il les donne comme simple récit de l’ins­ti­tu­tion de la Cène ; les marques de res­pect sont sup­pri­mées de la com­mu­nion. Voici, pour résu­mer, ce qu’il pense de la Messe : « Cet abo­mi­nable canon qui est un recueil de lacunes bour­beuses ; on a fait de la messe un sacri­fice ; on a ajou­té les offer­toires. La messe n’est pas un sacri­fice ou l’ac­tion d’un sacri­fi­ca­teur. Regardons-​la comme sacre­ment ou comme tes­ta­ment. Appelons-​la béné­dic­tion, eucha­ris­tie, ou table du Seigneur, ou Cène du Seigneur ou Mémoire du Seigneur » [19]. Mais Luther ne veut pas agir trop fran­che­ment. Il dit : « Pour arri­ver sûre­ment et heu­reu­se­ment au but, il faut conser­ver cer­taines céré­mo­nies de l’an­cienne messe, pour les faibles qui pour­raient être scan­da­li­sés par le chan­ge­ment trop brusque » [20]. Il dit aus­si : « Le prêtre peut fort bien s’ar­ran­ger de telle façon que l’homme du peuple ignore tou­jours le chan­ge­ment opé­ré et puisse assis­ter à la messe sans trou­ver de quoi se scan­da­li­ser » [21].

En appli­ca­tion de tout cela, la messe luthé­rienne se pré­sen­tait ain­si dès Noël 1521 [22] : Confiteor, Introït, Kyrie, Gloria, Epître, Evangile, pré­di­ca­tion ; pas d’of­fer­toire, Sanctus, récit à haute voix et en langue vul­gaire de l’ins­ti­tu­tion de la Cène, com­mu­nion à la main et au calice sous les deux espèces sans néces­si­té d’une confes­sion préa­lable ; Agnus Dei, Benedicamus Domino. Le latin dis­pa­raî­tra peu à peu.

Les autres réfor­ma­teurs agi­ront de la même façon. Zwingli, en Suisse, uti­li­se­ra des réci­pients pro­fanes à la place des vases sacrés et fera dis­tri­buer la com­mu­nion par des laïcs [23]. En Angleterre [24], la reine Elisabeth charge les théo­lo­giens de ne rien dire qui cen­su­rât le dogme de la pré­sence réelle mais de le lais­ser indé­cis, au choix de cha­cun [25]. Le latin laisse la place à l’an­glais ; l’au­tel est rem­pla­cé par une table posée face au peuple ; la com­mu­nion est reçue debout puis dans la main ; la confes­sion pri­vée est rem­pla­cée par des céré­mo­nies col­lec­tives ; au nom de Messe sont sub­sti­tués ceux d’Eucharistie et de Cène [26]. En résu­mé, les pro­tes­tants por­te­ront leurs efforts sur trois points essentiels :

  1. Négation du carac­tère sacri­fi­ciel de la Messe, sauf dans le sens vague de sacri­fice de louange ; pour eux la Cène est une sorte de repas communautaire.
  2. Négation de la trans­sub­stan­tia­tion ; pour eux la pré­sence réelle se limite soit à une pré­sence tem­po­raire à l’in­té­rieur des espèces, soit à une pré­sence spirituelle.
  3. Négation du sacer­doce du prêtre, rem­pla­cé par un sacer­doce col­lec­tif de l’as­sem­blée des fidèles sous la pré­si­dence du prêtre ou du pasteur.

On retrou­ve­ra ces trois points dans la Nouvelle Messe, soit sous la forme d’o­mis­sions, soit sous la forme d’at­té­nua­tions et d’af­fir­ma­tions équi­voques. Nombre de com­men­taires iront jus­qu’à l’af­fir­ma­tion caté­go­rique, non équivoque.

Le Concile de Trente oppo­sa au pro­tes­tan­tisme le rem­part de la doc­trine catho­lique qu’il for­mu­la de manière pré­cise et dans les formes requises pour lui assu­rer le carac­tère d’in­failli­bi­li­té. Il n’est donc plus pos­sible, sans quit­ter l’Eglise catho­lique, de reve­nir sur les défi­ni­tions du Concile de Trente, défi­ni­tions évi­dem­ment conformes à ce que l’Eglise avait tou­jours ensei­gné [27]. Pour le Concile de Trente, la Messe est un sacri­fice véri­table offert par le prêtre agis­sant, par la ver­tu de son sacer­doce, « in per­so­na Christi » , c’est-​à-​dire à la place du Christ qui est à la fois le prêtre et la vic­time, à la Messe comme sur la Croix. La Messe est en effet le même sacri­fice, mais non san­glant, que celui de la Croix. Ce sacri­fice a quatre fina­li­tés : c’est un sacri­fice de louange ; un sacri­fice eucha­ris­tique, c’est-​à-​dire une action de grâce ; un sacri­fice pro­pi­tia­toire, c’est-​à-​dire qu’il nous rend Dieu favo­rable ; un sacri­fice impé­tra­toire, c’est-​à-​dire des­ti­né à pré­sen­ter une demande. C’est sur­tout le carac­tère pro­pi­tia­toire que les Protestants ont reje­té et que l’on a grand-​peine à retrou­ver dans la Nouvelle Messe ; or ce carac­tère pro­pi­tia­toire a été affir­mé de manière solen­nelle, sous peine d’a­na­thème, lors de deux ses­sions du Concile de Trente [28]. La vic­time du sacri­fice de la Messe est Notre Seigneur Jésus-​Christ réel­le­ment et sub­stan­tiel­le­ment pré­sent, dans son corps, son sang, son âme et sa divi­ni­té, sous les appa­rences du pain et du vin. Le chan­ge­ment de la sub­stance totale du pain et du vin en le corps et le sang du Christ n’est clai­re­ment et sans équi­voque défi­ni que par le mot trans­sub­stan­tia­tion, comme l’a rap­pe­lé solen­nel­le­ment et sous peine d’a­na­thème le Concile de Trente [29].

Enfin, devant l’a­nar­chie litur­gique géné­ra­trice d’hé­ré­sies, le Concile de Trente déci­da : « Que le sacri­fice soit accom­pli, selon le même rite par­tout et par tous, afin que l’Eglise de Dieu n’ait qu’un seul lan­gage… Que les mis­sels soient res­tau­rés selon l’u­sage et la cou­tume ancienne de la Sainte Eglise Romaine » [30].

On entend sou­vent dire que Paul VI, en pro­mul­guant sa Messe, n’a fait que suivre l’exemple de Saint Pie V. C’est une grosse erreur, car Paul VI a éta­bli un nou­veau rite que, nous le ver­rons, ne deman­dait nul­le­ment le Concile Vatican II ; alors que Saint Pie V s’est conten­té, à la demande expresse du Concile de Trente, de res­tau­rer la Messe romaine dans sa forme la plus pure.

Cette Messe res­tau­rée fut pro­mul­guée le 19 juillet 1570 par Saint Pie V au moyen de la bulle Quo pri­mum rédi­gée d’une manière par­ti­cu­liè­re­ment solen­nelle [31]. La bulle pré­cise bien qu’il s’a­git, non d’un nou­veau rituel, mais d’un « Missel revu et cor­ri­gé » que des « hommes éru­dits, s’é­tant ins­truits des récits des Anciens et d’autres auto­ri­tés qui nous ont lais­sé des monu­ments sur les anciennes litur­gies, ont res­ti­tué… à la règle et au rite des saints Pères » . Que décrète la bulle au sujet des autres messes exis­tant en 1570 ? Exactement le contraire de la poli­tique sui­vie par les défen­seurs de la Nouvelle Messe. Alors qu’ac­tuel­le­ment toutes les varia­tions et fan­tai­sies sont auto­ri­sées ou tolé­rées et que seule la Messe res­tau­rée par la bulle Quo pri­mum est pour­chas­sée avec l’a­char­ne­ment que l’on sait, Saint Pie V sup­prime les rites récents et déviants, résul­tats ou géné­ra­teurs d’hé­ré­sie, mais main­tient au contraire toutes les messes « ayant un usage inin­ter­rom­pu supé­rieur à deux cents ans » . En pra­tique, le mis­sel révi­sé sup­plan­te­ra peu à peu, et sans contrainte, la plu­part de ces messes anciennes qui en étaient très proches : c’est ain­si que le dio­cèse de Paris l’a­dop­te­ra en 1615, près d’un demi-​siècle plus tard [32].

Une dis­po­si­tion impor­tante de la bulle accorde un indult à per­pé­tui­té selon lequel per­sonne ne pour­ra jamais inter­dire à aucun prêtre de célé­brer la Messe dite actuel­le­ment de Saint Pie V : « Que désor­mais, pour chan­ter ou réci­ter la Messe en n’im­porte quelles églises, on puisse, sans aucune réserve, suivre ce même mis­sel, avec per­mis­sion don­née ici et pou­voir d’en faire libre et licite usage, sans aucune espèce de scru­pule ou sans qu’on puisse encou­rir aucunes peines, sen­tences et cen­sures. Voulant ain­si que les pré­lats, admi­nis­tra­teurs, cha­noines, cha­pe­lains et tous autres prêtres… ne soient tenus de célé­brer la Messe en toute autre forme que celle par Nous ordon­née ; et qu’ils ne puissent, par qui que ce soit, être contraints et for­cés à modi­fier le pré­sent Missel. » Tout cela signi­fie clai­re­ment qu’en cas de Nouvelle Messe chaque prêtre a le droit de conti­nuer à célé­brer selon le rite de 1570.

L’indult et la bulle elle-​même sont pro­té­gés de manière par­ti­cu­liè­re­ment forte contre toute alté­ra­tion : « Statuons et décla­rons que les pré­sentes lettres ne pour­ront jamais et en aucun temps être révo­quées ni modi­fiées mais qu’elle demeu­re­ront tou­jours fermes et valables dans toute leur force. » Ou encore, à la fin de la bulle : « Qu’il ne soit à per­sonne, abso­lu­ment, per­mis d’en­freindre ou, par témé­raire entre­prise, contre­ve­nir, à la pré­sente charte, » etc., « Que s’il avait l’au­dace de l’at­ten­ter, qu’il sache qu’il encour­ra l’in­di­gna­tion du Dieu tout puis­sant et des bien­heu­reux apôtres Pierre et Paul. »

On entend par­fois affir­mer que la pro­mul­ga­tion de la Nouvelle Messe a auto­ma­ti­que­ment abro­gé la bulle et donc la Messe tra­di­tion­nelle. C’est abso­lu­ment faux. Il aurait fal­lu pour cela un acte pon­ti­fi­cal abro­geant expli­ci­te­ment la bulle. Et même si la Messe dite de Saint Pie V n’a­vait pas eu le sup­port de la bulle, il aurait fal­lu pour la sup­pri­mer une loi expli­cite selon le canon 30 du Code de droit canon qui pré­cise [33] : « Une loi ne révoque pas les cou­tumes cen­te­naires ou immé­mo­riales contraires, à moins qu’il en soit fait une men­tion spé­ciale. » Le canon 23 dit de même : « La révo­ca­tion de la loi pré­exis­tante n’est pas pré­su­mée. » Or aucun acte de Paul VI ni de ses suc­ces­seurs ne men­tionne une abro­ga­tion ni de la bulle ni de la Messe. On peut se deman­der pour­quoi Paul VI, qui vou­lait cer­tai­ne­ment favo­ri­ser la Nouvelle Messe, n’a pas pris soin d’a­bro­ger la bulle. La réponse est que, s’il avait pu le faire vali­de­ment, cette abro­ga­tion n’au­rait sans doute pas été pour autant licite. Pour qu’une abro­ga­tion éven­tuelle soit licite, il fau­drait qu’il y ait des motifs si graves qu’ils auraient ame­né Saint Pie V lui-​même à cette abro­ga­tion ; sinon elle por­te­rait atteinte à l’es­sence de l’au­to­ri­té suprême. Car, il ne faut pas l’ou­blier, la bulle est revê­tue très clai­re­ment et très for­te­ment de toutes les condi­tions de per­pé­tui­té ; son fond est d’autre part une simple res­tau­ra­tion du mis­sel romain primitif.

En conclu­sion, la Messe dite de Paul VI ne peut être impo­sée à qui­conque à la place de celle dite de Saint Pie V. Ajoutons qu’un cer­tain nombre de paroisses ont conser­vé la Messe tra­di­tion­nelle et que, si des per­sé­cu­tions feu­trées sont menées contre leurs curés sous dif­fé­rents pré­textes, aucune sanc­tion n’est jamais prise contre eux au sujet de la Messe.

Très bien, dira-​t-​on, mais l’o­béis­sance due au Pape ne doit-​elle pas ame­ner cha­cun à renon­cer de lui-​même à la Messe tra­di­tion­nelle, puis qu’il parait évident que Paul VI vou­lait la remplacer ?

Deux mots sur l’o­béis­sance dans l’Eglise [34]. Il faut dis­tin­guer le magis­tère décla­ra­tif et le magis­tère cano­nique. Le magis­tère décla­ra­tif porte sur la conser­va­tion, la décla­ra­tion et la défi­ni­tion du dépôt de la révé­la­tion divine ; exer­cé dans les condi­tions défi­nies par le Concile Vatican I, il est infaillible et exige une obéis­sance abso­lue. Le magis­tère cano­nique porte sur l’or­ga­ni­sa­tion de la vie chré­tienne ; il n’est pas infaillible et on ne lui doit pas obéis­sance, au contraire, s’il se trompe. Nous ver­rons que les textes de Vatican II relèvent du magis­tère cano­nique et non du magis­tère infaillible. En ce qui concerne une pré­ten­due inter­dic­tion de la Messe tra­di­tion­nelle et une pré­ten­due obli­ga­tion de la Nouvelle Messe, on peut même dou­ter qu’il y ait magis­tère cano­nique puis­qu’il n’existe aucun acte pon­ti­fi­cal pré­cis sur ce point.

2ème partie : Histoire de la Messe jusqu’à Vatican II

La litur­gie romaine res­tau­rée par le Pape Saint Pie V subit des alté­ra­tions dès la fin du XVIIe siècle, et spé­cia­le­ment en France sous l’in­fluence du gal­li­ca­nisme, du pro­tes­tan­tisme et du jan­sé­nisme [35]. Notons en vrac : dimi­nu­tion de l’es­prit de prière, réduc­tion du culte de la Sainte Vierge et des saints, aug­men­ta­tion du nombre des lec­tures de l’Ecriture Sainte, rem­pla­ce­ment ici et là de l’au­tel par une table, adop­tion du fran­çais ; tou­te­fois on n’o­sa pas tou­cher au Canon qui res­ta presque tou­jours réci­té en latin mais à haute voix. En résu­mé, ten­dance à la désa­cra­li­sa­tion et à la pro­fa­na­tion ; et aus­si émiet­te­ment et anar­chie puis­qu’à la fin du XVIIIe siècle beau­coup de dio­cèses fran­çais avaient des litur­gies particulières.

Ces fâcheuses ten­dances gagnèrent l’Allemagne et sur­tout l’Italie où, en 1786, le fameux synode de Pistoie prô­na des mesures simi­laires : un seul autel par église avec exten­sion de la concé­lé­bra­tion, adop­tion de la langue vul­gaire dans la litur­gie, etc… Le synode de Pistoie fut condam­né en 1794.

La Messe fut fina­le­ment res­tau­rée dans sa pure­té au cours du XIXe siècle, prin­ci­pa­le­ment dès 1830 par dom Guéranger, fon­da­teur de Solesmes [36]. La res­tau­ra­tion des chants litur­giques, éga­le­ment entre­prise par dom Guéranger, fut ache­vée par Saint Pie X.

Malheureusement, après la mort de ce Pape, le mou­ve­ment litur­gique ne tar­da pas à déri­ver vers une modi­fi­ca­tion de la Messe où l’as­pect apos­to­lique pas­se­rait avant l’as­pect cultuel, où l’é­du­ca­tion de l’es­prit chré­tien pren­drait le pas sur le culte ren­du à Dieu [37]. Une fois de plus, on ten­dit à sub­sti­tuer la dimen­sion hori­zon­tale à la dimen­sion ver­ti­cale, la Messe offerte par Dieu aux hommes à la Messe offerte à Dieu par les hommes (selon la parole de Luther).

Dès les années 1920, dom Beauduin envi­sage de faire ser­vir la litur­gie au mou­ve­ment œcu­mé­nique en l’a­dap­tant aux urgences de l’u­nion des Eglises. Certains de ses moines en pro­fi­te­ront pour pas­ser à l’Eglise ortho­doxe. Lui-​même sera condam­né mais conti­nue­ra à col­la­bo­rer avec les Dominicains les plus avan­cés, comme les pères Chenu, Congar et Roguet. Pie XII essaya en vain de mettre fin en 1947 à la sub­ver­sion litur­gique en publiant l’en­cy­clique Mediator Dei où on lit par exemple [38] : « II faut réprou­ver l’au­dace tout à fait témé­raire de ceux qui, de pro­pos déli­bé­ré, intro­duisent de nou­velles cou­tumes litur­giques ou font revivre des rites péri­més. » Un peu plus loin : « De sorte que ce serait sor­tir de la voie droite de vou­loir rendre à l’au­tel sa forme pri­mi­tive de table, de vou­loir sup­pri­mer radi­ca­le­ment des cou­leurs litur­giques le noir, d’ex­clure des temples les images saintes et les sta­tues, etc. »

Pie XII parle de « l’ex­ces­sive et mal­saine pas­sion des choses anciennes. » « II n’est pas sage ni louable » , dit-​il, « de tout rame­ner en toute manière à l’an­ti­qui­té. » II condamne par là l’ar­chaïsme qui, sous cou­leur de retour aux sources, est un pro­cé­dé révo­lu­tion­naire de rup­ture avec la tra­di­tion. On le voit lar­ge­ment appli­qué de nos jours où les nova­teurs pré­tendent remon­ter au-​delà du Concile de Trente et même de l’empereur Constantin. Tous les fon­da­teurs d’hé­ré­sies ont agi ainsi.

Pascal disait déjà [39] : « L’art de fron­der, bou­le­ver­ser les Etats, est d’é­bran­ler les cou­tumes éta­blies, en son­dant jusque dans leur source, pour mar­quer leur défaut d’au­to­ri­té et de jus­tice. Il faut, dit-​on, recou­rir aux lois fon­da­men­tales et pri­mi­tives de l’Etat qu’une cou­tume injuste a abo­lies. C’est un jeu sûr de tout perdre. »

A cet endroit de notre tra­vail appa­raît, on le voit, la notion de sub­ver­sion dans l’Eglise. Le moment est venu de nous deman­der quelles influences allaient pro­vo­quer la crise de l’Eglise à l’oc­ca­sion du Concile Vatican II. A vrai dire, ces influences étaient et sont encore multiples.

Il faut d’a­bord noter une impré­gna­tion et une infil­tra­tion à l’in­té­rieur de l’Eglise des socié­tés secrètes [40], qui seront en grande par­tie à l’o­ri­gine des idées de libé­ra­lisme [41], de moder­nisme, de faux œcu­mé­nisme. Dès le milieu du XIXe siècle, la Haute Vente des Carbonari s’in­quié­tait d’in­fil­trer les sémi­naires pour for­mer un cler­gé acquis aux idées libé­rales, dans l’at­tente « d’un pape selon nos besoins » et pour réa­li­ser « une révo­lu­tion en tiare et en chape, mar­chant avec la croix et la ban­nière » [42].

L’ex-​chanoine Roca, pas­sé aux socié­tés secrètes, écri­vait à la fin du XIXe siècle : « Je crois que le culte divin… subi­ra pro­chai­ne­ment, dans un concile œcu­mé­nique, une trans­for­ma­tion qui, tout en lui ren­dant la véri­table sim­pli­ci­té de l’âge d’or apos­to­lique, le met­tra en har­mo­nie avec l’é­tat nou­veau de la conscience et de la civi­li­sa­tion moderne » [43].

Donnons main­te­nant trois cita­tions de francs-​maçons [44]. Saint-​Yves d’Alveydre, contem­po­rain de Roca s’a­dres­sa aux catho­liques libé­raux : « Ne crai­gnez pas, si vous le pou­vez, d’être l’âme de la liber­té morale, de la tolé­rance uni­ver­selle, dussiez-​vous, vous confon­dant avec les nations, y perdre momen­ta­né­ment votre corps de doc­trine et de dis­ci­pline, cette forme que vous appe­lez l’Eglise catho­lique » [45]. Breyer en 1959 : « La liqué­fac­tion de Rome, Dieu soit loué, se ter­mine sous l’ef­fort d’une jeune prê­trise qui n’au­ra plus rien de com­mun avec l’obs­cu­ran­tisme clé­ri­cal » [46]. Yves Marsaudon en 1964 : « II n’y a pas de pro­blème à résoudre avec les églises pro­tes­tantes, pas plus qu’il ne s’en pose entre la maçon­ne­rie et la syna­gogue ; les dif­fi­cul­tés n’existent qu’a­vec la seule Eglise romaine. » Du même : « Entre la for­mule franc-​maçonnique du Grand Architecte de l’Univers et le point Oméga de Teilhard de Chardin, on dis­cerne mal ce qui pour­rait empê­cher les hommes qui pensent de s’en­tendre. A l’heure actuelle, Teilhard de Chardin est cer­tai­ne­ment l’au­teur le plus lu, à la fois dans les Loges et dans les sémi­naires » [47].

On sait qu’un cer­tain nombre de pré­lats, par­fois fort haut pla­cés, ont été ou sont soup­çon­nés ou accu­sés d’ap­par­te­nance à la franc-​maçonnerie. La preuve de cette appar­te­nance a été appor­tée pour l’un d’entre eux qui a aus­si­tôt été éloi­gné du Vatican et expé­dié en Iran. Il est inté­res­sant de noter qu’il s’a­gis­sait de Mgr Bugnini, le maître d’œuvre et le prin­ci­pal auteur de la Nouvelle Messe [48].

Autre influence dans l’Eglise : celle du mar­xisme, par­ti­cu­liè­re­ment évi­dente au niveau de l’Action ouvrière et de la J.O.C., mais tout aus­si per­cep­tible au sein de dif­fé­rents épis­co­pats [49]. Il est d’autre part bien connu depuis le Pape Pie XII que les ser­vices sovié­tiques ont infil­tré dans les sémi­naires de nom­breux agents for­més à cet effet [50]. Quelques-​uns ont été démas­qués, comme le célèbre père Alighiero Tondi, secré­taire de Mgr Montini et agent du K.G.B. [51]. Mais com­bien res­tent igno­rés et ont pu même accé­der à l’é­pis­co­pat ? Bernanos disait : « Je serai fusillé par des prêtres bol­che­viks qui auront le Contrat social dans la poche et la croix sur la poi­trine » [52].

Enfin, le cler­gé lui-​même, pous­sé peu ou prou par ces influences, a connu des crises pro­fondes [53]. Au début de ce siècle, une par­tie du cler­gé se ral­lie à deux erreurs : l’a­mé­ri­ca­nisme ou recherche de l’ef­fi­ca­ci­té par le rejet des ver­tus pas­sives au pro­fit des ver­tus actives ; le moder­nisme ou recherche de l’a­dap­ta­tion de l’Eglise et des dogmes à la men­ta­li­té moderne. Léon XIII et Saint Pie X condamnent les deux erreurs, tout rentre dans l’ordre et le cler­gé revient à une haute vie spi­ri­tuelle. La pri­mau­té est ren­due à la contem­pla­tion ; l’ac­ti­vi­té est subor­don­née à la prière et à la pénitence.

En 1943, le trop célèbre livre des abbés Godin et Daniel, France pays de mis­sion, pré­lude au retour bru­tal dès 1945 de l’a­mé­ri­ca­nisme et du moder­nisme. Les prêtres rêvent de conver­sions en masse et veulent voir les résul­tats de leur apos­to­lat. On attri­bue la déchris­tia­ni­sa­tion à un manque d’ef­fi­ca­ci­té dû à des méthodes dépas­sées. Les pra­ti­quants sont jugés indignes. Ils enferment les prêtres dans un ghet­to en les iso­lant de la masse géné­reuse mais déchris­tia­ni­sée. Il faut conver­tir les masses en deve­nant sem­blables à elles et en écar­tant les pra­ti­quants. Il faut cher­cher l’ef­fi­ca­ci­té en fai­sant des expériences.

Mais la spi­ri­tua­li­té est aban­don­née, la notion de sacer­doce est abais­sée, les expé­riences échouent. Plus les échecs sont patents, plus on pousse les aban­dons et les expé­riences. Les inno­va­tions post-​conciliaires, faites dans le même sens, vien­dront consom­mer le désastre.
Le mal­heur de l’Eglise sera qu’au moment de ces inno­va­tions post­con­ci­liaires le trône de Saint-​Pierre sera occu­pé par un Pape, Paul VI, pro­fon­dé­ment impré­gné de la phi­lo­so­phie sub­jec­tive et natu­ra­liste du libé­ra­lisme, aux anti­podes de la doc­trine catho­lique. Il ne nous appar­tient pas de juger ce Pape, mais lisons ces quelques phrases qu’il a pro­non­cées et où l’on ne retrouve pas la misère de l’homme en face de la majes­té et de la clé­mence de Dieu. En 1965, dis­cours de clô­ture du Concile : « Toute la richesse doc­tri­nale du Concile ne vise qu’à une chose : ser­vir l’homme » ; encore : « Nous aus­si, nous plus que qui­conque, nous avons le culte de l’homme. » Lorsqu’un homme débarque sur la Lune : « Honneur à l’homme, roi de la terre et aujourd’­hui prince du ciel. » En 1970 : « L’Eglise croit très fer­me­ment que la pro­mo­tion des droits de l’homme est une requête de l’Evangile et qu’elle doit occu­per une place cen­trale dans son minis­tère. » 1971 : « Une paix qui ne résulte pas du culte véri­table de l’homme n’est pas elle-​même une véri­table paix » [54]. On voit que Paul VI était bien mal armé pour main­te­nir le Concile et l’après-​Concile dans la voie de l’orthodoxie.

L’idée de réunir un Concile datait pra­ti­que­ment de 1870. Cette année-​là le Concile Vatican I fut inter­rom­pu par la guerre franco-​prussienne et on esti­ma depuis qu’il fal­lait le ter­mi­ner. Les Papes Pie XI et Pie XII réunirent des com­mis­sions et enta­mèrent suc­ces­si­ve­ment des tra­vaux pré­pa­ra­toires à la réunion d’un Concile Vatican II. Mais ils se ren­dirent rapi­de­ment compte que des forces sub­ver­sives ris­quaient de s’emparer du Concile (on sait com­bien les grandes assem­blées sont dif­fi­ciles à mener et faciles à faire dévier) ; ils renon­cèrent donc, l’un puis l’autre, à réunir ce Concile.

Jean XXIII fut moins pru­dent. Il crut pour­tant avoir pris toutes les pré­cau­tions néces­saires : les com­mis­sions conci­liaires étaient toutes com­po­sées, les textes étaient rédi­gés ; une unique et courte ses­sion du Concile devait enté­ri­ner le tout [55].

C’était comp­ter sans les manœuvres d’un groupe de car­di­naux d’Europe cen­trale et occi­den­tale et de leurs conseillers, d’i­dées fort avan­cées ; citons par­mi ces der­niers les pères Rahner, Congar, Schillebeeckx et Hans Kung. Il y eut une véri­table conju­ra­tion qui per­mit, dès le pre­mier jour, d’é­li­mi­ner les com­mis­sions et les textes pré­pa­rés par le Pape. Les témoins rap­portent com­ment la masse des évêques, non pré­ve­nus, se lais­sa impo­ser des élé­ments pro­gres­sistes à tous les postes clefs. Votes hâtifs, tru­cages, manœuvres émaille­ront toute l’his­toire du Concile. Il ne man­que­ra pas non plus de pres­sions exté­rieures : c’est ce qui explique qu’un Concile des­ti­né à dis­cu­ter des pro­blèmes de notre temps ne fera même pas allu­sion au com­mu­nisme. Mieux : une motion signée par 450 évêques et deman­dant la condam­na­tion du com­mu­nisme dis­pa­raî­tra tout sim­ple­ment sans lais­ser de trace. En revanche, à la demande des ins­tances juives inter­na­tio­nales, une décla­ra­tion sera votée en 1964 qui, pour laver les Juifs de toute res­pon­sa­bi­li­té dans la mort du Christ, reve­nait à contre­dire et cen­su­rer cer­tains pas­sages des Evangiles ; devant l’é­nor­mi­té de la chose, une autre décla­ra­tion, beau­coup plus modé­rée, sera votée en rem­pla­ce­ment avec la même quasi-​unanimité l’an­née sui­vante [56].

On ne sera pas sur­pris dans ces condi­tions que la plu­part des textes du Concile, sans être vrai­ment condam­nables (condam­nables ils ne seraient pas pas­sés), contiennent des équi­voques, des phrases au sens vague, des ambi­guï­tés per­met­tant ulté­rieu­re­ment des inter­pré­ta­tions progressistes.

Il est impor­tant de noter qu’au­cun de ces textes n’est revê­tu de l’in­failli­bi­li­té. Jean XXIII et Paul VI ont sou­vent sou­li­gné que le Concile n’a­vait qu’un carac­tère pas­to­ral et non doc­tri­nal. D’ailleurs la com­mis­sion doc­tri­nale du Concile a pré­ci­sé : « Compte tenu de l’u­sage des Conciles et du but pas­to­ral du Concile actuel, celui-​ci défi­nit comme devant être tenus par l’Eglise en matière de foi et de mœurs uni­que­ment les points qu’il a clai­re­ment décla­rés tels. » Or aucun point ne fut décla­ré tel [57].

La consti­tu­tion sur la litur­gie fut comme les autres rédi­gée de manière vague et ambi­guë [58]. Elle contient tout de même un cer­tain nombre de dis­po­si­tions inté­res­santes dont aucune ne laisse pré­voir la sup­pres­sion de la Messe tra­di­tion­nelle. Bien au contraire, l’ar­ticle 4 sti­pule « Obéissant fidè­le­ment à la tra­di­tion, le Concile déclare que la sainte Mère l’Eglise consi­dère comme égaux en droit tous les rites légi­ti­me­ment recon­nus et qu’elle veut, à l’a­ve­nir, les conser­ver et les favo­ri­ser de toute manière. »

Notons aus­si l’ar­ticle 22 qui condamne ce que l’on a appe­lé depuis la créa­ti­vi­té en litur­gie. Les articles 36 et 54 qui ordonnent de conser­ver le latin. L’article 116 qui pres­crit de lais­ser la pre­mière place au chant gré­go­rien. Le Concile n’a nulle part pré­vu la créa­tion d’une Nouvelle Messe et, pen­dant toute sa durée, les pères conci­liaires ne célé­bre­ront que la Messe traditionnelle.

La Nouvelle Messe est le fruit d’un après-​Concile qu’a­vant même qu’elle soit pro­mul­guée, en 1967 et 1968 déjà, des par­ti­sans du Concile jugeaient sévè­re­ment [59]. Etienne Gilson : « Divagation par­mi les ruines. » Le père Bouyer : « A moins de se bou­cher les yeux, il faut même dire fran­che­ment que ce que nous voyons res­semble bien moins à la régé­né­ra­tion escomp­tée qu’à une décom­po­si­tion accé­lé­rée du catho­li­cisme. » Le père de Lubac : « Sous le nom d’Eglise nou­velle, d’Eglise post-​conciliaire, on s’ef­force sou­vent de bâtir une Eglise autre que celle de Jésus-​Christ : une socié­té anthro­po­cen­trique, socié­té qui est mena­cée d’une apos­ta­sie imma­nente et qui se laisse entraî­ner à n’être plus qu’un mou­ve­ment de laisser-​aller géné­ral sous le pré­texte de rajeu­nis­se­ment, d’œ­cu­mé­nisme et de réadap­ta­tion. »

Au moment où ces juge­ments étaient por­tés, une com­mis­sion réunie sous la direc­tion de Mgr Bugnini, dont nous avons vu l’ap­par­te­nance à la franc-​maçonnerie, met­tait la der­nière main à la Nouvelle Messe. Etrange com­mis­sion à la véri­té, où sié­geaient six obser­va­teurs pro­tes­tants qui figurent à côté de Paul VI sur une célèbre pho­to­gra­phie [NDLR de LPL – Voir ci-​contre : Le Pape Paul VI et les six pro­tes­tants qui ont contri­bué à l’é­la­bo­ra­tion de la nou­velle messe : Dr. George ; Canon Jasper ; Dr. Shephard ; Dr. Konneth ; Dr. Eugene Brand et le Frère Max Thurian.] [60].

Quel fut le rôle de ces pro­tes­tants dans cette com­mis­sion catholique ?

Voici un témoi­gnage catho­lique, celui de Mgr Baum [61] : « Ils ne sont pas là » , écrit-​il en 1967, « sim­ple­ment en obser­va­teurs mais aus­si bien en experts, et ils par­ti­cipent plei­ne­ment aux dis­cus­sions sur le renou­veau litur­gique. »

Un des six pro­tes­tants, le cha­noine angli­can Jasper, déclare de son côté en 1977 : « Nous étions, bien sûr, auto­ri­sés à com­men­ter, cri­ti­quer et faire des sug­ges­tions » [62]. On peut être, à bon droit, sur­pris de voir des pro­tes­tants par­ti­ci­per à l’é­la­bo­ra­tion d’une Messe catho­lique, alors que cette Messe repose pré­ci­sé­ment sur des dogmes que les pro­tes­tants rejettent.

On remar­que­ra, en pas­sant, qu’au­cun prêtre ortho­doxe n’a­vait été invi­té alors que la foi ortho­doxe sur la Messe est la même que la foi catholique.

3e partie : Le faux œcuménisme et la Nouvelle Messe

Malgré la lon­gueur de ce tra­vail, pour­tant limi­té aux points essen­tiels, il nous faut déve­lop­per ici une paren­thèse sur l’œ­cu­mé­nisme. Car c’est bien un sou­ci d’œ­cu­mé­nisme, ou plu­tôt de faux œcu­mé­nisme, qui jus­ti­fie la créa­tion de la Nouvelle Messe.

Il existe un œcu­mé­nisme catho­lique : il consiste à conver­tir, à rame­ner à l’Eglise catho­lique tous ceux qui en sont éloi­gnés. Au IIIème siècle, Saint Cyprien écrit son fameux : « Hors de l’Église point de salut » [63]. Au IVème siècle, Saint Augustin déclare : « Quiconque se sépa­re­ra de cette Eglise catho­lique n’au­ra pas la vie » [64]. Pie IX condamne la pro­po­si­tion selon laquelle « le pro­tes­tan­tisme n’est qu’une des diverses formes de la même et vraie reli­gion chré­tienne dans laquelle il est pos­sible de plaire à Dieu, tout comme dans l’Eglise catho­lique » [65].

En 1928, dans son ency­clique Mortalium ani­mos, Pie XI condamne le faux œcu­mé­nisme et pré­cise : « II n’est pas per­mis de pro­cu­rer l’u­nion des chré­tiens autre­ment qu’en favo­ri­sant le retour des dis­si­dents à la seule et véri­table Eglise du Christ dont ils se sont jadis mal­heu­reu­se­ment éloi­gnés. » Il ajoute, par­lant des faux œcu­mé­nistes : « En ce qui concerne les dogmes de la foi, il n’est nul­le­ment per­mis d’u­ser de la dis­tinc­tion qu’il leur plaît d’in­tro­duire entre les véri­tés de la foi fon­da­men­tales et les non-​fondamentales, comme si les unes devaient être reçues par tous, tan­dis que les fidèles se ver­raient auto­ri­sés à croire ou à ne pas croire les autres. »

En 1949, le Saint Office publie une mise en garde contre le Mouvement œcu­mé­nique [66] ; il déclare : « La doc­trine catho­lique doit être pro­po­sée et expo­sée tota­le­ment et inté­gra­le­ment ; il ne faut point pas­ser sous silence et voi­ler par des termes ambi­gus ce que la véri­té catho­lique enseigne. »

II est bien évident que l’œ­cu­mé­nisme post-​conciliaire prend le contre pied de ces ins­truc­tions et pro­voque une pro­tes­tan­ti­sa­tion de l’Eglise catho­lique [67]. Certes nous avons en com­mun avec les pro­tes­tants tout ce qu’ils ont gar­dé du catho­li­cisme, mais la cha­ri­té à leur égard consiste à leur rendre ce qu’ils ont per­du et non à les ras­su­rer dans leur schisme en adop­tant leurs erreurs. Les signes de cette pro­tes­tan­ti­sa­tion sont très nom­breux : adop­tion des erreurs doc­tri­nales, dis­cus­sion inces­sante, démo­cra­ti­sa­tion de l’Eglise, laï­ci­sa­tion au moins exté­rieure du sacer­doce. Nous ver­rons tout à l’heure les germes de la pro­tes­tan­ti­sa­tion dans la Nouvelle Messe. Pourquoi cette pro­tes­tan­ti­sa­tion, plu­tôt que, par exemple, une ortho­doxi­sa­tion ? Tout sim­ple­ment parce que le pro­tes­tan­tisme, c’est la voie de la faci­li­té. Le pro­tes­tan­tisme est plus com­mode, moins exi­geant, plus conforme au res­pect humain que le catho­li­cisme. Il est aus­si plus proche des idées démo­cra­tiques actuel­le­ment domi­nantes et qui sont en grande par­tie d’ailleurs issues de la Réforme par l’in­ter­mé­diaire, en par­ti­cu­lier, des loges maçonniques.

Les ortho­doxes n’y trouvent pas leur compte. Voici ce qu’é­crit un Russe ortho­doxe habi­tant en Russie : « Je dois vous dire hon­nê­te­ment que nous, chré­tiens ortho­doxes, sommes scan­da­li­sés de ce qui se passe dans l’Eglise catho­lique. Depuis le Concile Vatican II, la rup­ture entre les chré­tiens ortho­doxes et les catho­liques romains s’a­gran­dit de plus en plus… Vous per­dez le sens du sacré… Vous oubliez l’ab­so­lue prio­ri­té de la prière et de la péni­tence… Je ne sais si vous attei­gnez réel­le­ment les pro­tes­tants, mais je suis cer­tain, abso­lu­ment cer­tain que vous décou­ra­gez les chré­tiens ortho­doxes » [68].

Voici main­te­nant ce que pensent cer­tains pro­tes­tants. On lit dans un article de La Documentation Chrétienne [69] : « L’Eglise offi­cielle d’au­jourd’­hui, qui se veut œcu­mé­nique, accepte toutes les reli­gions, toutes les sectes au nom de la liber­té de conscience, de pen­sée et de culte, tout comme le fait la Franc-​Maconnerie. Mais, comme elle, elle excepte de cette com­pré­hen­sion, d’ailleurs héré­tique, les catho­liques de la Tradition, ce qui prouve qu’ils sont, eux, la véri­table Eglise. » De la même source pro­tes­tante : « Les tra­di­tio­na­listes catho­liques, a l’heure actuelle, sont les véri­tables défen­seurs de la foi chré­tienne dans l’Église romaine. »

Le pas­teur Rigal, de Strasbourg, écrit [70] : « Mgr Lefebvre dénonce avec éner­gie l’œ­cu­mé­nisme en ce qu’il a d’é­qui­voque et de men­son­ger, et qui crée de nou­velles divi­sions. Et que dire de la confu­sion créée par les mariages œcu­mé­niques et par les concé­lé­bra­tions au même autel et simul­ta­né­ment… de la Messe et de la Sainte Cène par un prêtre et par un pas­teur, cha­cun… consa­crant les espèces ? Mgr Lefebvre… est logique et consé­quent avec la doc­trine de son Eglise, avec sa Tradition, avec ses condam­na­tions et ses refus. »

Même opi­nion des pro­tes­tants François Bluche et Pierre Chaunu [71] qui sou­lignent plus spé­cia­le­ment les modi­fi­ca­tions appor­tées aux sémi­naires : « En dix ans, disent-​ils, le nombre des entrées a chu­té de 10 à 1. Au pro­gramme on a rem­pla­cé Saint Thomas d’Aquin par Marx et Feuerlach. Pour ces auteurs, la réus­site d’Ecône sou­li­gnait l’é­chec des nou­veaux sémi­naires, l’or­do de St Pie V main­te­nu » , etc. D’où, d’a­près eux, l’a­char­ne­ment de l’é­pis­co­pat fran­çais contre Ecône.

Voici ce que disait en 1981 le pas­teur René Barjavel : « L’Eglise catho­lique a cas­sé sa litur­gie, les­si­vé son rite, esca­mo­té ses mys­tères, bais­sé sa flamme de joie ; à toute vitesse elle se fait pro­tes­tante » [72].

Pour être tout à fait « œcu­mé­nique » , citons encore le grand rab­bin Kaplan [73] : « Serais-​je catho­lique romain que je serais inté­griste… Notre dif­fé­rence avec les catho­liques, la seule mais elle est capi­tale, c’est qu’ils s’ef­forcent d’a­dap­ter la reli­gion à l’homme tan­dis que nous tra­vaillons à l’a­dap­ta­tion de l’homme à la reli­gion. »

Même réflexion du pro­tes­tant Cullmann [74] : « Le grand cou­pable n’est pas le monde sécu­la­ri­sé, mais le faux com­por­te­ment des chré­tiens à l’é­gard du monde. On croit que pour accom­plir sa tâche d’a­pôtre, le chré­tien doit être dans le vent et suivre toutes les modes. La crise de la foi est mani­fes­tée par la capi­tu­la­tion devant le monde. » L’auteur fait remar­quer que Saint Paul ne s’est pas confor­mé au monde et que c’est là la clef du suc­cès de sa prédication.

On aura remar­qué que ces dif­fé­rents obser­va­teurs non-​catholiques voient dans le pseudo-​œcuménisme une ten­ta­tive de des­truc­tion du catho­li­cisme en faveur d’un amal­game de reli­gio­si­té inter-​confessionnelle, assez ana­logue aux concep­tions déistes de la Franc-Maçonnerie.

La Nouvelle Messe appa­raît comme une arme de choix, mais non la seule, de cette entre­prise de pro­tes­tan­ti­sa­tion ou, mieux, de réduc­tion du catho­li­cisme à un huma­nisme déiste. Atteint-​elle son but ? Demandons-​le à quelques nou­veaux témoins. D’abord du côté des luthé­riens, le frère Thurian, de Taizé, déclare en 1969 [75] : « Des com­mu­nau­tés non-​catholiques pour­ront célé­brer la Sainte Cène avec les mêmes prières que l’Eglise catho­lique. Théologiquement, c’est pos­sible. » On remar­que­ra que cette pos­si­bi­li­té n’existe pas avec la Messe tra­di­tion­nelle parce que celle-​ci est le reflet de la théo­lo­gie catho­lique. Que l’on ne nous dise pas, alors, que la Nouvelle Messe ne dif­fère que par des détails secon­daires de la Messe tra­di­tion­nelle, puisque pour les pro­tes­tants ces dif­fé­rences sont essen­tielles. On note­ra d’ailleurs, et c’est une remarque pleine d’en­sei­gne­ment, que le texte de l’of­fice de Taizé, tel qu’il exis­tait en 1959, est très voi­sin de celui de la Nouvelle Messe de 1969 [76]. Le frère Thurian avait été un des six pro­tes­tants de la com­mis­sion de Mgr Bugnini. Encore un luthé­rien, M. Siegvalt, pro­fes­seur de dog­ma­tique à la facul­té pro­tes­tante de Strasbourg. Il écrit en 1969 : « Rien dans la messe main­te­nant renou­ve­lée ne peut gêner vrai­ment le chré­tien évan­gé­lique » [77]. Un autre pro­tes­tant, Roger Mehl, écrit en 1970 : « II n’y a plus de rai­sons pour les Eglises de la Réforme d’in­ter­dire à leurs fidèles de prendre part à l’eu­cha­ris­tie romaine. » Plus loin : « La trans­sub­stan­tia­tion… fait l’ob­jet de tant de contes­ta­tions par­mi les théo­lo­giens et les prêtres qu’on ne peut plus la consi­dé­rer comme un obs­tacle déci­sif » [78]. Le Consistoire de la Confession d’Augsbourg et de Lorraine déclare en 1973 : « II devrait être pos­sible aujourd’­hui à un pro­tes­tant de recon­naître dans la célé­bra­tion eucha­ris­tique catho­lique la cène ins­ti­tuée par le Seigneur. Nous tenons à l’u­ti­li­sa­tion des nou­velles prières eucha­ris­tiques dans les­quelles nous nous retrou­vons » [79].

Du côté des angli­cans citons l’ar­chi­diacre Pawley : « La litur­gie romaine révi­sée… res­semble main­te­nant très étroi­te­ment à la litur­gie angli­cane. » Plus loin : « La nou­velle litur­gie, en beau­coup d’en­droits, a dépas­sé la litur­gie de Cranmer, en dépit d’un retard de 400 ans, dans sa moder­ni­té » [80]. Même opi­nion chez un angli­can conver­ti au catho­li­cisme, le grand écri­vain Julien Green. Après avoir regar­dé une Nouvelle Messe à la télé­vi­sion, il écrit : « Ce que je recon­nus, comme Anne (sa sœur) de son côté, était une imi­ta­tion assez gros­sière du ser­vice angli­can qui nous était fami­lier dans mon enfance. Le vieux pro­tes­tant qui som­meille en moi dans sa foi catho­lique se réveilla tout à coup devant l’é­vi­dente et absurde impos­ture que nous offrait l’é­cran, et cette étrange céré­mo­nie ayant pris fin, je deman­dai sim­ple­ment à ma sœur : Pourquoi nous sommes-​nous conver­tis ? » Plus loin : « Je com­pris d’un coup avec quelle habi­le­té on menait l’Eglise d’une façon de croire à une autre. Ce n’é­tait pas une mani­pu­la­tion de la foi mais quelque chose de plus sub­til » [81]. Lex oran­di, lex cre­den­di. Un autre écri­vain conver­ti, Marie Carré, a consa­cré à cette ques­tion un très beau livre que son édi­teur pré­sente ain­si : « Marie Carré n’a pas quit­té le cal­vi­nisme pour que son curé l’y recon­duise de force » [82].

Terminons cette par­tie de notre tra­vail par trois témoi­gnages venus des pays de l’Est. Notre Russe ortho­doxe de tout à l’heure d’a­bord : « Je puis vous assu­rer que les athées de notre pays se réjouissent de ce que vous faites, prin­ci­pa­le­ment le bap­tême par étapes. Ils disent : « Regardez et voyez, les catho­liques fran­çais font ce que vous refu­sez » [83]. Un témoi­gnage de Lituanie en 1978 : « Dernièrement les auto­ri­tés sovié­tiques insistent de plus en plus auprès des évêques pour qu’ils appliquent la réforme litur­gique du Concile » [84]. Enfin une lettre en 1980 du secré­taire de l’Assemblée épis­co­pale de Pologne : « Sachez qu’i­ci on nous impose la nou­velle litur­gie pour faire perdre la Foi à nos popu­la­tions » [85]. Est-​il besoin de commenter ?

4ème partie : La Nouvelle Messe

Le nou­veau mis­sel fut publié le 3 août 1969. Il était accom­pa­gné d’un long texte de pré­sen­ta­tion, l’lns­ti­tu­tio gene­ra­lis, dont la lec­ture frap­pa de stu­peur les théo­lo­giens catho­liques. Un « Bref exa­men cri­tique de la nou­velle messe » fut pré­sen­té à Paul VI, avec l’ac­cord d’une ving­taine de car­di­naux, par les car­di­naux Ottaviani et Bacci qui notaient dans la pré­face : « Le nou­vel Ordo Missae s’é­loigne de façon impres­sion­nante, dans l’en­semble comme dans le détail, de la théo­lo­gie catho­lique de la Sainte Messe » [86].

Effectivement, on ne retrouve nulle part dans l’lns­ti­tu­tio gene­ra­lis les fina­li­tés de la Messe que nous avons rap­pe­lées plus haut. Le mot « sacri­fice » figure dix fois, mais jamais dans le sens catho­lique de sacri­fice pro­pi­tia­toire ; on en reste au sens vague admis par les pro­tes­tants [87]. Tout nage dans l’é­qui­voque : la prière eucha­ris­tique est défi­nie comme une prière pré­si­den­tielle dans l’ar­ticle 10 [88], comme une prière d’ac­tion de grâces et de sanc­ti­fi­ca­tion dans l’ar­ticle 54.

Deux des prin­ci­paux fon­de­ments de la Messe catho­lique étaient par­ti­cu­liè­re­ment gommés :

- d’a­bord, la pré­sence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin. Les mots « pré­sence réelle » ne figurent d’ailleurs qu’une fois, en note, et dans un sens res­treint [89], dans la note 63 de l’ar­ticle 241. Le mot « trans­sub­stan­tia­tion » lui-​même n’est pas uti­li­sé une seule fois. Rappelons que la pro­po­si­tion 29 du synode de Pistoie fut condam­née en 1794 pour le simple motif qu’elle don­nait une défi­ni­tion exacte de la trans­sub­stan­tia­tion mais sans en citer le nom ce qui « favo­ri­sait les héré­tiques » [90].

- deuxième fon­de­ment de la Messe catho­lique par­ti­cu­liè­re­ment miné : le sacer­doce du prêtre. Le prêtre devient le pré­sident, le frère. On ne trouve aucune allu­sion à son pou­voir de ministre du sacri­fice, ni à l’acte consé­cra­toire qui lui revient en propre, ni à la réa­li­sa­tion par son inter­mé­diaire de la pré­sence eucharistique.

Bien au contraire, on insiste sur « le rôle sacer­do­tal du peuple » (article 45), sans men­tion de sa subor­di­na­tion à celui du prêtre. Nulle part n’est indi­quée la valeur intrin­sèque du Sacrifice eucha­ris­tique en dehors de l’as­sem­blée. Tout au contraire, le carac­tère com­mu­nau­taire de la Messe revient comme une obses­sion, notam­ment de l’ar­ticle 74 à l’ar­ticle 152, comme si l’eu­cha­ris­tie était l’œuvre de l’as­sem­blée. Nous le ver­rons, cer­tains le diront. En résu­mé, l’Institutio gene­ra­lis ne conte­nait aucune des don­nées dog­ma­tiques de la Messe, mais était lar­ge­ment impré­gnée des idées protestantes.

Plus extra­or­di­naire encore, son article 7 don­nait de la Messe une défi­ni­tion posi­ti­ve­ment luthé­rienne, donc car­ré­ment héré­tique. La voi­ci : « La Cène du Seigneur ou Messe est la synaxe sacrée ou le ras­sem­ble­ment du peuple de Dieu sous la pré­si­dence du prêtre pour célé­brer le mémo­rial du Seigneur. C’est pour­quoi vaut émi­nem­ment pour l’as­sem­blée locale de la Sainte Eglise la pro­messe du Christ : Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » D’après l’ar­ticle 7, la Cène (déno­mi­na­tion pro­tes­tante) ou Messe est donc uni­que­ment le ras­sem­ble­ment du peuple de Dieu ; le prêtre n’est que le pré­sident ; œuvre de la com­mu­nau­té, la Cène n’est que la célé­bra­tion du mémo­rial du Seigneur ; d’a­près la deuxième phrase, la pré­sence du Christ, pure­ment spi­ri­tuelle, est le fait de l’as­sem­blée. Luther ne disait rien d’autre.

Le scan­dale fut trop grand pour être étouf­fé. Dès 1970, on fit pré­cé­der l’Institutio gene­ra­lis d’un prae­mium ou pré­am­bule plus ortho­doxe quoique non dépour­vu lui aus­si d’am­bi­guï­té [91] ; en somme une expli­ca­tion de l’ex­pli­ca­tion. Le prae­mium expli­quait notam­ment (articles 6 à 9) qu’au temps de Saint Pie V la foi catho­lique était mena­cée à pro­pos du sacer­doce, de la pré­sence réelle et du carac­tère sacri­fi­ciel de la Messe. D’après lui, il n’en est plus de même actuel­le­ment et on peut donc atté­nuer dans la Messe le rap­pel de ces dogmes. C’est là nier l’é­vi­dence alors même que, dans l’en­cy­clique Mysterium fidei, Paul VI déclare tout le contraire en 1965 [92]. On remar­que­ra avec gêne qu’on retrouve là le pro­cé­dé immuable de tous les héré­tiques : insi­nua­tion d’er­reurs par­mi des décla­ra­tions ortho­doxes ; lors­qu’il y a contes­ta­tion, mul­ti­pli­ca­tion des décla­ra­tions ortho­doxes mais main­tien des erreurs sous une forme atté­nuée [93].

Le pré­am­bule de 1970 appa­raît sur­tout comme un camou­flage auquel on ajou­ta des modi­fi­ca­tions minimes à l’lns­ti­tu­tio gene­ra­lis et notam­ment à l’ar­ticle 7. Mais cette modi­fi­ca­tion de l’ar­ticle 7 appelle plu­sieurs remarques :

- Première remarque, que les juristes appré­cie­ront. Le texte révi­sé fut public comme inco­gni­to avec la date du pre­mier. En fait, il y eut même trois édi­tions dif­fé­rentes por­tant la même date, car on avait oublié d’in­di­quer la date d’en­trés en vigueur de la Nouvelle Messe. Passons sur un autre détail juri­dique : le texte latin ne conte­nait aucune for­mule d’o­bli­ga­tion ; la tra­duc­tion fran­çaise y ; remé­dié par un tru­cage [94]. Nous en ver­rons bien d’autres tout à l’heure.

- Deuxième remarque. L’épiscopat fran­çais en est res­té au texte héré­tique de l’ar­ticle 7 de 1969 sans tenir compte de la rec­ti­fi­ca­tion de 1970, puisque c’est ce texte que l’on retrouve dans la bro­chure offi­cielle publiée pour pré­pa­rer le Congrès eucha­ris­tique de Lourdes en 1981.

- Troisième remarque. Le nou­veau texte, s’il n’est plus for­mel­le­ment héré­tique, reste très ambi­gu. Pour ne pas allon­ger ce tra­vail, nous ren­voyons son ana­lyse en note [95] et nous nous conten­tons de citer l’o­pi­nion à ce sujet de l’Allemand Lengeling, un des auteurs catho­liques de la Nouvelle Messe [96] « Dans la pré­sen­ta­tion géné­rale (Institutio gene­ra­lis) du Missel de 1969, il faut signa­ler la théo­lo­gie sacra­men­telle de la célé­bra­tion de la messe ; cette théo­lo­gie est por­teuse d’œ­cu­mé­nisme… Malgré la nou­velle rédac­tion de 1970, que de ; attaques réac­tion­naires ont fini par obte­nir, mais qui évite le pire grâce à l’ha­bi­le­té des rédac­teurs, cette théo­lo­gie sacra­men­telle per­met… de sor­tir des impasses post-​tridentines du sacri­fice. »

- Quatrième remarque. Même si l’Institutio gene­ra­lis s’est trou­vée légè­re­ment amé­lio­rée, la Messe qu’elle défi­nis­sait et expli­quait n’a pra­ti­que­ment pas été retou­chée et reste donc liée à la pre­mière ver­sion. L’examen du nou­veau mis­sel montre en effet une évo­lu­tion très mar­quée dans les dif­fé­rentes direc­tions fixées par Luther et les autres réfor­ma­teurs. Nous ver­rons plus loin que la tra­duc­tion ou pré­ten­due telle de la Nouvelle Messe en fran­çais aggrave sen­si­ble­ment cette tendance.

Pour l’ins­tant restons-​en à la ver­sion latine du nou­veau mis­sel. Nous y remar­quons : atté­nua­tion de toutes les formes de pié­té et des affir­ma­tions dog­ma­tiques, gom­mage du sacer­doce du prêtre, dis­pa­ri­tion de l’af­fir­ma­tion du carac­tère de sacri­fice pro­pi­tia­toire de la Messe, atteintes insi­dieuses ou évi­dentes du dogme de la pré­sence réelle. Bref : ambi­guï­té ou équi­voque sur toute la ligne. Et aus­si dimi­nu­tion du carac­tère sacré. On remarque, en par­ti­cu­lier, que l’avant-​messe, dite litur­gie de la parole, est allon­gée alors que la durée de la Messe pro­pre­ment dite se trouve réduite, la plu­part du temps, à quelques minutes. Tout ce qui touche au sur­na­tu­rel ou aux dogmes est dimi­nué. Certes rien n’est sup­pri­mé, mais tout est réduit, en sorte que la Foi ne peut, elle aus­si, que s’at­té­nuer. Une étape sup­plé­men­taire dans le même sens sera accom­plie, nous le ver­rons, par la tra­duc­tion fran­çaise. Le cycle sera pra­ti­que­ment bou­clé avec les adap­ta­tions très larges tirées de cette traduction.

Mais reve­nons au texte latin de la Nouvelle Messe. Constatons déjà que la Sainte Trinité, priée ou invo­quée 23 fois dans la Messe tra­di­tion­nelle, n’y figure plus que 3 ou 6 fois selon les cas [97]. Les noms de la Sainte Vierge et des saints dis­pa­raissent du Libera nos ; ceux des saints, sup­pri­més dans trois canons, sont facul­ta­tifs dans la prex I [98]. Le mot « âme » dis­pa­raît de presque tout le propre ; il ne figure dans aucune des 83 orai­sons pro­po­sées pour les funé­railles ; on ne le trouve plus qu’une seule fois, dans la post-​communion de Saint François Xavier [99]. De même, la quin­zaine d’al­lu­sions aux miracles et appa­ri­tions conte­nues dans les messes des saints se trouve réduite à deux [100] ; les appa­ri­tions de Lourdes elles-​mêmes ont dis­pa­ru de la messe de Sainte Bernadette. Les anges et l’en­fer sont éga­le­ment deve­nus rares. Les adap­ta­tions fran­çaises gom­me­ront gra­ve­ment le carac­tère sacer­do­tal du prêtre. Mais le texte latin y porte déjà de pre­mières atteintes. Nous avons vu que l’Institutio gene­ra­lis passe entiè­re­ment sous silence le pou­voir du prêtre comme ministre du sacri­fice. Les orne­ments litur­giques, qui sont les signes sym­bo­liques de la confor­ma­tion du prêtre au Christ, semblent pour la plu­part être deve­nus facul­ta­tifs. Au début de la Messe, le prêtre récite le Confiteor avec les fidèles et ne donne plus l’ab­so­lu­tion ; il n’est donc plus qu’un fidèle par­mi les autres ; il n’est plus le juge et l’in­ter­ces­seur. De même, la plus grande par­tie des prières de la com­mu­nion du prêtre sont sup­pri­mées ; le prêtre tend à être seule­ment le pre­mier des fidèles à communier.

Le carac­tère de sacri­fice pro­pi­tia­toire de la Messe, carac­tère capi­tal, dis­pa­raît en fait. L’accent est sans cesse mis sur la nour­ri­ture et la sanc­ti­fi­ca­tion des membres pré­sents. Dans le même esprit l’au­tel est rem­pla­cé par une simple table où ne sont plus incluses des reliques. Le Mémento des morts se trouve tron­qué et édul­co­ré dans trois des quatre canons qui ne rap­pellent plus, l’of­fer­toire non plus, que la Messe opère la rémis­sion des péchés tant pour les morts que pour les vivants.

Enfin, et c’est la vic­toire de Luther, l’of­fer­toire qu’il haïs­sait tant parce que cet offer­toire expri­mait admi­ra­ble­ment le sacri­fice et la pro­pi­tia­tion, l’of­fer­toire est pure­ment et sim­ple­ment sup­pri­mé. On l’a rem­pla­cé par une prière Israélite tirée de la Kabbale et sans grande signi­fi­ca­tion. Alors que l’of­fer­toire tra­di­tion­nel est celui de la vic­time du sacri­fice (l’hos­tie imma­cu­lée, le calice du salut), l’of­fer­toire actuel n’est plus que l’of­frande déri­soire de quelques miettes de pain et de quelques gouttes de vin.

Le plus grave, dans le texte latin de la Nouvelle Messe, c’est l’at­taque insi­dieuse menée contre le dogme de la pré­sence réelle à laquelle toute réfé­rence, même indi­recte, est sup­pri­mée [101]. La simple mul­ti­pli­ca­tion des prières eucha­ris­tiques a fait perdre au canon son carac­tère de prière fixe, inchan­geable, de roc de la Foi. En outre, nous allons le voir, les trois nou­veaux canons sont très insuf­fi­sants. Mais il reste, dira-​t-​on, la prex I, le canon romain tra­di­tion­nel, conser­vé, il est vrai, pour faire accep­ter les autres, mais de moins en moins uti­li­sé. Or le canon romain de la Nouvelle Messe est, en réa­li­té, le résul­tat de nom­breuses mani­pu­la­tions du véri­table canon tra­di­tion­nel, mani­pu­la­tions qui sont autant d’at­teintes au dogme de la pré­sence réelle.

Jugez-​en. La for­mule consé­cra­toire de type inci­ta­tif est qua­li­fiée de « récit de l’ins­ti­tu­tion » et acquiert un type nar­ra­tif ; dans les textes impri­més, plus rien (le point, les carac­tères, la cou­leur) ne la dis­tingue du reste du canon. Les mots « mys­te­rium fidei » , dépla­cés, ne se rap­portent plus à la consé­cra­tion, mais à la Passion du Christ. L’acclamation dévo­lue à l’as­sis­tance ajoute une nou­velle ambi­guï­té ; que signi­fie en effet la for­mule « Nous annon­çons ta mort Seigneur… jus­qu’à ce que tu viennes » , au moment où pré­ci­sé­ment le Christ est venu sur l’au­tel où il est sub­stan­tiel­le­ment pré­sent ? Il s’a­joute à cela une foule de modi­fi­ca­tions que l’on pour­rait juger sans impor­tance si elles ne conver­geaient toutes dans le même sens. D’ailleurs, si elles étaient sans impor­tance, pour­quoi les aurait-​on imposées ?

Voici l’es­sen­tiel de ces modi­fi­ca­tions. Suppression de la génu­flexion après les paroles de la consé­cra­tion ; il ne sub­siste donc que la génu­flexion qui suit l’é­lé­va­tion, comme si, selon l’in­ter­pré­ta­tion pro­tes­tante, le Christ n’é­tait pré­sent que du fait de la foi des croyants. Diminution de toutes les marques de res­pect envers les saintes espèces : plus de taber­nacle sur l’au­tel, plus d’au­tel consa­cré, plus de dorure à l’in­té­rieur des vases sacrés, plus de pale obli­ga­toire pour pro­té­ger le calice ; une seule nappe au lieu de trois ; plus de puri­fi­ca­tion des doigts du prêtre dans le calice ; plus d’o­bli­ga­tion pour le prêtre de tenir joints les doigts qui ont tou­ché l’hos­tie pour évi­ter tout contact pro­fane. Pour les fidèles, plus d’a­ge­nouille­ment à la com­mu­nion ; action de grâce assise, alors que l’on connaît l’in­fluence de l’at­ti­tude phy­sique sur la qua­li­té de la prière.

Ajoutons l’a­dop­tion de for­mules reprises à Luther : l’ad­di­tion de « qui est livré pour vous » , la for­mule « Faîtes ceci en mémoire de moi » , la doxo­lo­gie ajou­tée au Pater. Et que dire de l’o­bli­ga­tion de dire le canon à haute voix à la mode luthé­rienne, alors que le Concile de Trente a jeté l’a­na­thème sur cette même obligation ?

Toutes ces remarques concernent le canon dit romain. Elles s’ap­pliquent aus­si aux trois autres prières eucha­ris­tiques dont on remar­que­ra en outre la briè­ve­té. De plus, la prex II, dite abu­si­ve­ment de Saint Hippolyte, ne porte aucune men­tion du sacri­fice, pas plus que les mots « obla­tion » ou « vic­time » . La prex III men­tionne le sacri­fice d’ac­tion de grâces et de louange, mais ne fait aucune allu­sion au sacri­fice expia­toire renou­ve­lé. Pas de sacri­fice pro­pi­tia­toire non plus dans la prex IV.

Il y a un cha­pitre que nous lais­sons de côté, par sou­ci de conci­sion, c’est celui de la sym­bo­lique. Dans la Messe tra­di­tion­nelle, les gestes et les paroles, le nombre des gestes et celui des paroles, tout est char­gé de sym­boles qui per­mettent de mieux appro­cher les mys­tères divins [102]. Tout cela est détruit dans la Nouvelle Messe au pro­fit d’une bana­li­sa­tion qui n’a rien de mys­tique. A vou­loir se rap­pro­cher des hommes on s’é­loigne de Dieu, et on éloigne les hommes de Dieu.

Il serait de même riche d’en­sei­gne­ment, mais trop long, d’é­tu­dier le bou­le­ver­se­ment du calen­drier litur­gique et l’a­dop­tion du cycle trien­nal au lieu du si riche cycle annuel tra­di­tion­nel. La meilleure expli­ca­tion de ces modi­fi­ca­tions, fort peu jus­ti­fiées par ailleurs, est le désir de rompre déli­bé­ré­ment avec la Tradition.

La créa­tion du cycle trien­nal aurait eu pour objec­tif de faire béné­fi­cier les fidèles d’un plus grand nombre de lec­tures tirées de la Sainte Ecriture. Or, si l’on étu­die le nou­veau lec­tion­naire des dimanches et fêtes, on constate la dis­pa­ri­tion de vingt-​deux pas­sages des évan­giles conte­nus dans le Missel tra­di­tion­nel. Certains textes évan­gé­liques sont écour­tés, cer­tains ver­sets sont sau­tés. Il se trouve que les phrases dis­pa­rues concernent le juge­ment géné­ral, le péché et les consé­quences du péché. En outre, vingt-​cinq dimanches et fêtes com­portent, au choix, des évan­giles nor­maux ou des « lec­tures brèves » qui en sont des ver­sions abro­gées. Or les abré­via­tions de ces sortes de conden­sés éli­minent aus­si les « paroles dures » du Christ, ses menaces et ses aver­tis­se­ments. On s’est donc per­mis, dans un esprit de libé­ra­lisme « œcu­mé­nique », de cen­su­rer l’en­sei­gne­ment de Notre-​Seigneur, d’en ôter ce qui pour­rait trou­bler le confort des « bonnes consciences » [103]

5ème partie : La traduction française

La tra­duc­tion fran­çaise aggrave encore la situa­tion. Il était sti­pu­lé que les tra­duc­tions en langue ver­na­cu­laire devaient suivre scru­pu­leu­se­ment le texte latin [104]. Nous ver­rons que les textes fran­çais sont loin de répondre a cette pres­crip­tion. Mais disons d’a­bord quelques mots sur le latin et la néces­si­té de son maintien.

Les par­ti­sans de la tra­duc­tion des textes litur­giques en langues ver­na­cu­laires constatent que le latin n’est plus com­pris de per­sonne et affirment que son emploi dans la litur­gie est un obs­tacle à la par­ti­ci­pa­tion des fidèles et une rai­son de l’a­ban­don de la pra­tique reli­gieuse. Pour répondre à cela. on peut déjà faire obser­ver que le latin n’est plus un langue vivante depuis 1 500 ans mais n’a jamais été depuis un obs­tacle à la pié­té popu­laire. D’ailleurs les livres de messe com­por­taient la tra­duc­tion en face du texte latin. Enfin les églises se sont sur­tout vidées depuis que le latin en a été exclu.

Situer la prière au niveau de la com­pré­hen­sion lit­té­rale du texte est un faux pro­blème. La prière, ce n’est pas une expli­ca­tion doc­tri­nale, qu’ap­portent d’ailleurs en fran­çais les ser­mons et le caté­chisme. La prière, c’est l’é­lé­va­tion de l’âme vers Dieu, c’est un che­min vers la contem­pla­tion. On la trou­ve­ra dans la com­pré­hen­sion intui­tive glo­bale et poé­tique d’une litur­gie dont la gran­deur, la beau­té et le sym­bole sont ordon­nés aux mys­tères divins de la Messe. Et non dans une com­pré­hen­sion mot à mot des textes liturgiques.

Traduction, cela signifie-​t-​il néces­sai­re­ment com­pré­hen­sion ? Les textes même tra­duits, com­portent tant de richesse mys­tique que la ten­ta­tion peut être grande de les adap­ter, de les appau­vrir, de les alté­rer pour les mettre à la por­tée du plus grand nombre. Nous ver­rons que nos tra­duc­teurs fran­çais n’ont pas su résis­ter à cette ten­ta­tion, loin de là. Ainsi attentent-​ils à la pure­té doc­tri­nale et aus­si à l’u­ni­ver­sa­li­té de l’Eglise, dans le temps et dans l’es­pace, uni­ver­sa­li­té dont le latin est le signe et la garantie.

Quelques cita­tions mon­tre­ront que le débat et les argu­ments ne sont pas nouveaux. 

De Saint François de Sales, vers la fin du XVIème siècle [105] : « Examinons sérieu­se­ment pour­quoi on veut avoir le Service divin en langue vul­gaire. Est-​ce pour y apprendre la doc­trine ? Mais certes la doc­trine ne peut s’y trou­ver à moins qu’on ait ouvert l’é­corce de la lettre dans laquelle est conte­nue l’in­tel­li­gence. La pré­di­ca­tion sert à ce point en laquelle la parole de Dieu est non seule­ment pro­non­cée, mais expo­sée par le pas­teur… Nous ne devons en aucune façon réduire nos offices sacrés en lan­gage par­ti­cu­lier, car comme notre Eglise est uni­ver­selle en temps et en lieu, elle doit aus­si célé­brer les offices publics en un lan­gage qui soit uni­ver­sel en temps et en lieu. »

Du Pape Alexandre VII, en 1661 : « Certains fils de per­di­tion, curieux de nou­veau­tés pour la perte des âmes, en sont venus a ce point d’au­dace que de tra­duire en langue fran­çaise le Missel romain, écrit en langue latine sui­vant l’u­sage approu­vé dans l’Eglise depuis tant de siècles… Par là ils ont ten­té, par un témé­raire effort, de dégra­der les rites les plus sacrés en abais­sant la majes­té que leur donne la langue latine, et exposent aux yeux du vul­gaire la digni­té des mys­tères divins » [106].

De Joseph de Maistre, en 1819 : « Toute langue chan­geante convient peu à une reli­gion immuable. Le mou­ve­ment natu­rel des choses attaque constam­ment les langues vivantes… Si l’Eglise par­lait notre langue, il pour­rait dépendre d’un esprit effron­té de rendre le mot le plus sacré de la litur­gie, ou ridi­cule ou indé­cent. Sous tous les rap­ports ima­gi­nables, la langue reli­gieuse doit être mise hors du domaine de l’homme » [107].

Du Pape Jean XXIII, dans sa consti­tu­tion Veterum sapien­tia de 1962 : « De nos jours, l’u­sage du latin est l’ob­jet de contro­verse en de nom­breux endroits et, en consé­quence, beau­coup demandent quelle est la pen­sée du Siège apos­to­lique sur ce point. C’est pour­quoi nous avons déci­dé de prendre des mesures oppor­tunes, énon­cées dans ce docu­ment solen­nel, pour que l’u­sage ancien et inin­ter­rom­pu du latin soit main­te­nu plei­ne­ment et réta­bli là où il est presque tom­bé en désué­tude. »

Vatican II, consti­tu­tion sur la litur­gie, article 36 : « L’usage de la langue latine, sauf droit par­ti­cu­lier, doit être conser­vé dans les rites latins. » On a fait tout le contraire. Et si le texte latin de la Nouvelle Messe montre sous pré­texte d’œ­cu­mé­nisme, des ten­dances dan­ge­reuses, sa « tra­duc­tion » fran­çaise repré­sente une notable aggra­va­tion de ces ten­dances. Le texte fran­çais du com­mun et du propre contient en effet plu­sieurs cen­taines d’al­té­ra­tions, toutes dans le même sens par rap­port au texte latin. Jugez-​en [108].

Le sacer­doce minis­té­riel, déjà bien écor­né, est encore mal­trai­té. L’exemple le plus frap­pant est don­né par l’Orate fratres. La Nouvelle Messe a conser­vé en latin l’Orate fratres tra­di­tion­nel où se trouve mis en valeur le rôle propre du prêtre : « Priez, mes frères. pour que mon sacri­fice, qui est aus­si le vôtre, puisse être agréé par Dieu le Père tout puis­sant. » Réponse : « Que le Seigneur reçoive de vos mains le « sacri­fice à la louange et à la gloire de son nom, ain­si que pour notre bien et celui de toute son Eglise sainte. » Prétendue tra­duc­tion : « Prions ensemble au moment d’of­frir le sacri­fice de toute l’Eglise. » Réponse : « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde. » C’est le sacri­fice de l’Eglise et non du Christ offert par l’as­sis­tance et non par le prêtre.

Dans l’é­pître de Saint Jacques, l’onc­tion n’est plus confé­rée aux malades par les prêtres mais par les anciens [109]. Une sub­tile attaque du céli­bat sacer­do­tal fait dire à Saint Paul : « Que cha­cun de vous sache prendre femme pour vivre dans la sain­te­té et le res­pect » au lieu de : « Que cha­cun de vous sache gar­der son corps dans la sain­te­té et dans l’hon­neur » [110]. Et pour­quoi tra­duire dans les quatre canons « notre Pape » par « le Pape » , ce qui est plus vague ?

La notion de sacri­fice, déjà gom­mée dans la Nouvelle Messe latine, l’est plus encore en fran­çais. Le mot assez éva­sif d” « eucha­ris­tie » , la bonne grâce, rem­place celui de « messe » . Le même mot d’eu­cha­ris­tie rem­place indû­ment une tren­taine de fois les mots « sacri­fice », « mys­tère », « sacrement » .

Pourquoi tra­duire « ite mis­sa est » par « allez dans la paix du Christ ? » si ce n’est pour sup­pri­mer le mot « messe » trop catho­lique, trop impré­gné de la notion de sacrifice.

La notion de trans­sub­stan­tia­tion est atté­nuée dans diverses tra­duc­tions. Par exemple : « Vous qui nous nour­ris­sez du corps et du sang de votre Fils » devient « Toi qui nous a don­né… » [111]. « Que ce sacre­ment réa­lise en nous ce qu’il contient » devient : « Que tes sacre­ments. Seigneur, achèvent de pro­duire ce qu’ils signi­fient » [112]. « Par l’a­li­ment céleste de votre parole et du sacre­ment que nous avons reçu » devient : « Par ta parole et par ton pain » [113]. Ou encore on ajoute « les vivres qui soient notre force » : on tra­duit « mys­tère » par « repas » .

Le culte des saints, déjà dimi­nué, est encore réduit. Par exemple, dans une tren­taine de cas les mots « inter­ces­sion », « mérites », « méri­ter » sont éliminés.

La Sainte Vierge n’est pas épar­gnée. L’expression si riche en théo­lo­gie « pleine de grâce » est rem­pla­cée par le modeste « favo­ri­sée de Dieu » . Dans le Confiteor, « la bien­heu­reuse Marie tou­jours vierge » devient « la Vierge Marie » . L’élimination fur­tive du mot « tou­jours » suf­fit ain­si à éva­cuer un dogme qui déplait aux pro­tes­tants : celui de la vir­gi­ni­té per­pé­tuelle de la Mère de Dieu. A l’oc­ca­sion, « vierge » devient « jeune fille » . Et même, on fait dire à Isaïe : « une jeune femme enceinte qui enfan­te­ra un fils » [114]. « Mère de Dieu » devient « Mère de ton fils » [115]. Il y a d’autres exemples de cette sape des dogmes mariaux, sape qui n’a rien d’a­no­din et que ne jus­ti­fie aucune tra­duc­tion honnête.

Les anges souffrent éga­le­ment d’une épu­ra­tion. Le mot « ange » est sou­vent ren­du par « mes­sa­ger » [116]. « Le pain des anges » devient « le pain des forts » [117]. On rac­cour­cit un texte de Saint Pierre d’une allu­sion aux anges [118]. De même les lec­tures et pré­faces sont tron­quées pour sup­pri­mer les noms des classes d’anges (Trônes. Dominations, etc.) qui deviennent « les innom­brables créa­tures des cieux » . Dans le Sanctus, le Deus Sabaoth, Dieu des armées, c’est-​à-​dire des armées célestes, devient pla­te­ment le Dieu de l’u­ni­vers [119]. Les démons et esprits immondes ne sont pas mieux trai­tés : ils deviennent en géné­ral, plus modes­te­ment, des « esprits mauvais » .

II faut dire que l’en­fer a dis­pa­ru. Le célèbre pas­sage de Saint Mathieu concer­nant l’Eglise : « Les portes de l’en­fer ne l’emporteront pas sur elle » est tra­duit par : « La puis­sance de la mort ne rem­por­te­ra pas sur elle » [120]. Dans le canon dit romain, « la dam­na­tion éter­nelle » devient « la dam­na­tion » tout court. Dans dif­fé­rents textes. « per­di­tion » est tra­duit par « mort » , et « mort spi­ri­tuelle » par « mal­heur » . De toute manière, il n’y aura plus de dam­nés puisque dans le Memento des défunts : « Souvenez-​vous de tous les défunts que vous avez pris en pitié » devient « Souviens-​toi de tous les hommes qui ont quit­té cette vie » , tous quels qu’ils soient. De même, dans la Consécration, « pro mul­tis » est ren­du par « pour la mul­ti­tude » , c’est-​à-​dire « pour tous » , alors que « pro mul­tis » veut dire « pour beau­coup » . Dans le Gloria, « les hommes de bonne volon­té » deviennent « les hommes qu’il aime » [121] ; c’est encore une néga­tion de l’ef­fort de cha­cun et du péché.

De manière géné­rale, la notion de péché ori­gi­nel est atté­nuée dans quatre cas. Celle du péché per­son­nel l’est constam­ment. Le « beau­coup péché » du Confiteor est débar­ras­sé du mot « beau­coup » . Dans l’Agnus Dei, « les péchés du monde » font place à « le péché du monde » : cela ne rejoint-​il pas la pen­sée socia­liste selon laquelle le seul péché, le péché du monde, c’est l’in­jus­tice sociale ? Dans au moins 25 cas, les mots « clé­mence » , « misé­ri­corde » , « béni­gni­té » de Dieu, « pro­pice » sont rem­pla­cés par des termes ne sup­po­sant pas le par­don des péchés : « bon­té » , « ten­dresse » , « amour » , « affec­tion » . Au début du canon dit romain, le « Père très clé­ment » devient le « Père infi­ni­ment bon » .

II faut dire que le mot « âme » , raré­fié dans le texte latin, dis­pa­raît de la tra­duc­tion fran­çaise. Dans le « Dominus non sum dignus » , « mon âme sera gué­rie » est rem­pla­cé par « je serai gué­ri » . Dans divers cas. « âme » est rem­pla­cé par « vie » . Par exemple, on fait dire à Saint Mathieu : « Que sert à l’homme de gagner l’u­ni­vers s’il vient à perdre la vie » au lieu de « l’âme » [122].

Frère Pascal, théo­lo­gien de La Vie catho­lique (encore catho­lique en 1975), nous donne la clef de cette dis­pa­ri­tion de l’âme. Il écrit : « Le mythe de l’âme immor­telle vient de l’Orient et de la Grèce. Le judaïsme antique ne le connaît pas… La théo­lo­gie chré­tienne a repris pour son compte la croyance à l’im­mor­ta­li­té de l’âme. Aujourd’hui tou­te­fois cer­tains croyants et cer­tains théo­lo­giens remettent en ques­tion cette convic­tion » [123].

Dieu lui-​même n’est pas épar­gné pas nos tra­duc­teurs. Toutes les formes de res­pect le concer­nant sont dimi­nuées. Citons d’a­bord le tutoie­ment géné­ra­li­sé qui, dans la langue fran­çaise, n’a jamais été qu’un signe de fami­lia­ri­té plus ou moins recom­man­dable. Le tutoie­ment était tolé­ré dans cer­taines tra­duc­tions de psaumes, au titre de la licence poé­tique. Mais rien, en fran­çais, ne jus­ti­fie sa géné­ra­li­sa­tion. Les mots indi­quant la gran­deur de Dieu et notre peti­tesse sont géné­ra­le­ment sup­pri­més. « Majesté » ne sub­siste que deux fois [124] : dans au moins 26 cas, il est sup­pri­mé ou rem­pla­cé par « gloire » ou « gran­deur » . De même, au moins vingt fois. le verbe « dai­gner » est sup­pri­mé ou rem­pla­cé par « vou­loir » ; « Libéralité » , « ser­vi­teur » , « ser­vice » , « ser­vir » ont éga­le­ment disparu.

Et que dire de la 6ème demande du Pater [125] ? L’ancienne tra­duc­tion du Notre Père n’é­tait pas excel­lente. La nou­velle, impo­sée de façon tout a fait irré­gu­lière d’ailleurs [126] ne la cor­rige en rien et y ajoute de nou­velles imper­fec­tions. L’une d’elles est inad­mis­sible comme insul­tante pour Dieu que l’on accuse de pou­voir nous sou­mettre à la ten­ta­tion, en contra­dic­tion avec l’é­pître de St Jacques [127] et avec tous les com­men­ta­teurs comme Tertullien, Origène, Saint Thomas d’Aquin, etc. Les recherches modernes montrent que rien n’au­to­rise la tra­duc­tion « Ne nous sou­mets pas a la ten­ta­tion » , inven­tée en 1922 par un pro­tes­tant ano­nyme. La tra­duc­tion clas­sique « Ne nous lais­sez pas suc­com­ber à la ten­ta­tion » est au contraire conforme au sens théo­lo­gique du texte ara­méen recons­ti­tué [128].

Il reste à signa­ler toute une série d’al­té­ra­tions conver­gentes qui portent atteinte au dogme de la divi­ni­té et de la filia­tion divine de Notre Seigneur Jésus Christ. Il s’a­git là d’une très nette résur­gence de l’hé­ré­sie arienne, absente du texte latin de la Nouvelle Messe et propre à sa tra­duc­tion fran­çaise [129].

L’accent est mis dés le début de la Messe où la for­mule « Béni soit Dieu et Père du Seigneur Jésus-​Christ » devient : « Béni soit Dieu main­te­nant et tou­jours » . Dans le Credo « consub­stan­tiel » est rem­pla­cé par « de même nature » qui a un sens théo­lo­gique beau­coup plus faible. Ceci est tel­le­ment vrai que le Concile de Nicée, en 325, pour condam­ner l’a­ria­nisme, avait impo­sé le terme « consub­stan­tiel » (en grec : homoou­sios) contre l’ho­moiou­sios (« de même sub­stance ») des semi-​ariens. L’expression « de même nature » , plus faible que de « même sub­stance » est celle du concile semi-​arien de Sirmium en 357 ; pour les semi-​ariens, le Christ avait bien une nature divine, mais était une créa­ture du Père avec qui il n’é­tait pas consubstantiel.

On com­prend donc pour­quoi : « Vous l’a­vez solen­nel­le­ment décla­ré votre Fils bien aimé » est tra­duit : « Tu l’as dési­gné comme ton Fils bien aimé » [130]. Le nou­veau mis­sel de 1980 com­mente à un autre endroit : « Il prie Dieu comme son Père » [131]. On pour­rait mul­ti­plier les exemples de textes équi­voques [132].

Lors du bap­tême du Christ, une voix se fit entendre du Ciel : « Tu es mon Fils bien aimé ! En toi je me suis com­plu. » Nouvelle Messe : « C’est toi mon Fils : moi, aujourd’­hui je t’ai engen­dré » [133]. Doit-​on com­prendre que l’homme Jésus est deve­nu Fils de Dieu en rece­vant sa mis­sion a son bap­tême ? C’est l’ex­pli­ca­tion qui res­sort des com­men­taires du nou­veau mis­sel 1983 [134].

Voyons quelques exemples de la manière dont on essaie de mettre en doute la divi­ni­té du Christ. D’abord, le mot « miracle » est sys­té­ma­ti­que­ment cen­su­ré dans les évan­giles et rem­pla­cé par le terme vague de « signe » . Six fois le verbe « ado­rer » appli­qué au Christ est rem­pla­cé par « se pros­ter­ner » . Plusieurs fois le verbe « res­sus­ci­ter » laisse la place à « se relever » .

L’Incarnation n’est pas mieux trai­tée. « A ceux qui hum­ble­ment recon­naissent son Incarnation » devient : A ceux qui « s’in­cli­ne­ront devant l’en­fant de Bethléem » [135]. « Par le mys­tère de l’Incarnation » devient : « En pre­nant la condi­tion humaine » [136]. « II est véri­ta­ble­ment homme » devient : « II est homme plein d’hu­ma­ni­té » [137].

Il y a aus­si la fameuse épître du dimanche des Rameaux. On lit clas­si­que­ment : « Lui (le Christ Jésus) qui était dans la condi­tion divine, il n’a pas cru devoir se récla­mer de son iden­ti­té avec Dieu, mais s’est anéan­ti jus­qu’à prendre la condi­tion d’es­clave, deve­nant sem­blable aux hommes et ayant tout l’ex­té­rieur d’un homme. » Première tra­duc­tion du nou­veau mis­sel : « Le Christ Jésus est l’i­mage de Dieu : mais il n’a pas vou­lu conqué­rir de force l’é­ga­li­té avec Dieu. Au contraire, il s’est dépouillé, deve­nant l’i­mage même du ser­vi­teur et se fai­sant sem­blable aux hommes. On recon­nais­sait en lui un “homme comme les autres” » [138]. Pouvait-​on dou­ter, après cela, que si le Christ est Dieu il l’est de manière infé­rieure, comme le vou­laient les semi-​ariens ? La pilule était un peu grosse et l’on a, par la suite, modi­fié la pre­mière phrase : « Le Christ Jésus, tout en res­tant l’i­mage même de Dieu. n’a pas vou­lu reven­di­quer d’être pareil a Dieu. » Ce n’est pas tel­le­ment meilleur.

Enfin, les trois réponses du Christ affir­mant sa filia­tion divine et sa royau­té sont rem­pla­cées par des for­mules dubi­ta­tives. Lorsque le Sanhédrin dit à Notre Seigneur : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » . Il répon­dit : « Vous le dîtes, je le suis » : la tra­duc­tion de la Nouvelle Messe trans­forme cette réponse en : « C’est vous qui dîtes que je le suis » [139]. De même. Pilate ayant deman­dé : « Es-​tu le roi des Juifs ? » , Jésus lui répon­dit : « Tu le dis » ; tra­duc­tion du nou­veau mis­sel : « C’est toi qui le dis » [140]. D’après Saint Jean, Jésus répond à la même ques­tion : « Tu le dis, je suis roi » nou­veau mis­sel : « C’est toi qui dis que je suis roi » [141]. On le voit, à trois reprises, dans les textes grec et latin, le Christ affirme sa divi­ni­té et sa royau­té ; dans les trois cas, la nou­velle tra­duc­tion fran­çaise rem­place cette affir­ma­tion par une déro­bade : « C’est toi qui le dis. »

Pourquoi ? Pourquoi toutes ces alté­ra­tions que nous venons de rele­ver et dont l’ac­cu­mu­la­tion est loin d’être insi­gni­fiante ? Ce ne peut être l’ef­fet du hasard.

6ème partie : Les déviations liturgiques et doctrinales

Voila donc cette Nouvelle Messe, si inquié­tante dans ses ori­gines et si dou­teuse dans sa réa­li­sa­tion, lar­ge­ment empi­rée dans sa tra­duc­tion ver­na­cu­laire. Et pour­tant, ce n’est même pas cette Messe ain­si tra­duite que l’on nous offre en géné­ral. Bien d’autres alté­ra­tions s’y ajoutent encore.

D’abord deux usages licites, licites à défaut d’être faciles à jus­ti­fier. Nous ne trai­te­rons du pre­mier qu’en note pour ne pas alour­dir notre tra­vail. Il s’a­git des abus de la concé­lé­bra­tion, abus fon­dés sur une erreur his­to­rique et qui ont pour résul­tat de pri­ver les fidèles d’un grand nombre de grâces puisque le nombre des Messes se trouve dimi­nué [142].

Le deuxième usage licite, licite loca­le­ment, est plus regret­table encore, car il porte atteinte à la foi en la pré­sence réelle par la dis­pa­ri­tion des signes de res­pect qui entourent la com­mu­nion ; alors que la Nouvelle Messe, nous l’a­vons vu. porte déjà pré­ju­dice à ce dogme. Il s’a­git de la com­mu­nion debout et avec la main à la mode pro­tes­tante. Ces per­sonnes, rare­ment confes­sées, qui se pré­sentent pour rece­voir ain­si l’hos­tie avant de retour­ner s’as­seoir tout bon­ne­ment à leur place, que leur reste-​t-​il des sen­ti­ments du pêcheur repen­ti qui s’a­vance hum­ble­ment en trem­blant pour rece­voir le corps de son Dieu ?

L’usage de la com­mu­nion avec la main repose lui aus­si sur une sol­li­ci­ta­tion abu­sive de l’his­toire [143]. Certes les Constitutions apos­to­liques le décrivent au IVème siècle, mais cet ouvrage a été reje­té comme apo­cryphe par le Concile de Rome en 494. Le Pape Saint Sixte 1er, vers l’an 120, rap­pelle que seuls les ministres du culte peuvent tou­cher les saintes espèces ; à la même époque, Saint Justin attri­bue aux diacres la dis­tri­bu­tion de la com­mu­nion. Au IIIème siècle, le Pape Saint Eutychien rap­pelle qu’il est inter­dit aux laïcs de por­ter la com­mu­nion aux malades ; il y a eu des excep­tions en période de per­sé­cu­tion. Au IVème siècle Saint Cyrille et Saint Augustin insistent sur l’a­ge­nouille­ment. Les écrits des Papes Saint Léon 1er, au Vème siècle, et Saint Grégoire 1er, au VIème, montrent que la com­mu­nion était don­née dans la bouche. Deux conciles du VIIème siècle, ceux de Rouen et de Constantinople in Trullo, rap­pellent qu’elle ne peut être don­née autrement.

En 1969, l’Instruction Memoriale Domini[144] constate que la com­mu­nion avec la main est intro­duite sans auto­ri­sa­tion dans cer­taines régions. Elle rap­pelle les grands avan­tages de la pra­tique tra­di­tion­nelle. Elle expose que la grande majo­ri­té des évêques s’est mon­trée hos­tile, au cours d’une enquête, à tout essai de com­mu­nion avec la main. Elle conclut donc au main­tien de la pra­tique tra­di­tion­nelle. Puis, avec une totale inco­hé­rence, elle auto­rise la com­mu­nion dans la main là où elle s’est déjà intro­duite de manière illi­cite. Comme d’ha­bi­tude, l’ex­cep­tion devien­dra vite la règle, au moins en France, et la règle sera pra­ti­que­ment éli­mi­née. Ce ren­ver­se­ment de la règle est typique de toutes les réformes post-conciliaires.

Bien d’autres usages, tout à fait illi­cites, s’in­tro­dui­ront dans le rite de la com­mu­nion. Et c’est bien vai­ne­ment que le Pape Jean-​Paul II rap­pel­le­ra en 1980 [145], l’in­ter­dic­tion d’u­ti­li­ser des cor­beilles ou ins­tru­ments autres que les vases sacrés, de lais­ser les laïcs prendre eux-​mêmes l’hos­tie ou don­ner la com­mu­nion à la place des prêtres.

Les dévia­tions illi­cites ont tou­ché toutes les par­ties de la Messe, au point que la Nouvelle Messe ne semble avoir eu d’autre objet que d’être le point de départ, sous pré­texte de créa­ti­vi­té, d’une véri­table débâcle liturgique.

Toucher à l’in­tan­gible en inven­tant inuti­le­ment trois nou­veaux canons a eu pour consé­quence la publi­ca­tion en France, dès 1978, d’au moins 150 canons, tous illi­cites et tous équi­voques sur le plan dog­ma­tique [146]. Sans par­ler des canons impro­vi­sés, car n’im­porte quel prêtre (au mépris de l’ar­ticle 22 de la consti­tu­tion sur la litur­gie de Vatican II), se croit auto­ri­sé à réin­ven­ter les prières de la Messe ou, au moins, à les adap­ter, à les sup­pri­mer, à les cou­per en fonc­tion des ins­pi­ra­tions du moment. On peut être assu­ré qu’il y a non seule­ment de moins en moins de messes licites, mais qu’il y a aus­si de moins en moins de messes valides et de plus en plus de sacrilèges.

On n’hé­site pas à intro­duire dans les messes des lec­tures ou de la musique pro­fanes, l’ex­pres­sion cor­po­relle avec ses mimes et ses danses sou­vent las­cives, des pro­jec­tions de pho­tos, des inter­ven­tions de laïcs au cours du canon et même des concé­lé­bra­tions entre prêtres et laïcs. C’est à croire que tout est per­mis hor­mis, bien sûr, la Messe tra­di­tion­nelle. Il est impos­sible de dres­ser le cata­logue des inno­va­tions cho­quantes et scan­da­leuses, qu’au­cune auto­ri­té d’ailleurs ne sanc­tionne ; des livres et des revues en sont rem­plis sans épui­ser le sujet [147].

Nous avons fait remar­quer plu­sieurs fois com­bien la Nouvelle Messe et ses déra­pages atten­taient à la doc­trine catho­lique. Nous en trou­ve­rons main­te­nant la preuve dans des textes offi­ciels du cler­gé fran­çais. Là aus­si la matière est très vaste et nous contraint à quelques choix significatifs.

Déjà en 1971 l’ab­bé Olivier, pro­fes­seur a l’Institut catho­lique, notait avec satis­fac­tion : « Le catho­li­cisme est certes encore loin de réa­li­ser exac­te­ment ce qui lui arrive. Mais son évo­lu­tion litur­gique des­sine une courbe sur laquelle il est impos­sible de se méprendre. » Et il se réjouit des nom­breux rap­pro­che­ments avec le pro­tes­tan­tisme : dépé­ris­se­ment du culte de la pré­sence réelle et de celui des saints, mise à l’é­cart ou dis­pa­ri­tion du taber­nacle, etc. [148].

Le Nouveau Missel des dimanches de 1969 et 1973 affirme tran­quille­ment qu’à la Messe « il s’a­git sim­ple­ment de faire mémoire de l’u­nique sacri­fice déjà accom­pli » , affir­ma­tion pro­tes­tante condam­née au Concile de Trente [149].

L’abbé Charlot, ani­ma­teur de la caté­chèse pour la région ouest, publie en 1976 une bro­chure inti­tu­lée : « Jésus est-​il dans l’hos­tie ? » Il répond par la néga­tive : « L’hostie ne contient pas Jésus, elle révèle sa pré­sence agis­sante en son Eglise » ; encore : « Le pain eucha­ris­tique est-​il tou­jours du pain ? Oui, le pain reste du pain » , etc. Il y eut des pro­tes­ta­tions et l’é­vêque, sans condam­ner la pla­quette, se conten­ta d’é­mettre quelques réserves [150]. Il fau­drait citer les publi­ca­tions du très offi­ciel Centre National de Pastorale Liturgique, avec ses conseils de se dis­pen­ser de la Messe domi­ni­cale, d’y envoyer un délé­gué ou de choi­sir un autre jour que le dimanche ; avec ses sug­ges­tions de bou­le­ver­ser l’Ordo, de modi­fier les fon­de­ments de la Messe, d’y intro­duire des disques, des dia­po­si­tives, des chan­sons. Relevons seule­ment dans ses Fiches de for­ma­tion des ani­ma­teurs de célé­bra­tion, ce récit de la Cène : « Il prit le pain, pro­non­ça la béné­dic­tion, le rom­pit et le dis­tri­bua comme son corps livré ; il prit la coupe de vin, pro­non­ça la béné­dic­tion et la don­na comme la coupe de son sang ver­sé » [151]. Ou encore, à pro­pos des prêtres : « Ce ne sont pas les prêtres mais l’as­sem­blée qui célèbre » ; d’ailleurs le grand nombre de prêtres dimi­nue la vita­li­té de l’Eglise ; sa dimi­nu­tion per­met de dis­tri­buer des minis­tères et des res­pon­sa­bi­li­tés aux laïcs [152]. On sait qu’ac­tuel­le­ment le rêve de beau­coup d’é­vêques est de répandre la pra­tique des célé­bra­tions sans prêtre.

Pour Fêtes et Saisons, en 1980, la Messe est « une com­mu­nau­té pré­si­dée par le prêtre » , qui n’en est pas sépa­ré mais en fait par­tie. « Des hommes et des femmes se ras­semblent… pour par­ta­ger un peu de pain en pro­non­çant quelques paroles. » « L’Eucharistie est une invi­ta­tion à libé­rer nos frères. » Plus loin, la pré­sence réelle est assi­mi­lée à la pré­sence spi­ri­tuelle [153].

Comme dit le bul­le­tin parois­sial de Fruges : « Nous accé­dons tous au sacer­doce et deve­nons des femmes et des hommes sacrés. Et le prêtre dira-​t-​on ? Le pré­sident fait le ser­vice… La messe est un repas » [154].

Il fau­drait citer lar­ge­ment les docu­ments pré­pa­ra­toires au Congrès eucha­ris­tique de Lourdes de 1981. Choisissons sim­ple­ment deux ou trois phrases par­mi beau­coup d’autres de la même veine. « L’Eucharistie est l’œuvre de l’as­sem­blée, corps du Christ. Ce n’est pas le père Untel mais bien la com­mu­nau­té elle-​même qui célèbre le mémo­rial du Seigneur. » « La pré­sence eucha­ris­tique, cris­tal­li­sa­tion de la pré­sence du Christ dans l’as­sem­blée. » « C’est la com­mu­nau­té qui fait en corps l’Eucharistie. » « L’Esprit Saint per­met de com­prendre en quoi consiste la pré­sence réelle du Christ… Il s’a­git en tout cas d’une pré­sence spi­ri­tuelle. » Bien enten­du, ces docu­ments ne citent que le texte ini­tial de l’ar­ticle 7 de l’Institutio gene­ra­lis, texte qui, on l’a vu, fut modi­fié en 1970 pour héré­sie mani­feste [155]. On est là bien loin de la doc­trine catho­lique. Faut-​il le répé­ter ? Lex oran­di, lex cre­den­di ; on croit comme on prie ; à nou­velle messe, nou­velle reli­gion. Et que croit-​on quand on va au bout de la nou­velle reli­gion ? Demandons-​le à trois Dominicains. Le père Cardonnel, celui pour qui Dieu est mort : « Ce Dieu qu’ils prient dans les veillées noc­turnes ce Dieu-​là n’est qu’un immonde salaud. » Le père Blanquart : « Je ne crois pas en un Etre méta­phy­sique en dehors de l’his­toire, ni à une sur­vie per­son­nelle après la mort. » Le père Durand, « Un tas de gens s’i­ma­ginent qu’a­près la mort, il y a quelque chose, une vie. C’est dingue ! » [156].

7ème partie : Les résultats

A quoi bon mul­ti­plier encore les cita­tions. Rappelons-​nous seule­ment la parole de Notre Seigneur Jésus-​Christ : « On recon­naît l’arbre à ses fruits ; le bon arbre ne peut por­ter de mau­vais fruits » [157]. Les fruits des réformes post-​conciliaires et, plus par­ti­cu­liè­re­ment, ceux de la Nouvelle Messe sont conte­nus dans quelques chiffres que nous nous conten­te­rons de citer.

En France, 41% des catho­liques allaient à la Messe le dimanche en 1964 ; il n’en reste plus que 13%, moins d” 1/​3, en 1981 ; ce nombre tombe à 6% pour les jeunes, ce qui laisse pré­voir de nou­veaux reculs [158]. La qua­li­té ne rem­place pas la quan­ti­té puis­qu’en 1981, et on ver­ra là l’ef­fet direct de la Nouvelle Messe, seuls 27% des catho­liques croient encore à la pré­sence réelle ; 60% n’y croient plus et 13% n’ont pas d’o­pi­nion [159]. 23% des prêtres fran­çais ne croient pas non plus à la pré­sence réelle du Fils de Dieu sous les espèces eucha­ris­tiques ; que valent leurs messes ? Le nombre des prêtres dimi­nue sans cesse du fait des défec­tions et du manque de recru­te­ment. On ordon­nait en France envi­ron 700 prêtres par an jus­qu’en 1966 ; on n’en ordonne plus main­te­nant qu’une cen­taine chaque année. Plusieurs mil­liers de prêtres ont aban­don­né leur sacerdoce.

Sur le plan mon­dial, le nombre des défec­tions de prêtres a été de 23 470 pen­dant la seule période de 1971 à 1977 [160]. Il y avait eu 810 réduc­tions à l’é­tat laïc en 51 ans, de 1915 à 1965 ; il y en a eu 32 231 en 14 ans, de 1965 à 1978 [161].

Beaucoup de paroisses fran­çaises n’ont plus la Messe, 1 100 d’entre elles pra­tiquent les assem­blées domi­ni­cales sans prêtre. A Paris, le nombre des bap­têmes est pas­sé au-​dessous de 50% des nais­sances ; seuls 35% des enfants y sont plus ou moins caté­chi­sés. Les paroisses les plus avan­cées dans le sens moderne ou post-​concilaire sont les plus tou­chées. Ainsi, dans la paroisse de Colombes, qui ser­vit de test des nou­velles méthodes dans le dio­cèse de Paris, le nombre des pra­ti­quants domi­ni­caux tom­ba de 1 400 à 300 entre 1962 et 1974, et le nombre des bap­têmes de 327 en 1957 à 7 en 1974 ; la paroisse fut sup­pri­mée en 1977 [162]. A Levallois, 637 bap­têmes en 1945, 130 en 1976 [163]. Signalons aus­si que, s’il res­tait en 1979 77 000 reli­gieuses en France, on ne comp­tait alors, en tout, que 200 novices et 130 pro­fesses de vœux tem­po­raires [164].

Les fruits de l’arbre post-​conciliaire et de la Nouvelle Messe ne sont pas meilleurs dans d’autres pays. Au Canada, le taux des pra­ti­quants a dimi­nué de 50% en dix ans et la baisse conti­nue [165]. Aux Etats-​Unis, la baisse de l’as­sis­tance à la Messe est aus­si de 50% ; 10 000 prêtres et 35 000 reli­gieuses ont aban­don­né l’é­tat reli­gieux ; 10 000 mariages sont annu­lés chaque année. Toujours aux Etats-​Unis, le nombre annuel des conver­sions qui était d’en­vi­ron 300 000 avant le Concile est, depuis, tom­bé à 0 [166]. En Angleterre, les 30 000 conver­sions annuelles sont aus­si tom­bées à 0.

Enfin, la Hollande, célèbre par ses posi­tions avan­cées et même sou­vent scan­da­leuses, a vu, de 1960 à 1980, le taux de ses pra­ti­quants chu­ter de 63,3% à 25 % et le nombre de ses prêtres de 15 000 à 4 900 [167]. Nous aurions pu rele­ver d’autres chiffres, tout aus­si conster­nants. Ils n’a­jou­te­raient rien à cette évi­dence que les réformes post-​conciliaires, et en par­ti­cu­lier la Nouvelle Messe, qui devaient appor­ter à l’Eglise l’air vivi­fiant d’un nou­veau prin­temps, ont fait souf­fler le vent des­sé­chant de l’hi­ver. Elles devaient rem­plir les églises ; elles les ont vidées. Elles devaient for­ti­fier la Foi ; elles l’ont diluée. Elles devaient rame­ner le trou­peau à l’u­nique ber­cail ; elles l’ont dis­per­sé dans la confu­sion et l’a­nar­chie. Paul VI lui-​même n’en était-​il pas venu à recon­naître l” « auto­des­truc­tion » de l’Eglise en qui, selon lui, se sont infil­trées les « fumées de Satan » ? Non vrai­ment, les fruits ne sont pas bons. L’arbre est donc mau­vais. « Tout arbre qui ne pro­duit point de bon fruit » , a dit Notre Seigneur, « sera cou­pé et jeté au feu » [168].

Conclusion

Il est temps de conclure. Nous nous trou­vons en pré­sence de deux Messes. L’une, la Messe tra­di­tion­nelle, née le Jeudi Saint, s’est struc­tu­rée dans les cata­combes ; au cours des siècles et au lent rythme de l’his­toire, elle s’est enri­chie peu à peu comme elle conti­nue­ra à s’en­ri­chir dans les siècles à venir. C’est la Messe de nos ancêtre celle de nos saints, celle de Saint Louis, de Jeanne d’Arc, du curé d’Ars. C’est la Messe dont les sup­pli­ca­tions et les chants, répé­tés de siècle en siècle, mon­tant vers le ciel avec les volutes de l’en­cens, ont comme impré­gné les voûtes sombres de nos ora­toires romans comme les croi­sées d’o­gives de nos cathédrales.

La Messe tra­di­tion­nelle, toute tour­née vers Dieu et non vers l’homme, c’est la source où s’a­breuve la Foi ; incite a la fer­veur et à l’a­do­ra­tion, on y sent pas­ser le souffle divin. Pleinement catho­lique, on la retrouve dans tous les pays du monde, sem­blable jusque dans ses moindres rites ; elle est l’u­nique source où vient se rafraî­chir l’u­nique troupeau.

La Nouvelle Messe date de 1969. Sans doute conserve-​t-​elle de nom­breuses traces de la Messe tra­di­tion­nelle, mais par ses inten­tions ambi­guës elle marque une rup­ture et non une conti­nui­té. Conçue comme un com­pro­mis avec les élé­ments exté­rieurs à l’Eglise, taillée aux dimen­sions de l’homme et non plei­ne­ment tour­née vers Dieu, elle met gra­ve­ment en dan­ger noire édi­fice doc­tri­nal. Promulguée dans des condi­tions juri­di­que­ment dis­cu­tables, elle s’est vou­lue adap­tée non à l’é­ter­ni­té divine, mais à un moment de l’his­toire des hommes. Aussi l’his­toire l’a-​t-​elle déjà dépas­sée et il n’en sub­siste guère qu’une mul­ti­tude d’a­dap­ta­tions plus ou moins illi­cites, trop sou­vent héré­tiques et scan­da­leuses. Cette nou­velle tour de Babel n’est cer­tai­ne­ment pas la source et le sym­bole de l’unité.

Lex oran­di, lex cre­den­di. Il y a deux messes parce qu’il y a deux reli­gions. D’une part, la reli­gion catho­lique, fon­dée par le Christ, intem­po­relle, éter­nelle. D’autre part, une reli­gion huma­ni­taire, de réfé­rence chré­tienne certes, mais peu exi­geante, de doc­trine vague, de dis­ci­pline incer­taine. Une reli­gion sans créa­tion, sans enfer, sans immor­ta­li­té de l’âme, sans miracle, sans véri­té abso­lue, sans révé­la­tion cer­taine, fon­dée sur la légende et non sur l’his­toire, telle que l’en­seignent les nou­veaux livres de caté­chèse [169]. Chacun de nous se trouve confron­té à un choix, un choix de reli­gion. Ou bien nous accep­tons la nou­velle reli­gion et la Nouvelle Messe, ou bien nous enten­dons res­ter fidèles à la reli­gion catho­lique, telle qu’elle nous est venue du Christ à tra­vers les siècles, et nous sommes contraints de reje­ter la Nouvelle Messe pour reve­nir à la Messe tra­di­tion­nelle. Il n’est pas pos­sible d’é­lu­der ce choix. Trop de catho­liques ; pour n’a­voir pas vou­lu choi­sir, se sont lais­sé entraî­ner par la nou­velle reli­gion vers la tié­deur, la rela­ti­vi­té et fina­le­ment l’a­po­sta­sie molle. La reli­gion, c’est pour cha­cun de nous la res­pon­sa­bi­li­té de notre salut éter­nel et de celui des autres ; selon que nous nous sau­vons ou que nous nous per­dons, nous indi­quons à notre pro­chain le che­min du salut ou celui de la perdition.

Beaucoup d’ob­jec­tions empêchent trop d’entre nous de reve­nir à la Tradition catho­lique, à la Messe comme au caté­chisme. Presque toutes sont fon­dées sur le fatal res­pect humain. Voyons, pour ter­mi­ner, quelques-​unes d’entre elles.

D’abord, l’i­gno­rance. Le devoir de tout catho­lique est de se ren­sei­gner, de s’ins­truire, car seule est une excuse l’i­gno­rance invin­cible. Notre pré­sent tra­vail a pour but de com­battre l’ignorance.

Ensuite, l’o­béis­sance aveugle. « Après tout, il y a une hié­rar­chie ; je la suis ; si elle se trompe, c’est elle qui en porte la res­pon­sa­bi­li­té. » L’obéissance aveugle n’est pas catho­lique, et, s’il n’y a pas igno­rance invin­cible, elle ne libère per­sonne de sa res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle. Ce qui compte, c’est la véri­té éter­nelle ensei­gnée une fois pour toute par l’Eglise. Aucune hié­rar­chie ne peut chan­ger cet ensei­gne­ment. Saint Paul disait : « Quand nous vous annon­ce­rions nous-​mêmes, ou quand un ange du ciel vous annon­ce­rait un Evangile dif­fé­rent de celui que nous vous avons annon­cé, qu’il soit ana­thème » [170].

Troisième objec­tion : la crainte de se mar­gi­na­li­ser. Mais choi­sir la voie étroite du salut, n’est-​ce pas déjà se mar­gi­na­li­ser ? Les apôtres n’étaient-​ils pas des mar­gi­naux dans la Jérusalem juive ? Les mar­tyrs n’étaient-​ils pas des mar­gi­naux dans l’empire romain ? Notre Seigneur a dit : « Bienheureux serez-​vous lorsque les hommes vous char­ge­ront de malé­dic­tion, et qu’ils vous per­sé­cu­te­ront, et qu’ils diront faus­se­ment toute sorte de mal contre vous à cause de moi » [171].

Dernière objec­tion enfin : « J’ai un bon curé, il dit la Nouvelle Messe très digne­ment, avec même un peu de latin ; je dois y assis­ter pour l’en­cou­ra­ger » . Sans doute est-​ce un bon prêtre, mais il faut consi­dé­rer, non ce qu’il conserve, mais ce qu’il a aban­don­né. L’encourager dans ce qu’il conserve, c’est plus encore l’en­cou­ra­ger dans ses aban­dons que com­plé­te­ront imman­qua­ble­ment les aban­dons de ses suc­ces­seurs. C’est aus­si jus­ti­fier la dérive de la Nouvelle Messe et, par là, ses pires excès. C’est retar­der la renais­sance de l’Eglise. N’oublions pas que toute révo­lu­tion a besoin d’une aile modé­rée pour faire pro­gres­ser dans son sens les gens que l’aile avan­cée effraie ou rebute et à qui, par contraste appa­rent avec l’ex­cès de mou­ve­ment comme avec le rejet dif­fi­cile de ce mou­ve­ment, cette aile modé­rée semble un recours ras­su­rant et raisonnable.

Ces bons prêtres, il faut les encou­ra­ger à reve­nir plei­ne­ment à la Tradition et notam­ment à la Sainte Messe. Et les encou­ra­ger dans ce sens, c’est éven­tuel­le­ment les quit­ter osten­si­ble­ment. Il ne nous appar­tient certes pas de juger les rai­sons de leur appa­rente timi­di­té, mais on peut tenir pour assu­ré que bien des bons prêtres revien­draient à la Messe de leur ordi­na­tion s’ils se savaient sou­te­nus par un grand nombre de laïcs. La res­pon­sa­bi­li­té des laïcs est immense dans ce domaine, comme il en fut au temps de l’arianisme.

Terminons enfin ce long tra­vail en priant Dieu de dai­gner per­mettre qu’il amène quelques lec­teurs à réflé­chir et à trou­ver la force d’a­ban­don­ner la Nouvelle Messe ou ses suc­cé­da­nés et l’hé­roïsme de sur­mon­ter les men­songes et les pré­ju­gés du monde pour reve­nir a la Sainte Messe de notre Sauveur.

Daniel RAFFARD de BRIENNE, Extrait de Lecture et Tradition n° 101 de mai-​Juin 1983 – Édité par la Diffusion de la Pensée Française – BP 01 – 86190 Chiré en Montreuil

Notes de bas de page

  1. Jean Madiran, dans Itinéraires n° 256, sept.-oct. 1981, p. 140 et ss. Legem cre­den­di sta­tuat lex sup­pli­can­di[]
  2. Lucien Méroz, L’obéissance dans l’Église, Martingay, 1977, p. 104.[]
  3. Abbé Dulac. La Bulle Quo pri­mum de St Pie V (Itinéraires, 1972).[]
  4. Sur les messes antiques : Dom Fernand Cabrol. Le livre de la prière antique (1902) : id. Dictionnaire d’ar­chéo­lo­gie chré­tienne et de litur­gie (1903) ; Dom Pius Parsch, La sainte messe expli­quée dans son his­toire et sa litur­gie (1938), enta­ché d’ar­chéo­lo­gisme, Dom Parsch vou­lant rame­ner la messe à un modèle judaïque ; Mgr Chevrot, Notre messe (Desclée de Brouwer. 1947). enta­ché aus­si des idées nou­velles : P.J.A. Jungmann, Missarum sol­lem­nia (Aubier. 1951 et ss.), même remarque : le Père Lebrun et Dom Guéranger, notes ci-​dessous.[]
  5. Dom Guéranger. Les ins­ti­tu­tions litur­giques (extraits, Diffusion de la Pensée Française. 1977). []
  6. A. Denoyelle. Communier avec la main c’est pécher (Forts dans la Foi, n° 43).[]
  7. Pierre Lebrun, Explication des prières et céré­mo­nies de la Messe, 1716, réédi­té en 1976[]
  8. Jean Crète, Le canon d’Hippolyte (Itinéraires, n° 224, juin 1978).[]
  9. Jean Crète, Le canon d’Hippolyte (Itinéraires, n° 224, juin 1978).[]
  10. Introïbo, n° 31, janv. 1981 ; et note 5.[]
  11. Le Monde, 29–3‑1975.[]
  12. Dans : Marie Carré, J’ai choi­si l’u­ni­té (D.P.F., 1973).[]
  13. Guy Le Rumeur, La révolte des hommes et l’heure de Marie (1981).[]
  14. Guy Le Rumeur, La révolte des hommes et l’heure de Marie (1981).[]
  15. Théodore de Bèze, Vie de Calvin.[]
  16. Père Barrielle, Avant de mou­rir.[]
  17. Léon Cristiani, Du luthé­ra­nisme au pro­tes­tan­tisme (1910) ; Mgr Lefebvre, La Messe de Luther.[]
  18. Henri Charlier, La messe ancienne et la nou­velle (Dominique Martin Morin, 1973).[]
  19. Luther, Sermon du 1er dimanche de l’Avent.[]
  20. Père Barrielle, La messe catho­lique est-​elle encore per­mise ?[]
  21. Maritain, Trois Réformateurs.[]
  22. Léon Cristiani, Du luthé­ra­nisme au pro­tes­tan­tisme (1910) ; Mgr Lefebvre, La Messe de Luther.[]
  23. Bulletin de l’Association Saint Pie X de Picardie.[]
  24. Sur la réforme en Angleterre : Michaël Davies, Cranmer’s Gody orders : des­truc­tion of catho­li­cism through litur­gi­cal change.[]
  25. Burnet, Histoire de la Réforme (d’a­près note 18).[]
  26. Bulletin de l’Association Saint Pie X de Picardie.[]
  27. Abbé Aulagnier, La messe catho­lique (In La messe tra­di­tion­nelle, tré­sor de l’Église, Ed. Fideliter, 1992). et voir note 25.[]
  28. XXIIème ses­sion canon 3. XXIIIème ses­sion chap. 2, voir note sui­vante.[]
  29. XXIIème ses­sion. Tous les textes se trouvent dans : G. Dumeige, La foi catho­lique, Ed. de l’Orante, 1977[]
  30. Act., éd. Goerrensgeselle, t. VIII. p 5 a, 916–7, 921[]
  31. Abbé Raymond Dulac, La bulle Quo pri­mum de Saint Pie V (Itinéraires, 1972); éga­le­ment : Courrier de Rome. n° 10. déc. 1980.[]
  32. Note 7, p. 285–286.[]
  33. Codex iuris cano­ni­ci, Rome, édi­tion de 1923.[]
  34. Lucien Méroz, L’obéissance dans l’Église (Martingay, Genève, 1977).[]
  35. Sur les dévia­tions : dom Guéranger, note 5[]
  36. Auteur des Institutions litur­giques et de l’Année litur­gique.[]
  37. Abbé Bonneterre. Le mou­ve­ment litur­gique (Ed. Fideliter, 1980).[]
  38. Editions Bonne Presse, 1961.[]
  39. Pensée 294.[]
  40. Sur l’in­fluence maçon­nique dans l’Eglise : Léon de Poncins, Christianisme et Franc-​Maçonnerie (D.P.F.). Edith Delamare et coll. Infiltrations enne­mies dans l’Eglise (Librairie fran­çaise), Jacques Ploncard d’Assac, L’Eglise occu­pée (D.P.F.), Jean Ousset, Pour qu’il règne (Club du livre civique), Pierre Virion, Mystère d’i­ni­qui­té (Téqui), Georges Virebeau, Prélats et Francs-​Maçons (P.H.C.).[]
  41. Dom Félix Sarda y Salvany, Le libé­ra­lisme est un péché, 1887, réédi­té aux édi­tions Nouvelle Aurore, 1975[]
  42. Crétineau-​Joly, L’Eglise romaine en face de la Révolution (1860, publié à la demande de Pie IX).[]
  43. A. Briault et P. Fautrad, Le ral­lie­ment de Rome à la Révolution (Ed. Fautrad, 1978).[]
  44. Pierre Virion, Bientôt un gou­ver­ne­ment mon­dial.[]
  45. Mission des sou­ve­rains.[]
  46. Arcanes solaires.[]
  47. L’œcuménisme vu par un Franc-​Maçon de tra­di­tion.[]
  48. Marc Dem, II faut que Rome soit détruite (Albin Michel. 1980).[]
  49. Sur l’in­fluence mar­xiste : Père Fessard, Église de France prends garde de perdre la Foi (Julliard, 1979) ; André Piettre, Eglise mis­sion­naire ou Église démi­sion­naire (France-​Empire, 1978) ; Marc Dem, note ci-​dessus, du même : Dieu et suc­ces­seurs (Albin Michel. 1982).[]
  50. Marie Carré, ES 1025 (Chiré, 1978).[]
  51. Marc Dem, note 44. Egalement C.R.C., 1981[]
  52. Lettre à Henri Massis ; cité dans Lumière, n° 213, fév. 1982.[]
  53. Paul Vigneron, Histoire des crises du cler­gé fran­çais contem­po­rain (Téqui, 1976). Egalement : Emile Poulat, Une église ébran­lée (Casterman, 1980).[]
  54. H. Monteilhet, Paul VI (Régine Desforges, 1978).[]
  55. Sur l’his­toire du Concile : Père Ralph Wiltgen, Le Rhin se jette dans le Tibre (Ed. du Cèdre, 1975) ; abbé Raymond Dulac, La col­lé­gia­li­té épis­co­pale au deuxième concile du Vatican (Ed. du Cèdre. 1979) ; Mgr Lefebvre, J’accuse le Concile (Ed. Saint-​Gabriel, 1976); José Hanu, Non : Entretien avec Mgr Lefebvre (Stock, 1977). Voir aus­si le témoi­gnage de Mgr Klaus Gamber (Si si No no, n° 8, avr. 1982). L’aveu du com­plot par le car­di­nal Tisserant est rela­té par Jean Guitton dans : Paul VI secret (D.D.B., 1979).[]
  56. Léon de Poncins. sup­plé­ment au n° 18 de l’Ordre fran­çais ? 1967.[]
  57. De Rome et d’ailleurs, n° 28, fév. 1982.[]
  58. Les actes du Concile Vatican II (Ed. du Cerf, 1966).[]
  59. Gilson, Les tri­bu­la­tions de Sophie, p. 139 et ss. ; P. Bouyer, La décom­po­si­tion du chris­tia­nisme, p. 8 ; P. de Lubac, cité par D. von Hildebrand, La vigne rava­gée, annexe I.[]
  60. La pho­to­gra­phie a paru dans la Documentation catho­lique de juin 1969 et la revue Notitiae, n° 54, mai 1978[]
  61. Itinéraires, n° 212, avr. 1977.[]
  62. Itinéraires, n° 212, avr. 1977.[]
  63. Lettre 73 (Savoir et ser­vir, 1977. n° I).[]
  64. Lettre 141 (id.).[]
  65. Syllabus pro­po­si­tion 18 (Discours du Pape et chro­nique romaine, n° 70. nov. 1860).[]
  66. De motione œcu­me­ni­ca (Savoir et ser­vir, 1977, n° I).[]
  67. Georges May (doyen de la facul­té catho­lique de Mayence), L’œcuménisme levier de la pro­tes­tan­ti­sa­tion de l’Eglise (Ed. du Cèdre).[]
  68. Courrier de Rome, n° 20, nov. 1981.[]
  69. Lausanne, 12 déc. 1976, Courrier de Rome, id.[]
  70. Ecrits de Paris, fév. 1977 (id.).[]
  71. Lettre ouverte aux Eglises (id.).[]
  72. La lettre de l’al­liance St-​Michel, n° 32. mai 1982.[]
  73. En oct. 1977 (Courrier de Rome. n° 19, oct. 1981).[]
  74. Courrier de Rome, n° 19, oct. 1981.[]
  75. La Croix, 30 mai 1969.[]
  76. Abbé Bonneterre, Le mou­ve­ment litur­gique : l’ap­pen­dice.[]
  77. Le Monde, 22 nov. 1969.[]
  78. Le Monde, 10 sept. 1970.[]
  79. 8 déc. 1973 (Louis Salleron, La nou­velle messe).[]
  80. Pawley, Rome et Cantorbery durant quatre siècles, p. 343.[]
  81. Julien Green, Ce qu’il faut d’a­mour à l’homme (Pion, 1978). Voir aus­si le témoi­gnage d’un membre du Parlement bri­tan­nique conver­ti au catho­li­cisme, dans Christian Order, août-​sept. 1982 et Courrier de Rome, déc. 1982.[]
  82. Marie Carré, La Messe, lettre ouverte à Jésus de Nazareth en Galilée (D.P.F., 1973).[]
  83. Voir note 63.[]
  84. Chrétiens de l’Est, n° 18, 1978 (Aide à l’Église en détresse).[]
  85. Lettre adres­sée à Mgr Lefebvre et publiée en encart par Fideliter.[]
  86. Breve esame cri­ti­co del Novus Ordo Missae, Roma, 1969 (Courrier de Rome, n° 31, 1982). Bref exa­men cri­tique… publié en fran­cais dans « La messe tra­di­tion­nelle, tré­sor de l’Église », Ed. Fideliter, 1992[]
  87. Concile de Trente, XXIème ses­sion 3è canon : « Si quel­qu’un dit que le Sacrifice de la Messe n’est qu’un sacri­fice de louange et d’ac­tion de grâces, ou une simple com­mé­mo­ra­tion du Sacrifice, et non pas un sacri­fice pro­pi­tia­toire, qu’il soit ana­thème. »[]
  88. Donc au nom du peuple et non plus in per­so­na Christi.[]
  89. Présence réelle en tant que nour­ri­ture et non pré­sence réelle per­ma­nente.[]
  90. Voir note 23.[]
  91. Son article 5 insiste sur le « sacer­doce royal des Fidèles » : « La célé­bra­tion de l’Eucharistie est l’œuvre de toute l’Église » (Courrier de Rome, Propos sur la Messe, bro­chure).[]
  92. A.X. da Silveira, La Nouvelle Messe de Paul VI (D.P.F., 1975).[]
  93. A.X. da Silveira, La Nouvelle Messe de Paul VI (D.P.F., 1975).[]
  94. Voir note 18 et Louis Salleron, La Nouvelle Messe (Nouvelles édi­tions latines, 1976). Traduction lit­té­rale : « Pour ter­mi­ner, par suite de ce que nous avons expo­sé sur le nou­veau Missel romain, il est un point qu’il nous plaît main­te­nant d’en déduire et éta­blir. » Traduction offi­cielle : « Pour ter­mi­ner, nous vou­lons don­ner force de loi à tout ce que nous avons expo­sé plus haut sur le Missel romain. »[]
  95. Nouveau texte : « A la messe dite aus­si cène du Seigneur, le peuple de Dieu se ras­semble sous la pré­si­dence du prêtre qui tient la place du Christ pour célé­brer le mémo­rial du Seigneur ou Sacrifice eucha­ris­tique. C’est pour­quoi vaut émi­nem­ment pour un ras­sem­ble­ment local de ce genre la pro­messe du Christ : Là où deux ou trois sont réunis. Je suis au milieu d’eux. Dans la célé­bra­tion de la messe, en effet, dans laquelle le Sacrifice de la Croix est per­pé­tué, le Christ est vrai­ment pré­sent dans l’as­sem­blée elle-​même réunie en son nom dans la per­sonne du ministre, dans sa parole, et de façon sub­stan­tielle et conti­nuelle sous les espèces eucha­ris­tiques. » Remarques : on conti­nue à assi­mi­ler la messe (sacri­fice de la croix) à la cène (repas) ; on part encore du ras­sem­ble­ment. On ajoute les mots « sacri­fice eucha­ris­tique » mais sans leur don­ner un sens dif­fé­rent de celui qu’ad­mettent les pro­tes­tants : eucha­ris­tie sacri­fice de louanges. C’est encore la com­mu­nau­té qui célèbre le mémo­rial et c’est à cette célé­bra­tion col­lec­tive qu’est reliée la 3ème phrase (pré­sence spi­ri­tuelle) qui est main­te­nue. La 2ème phrase est ambi­guë : elle affirme la pré­sence réelle du Christ dans la com­mu­nau­té, dans la pré­si­dence, dans la parole, dans le pain et dans le vin (de façon sub­stan­tielle, mais non trans­sub­stan­tia­tion : les pro­tes­tants admettent que le Christ se mani­feste sous le signe du pain et du vin). Même phrase : le Sacrifice de la Croix est per­pé­tué : cela ne veut pas dire renou­ve­lé : les pro­tes­tants admettent que le sacri­fice mémo­rial soit per­pé­tué.[]
  96. Expert au Consilium sur la litur­gie : Litursisches Jahrbuch, n° 25, 1975 (Itinéraires, n° 220, fév. 1978).[]
  97. 6 fois dans la mis­sa cum popu­lo, 3 dans la mis­sa sine popu­lo (H. Kéraly, Présence d’Arius).[]
  98. Références diverses. En par­ti­cu­lier : Funditor, Réponse à dom Oury (Nouvelle Aurore. 1976).[]
  99. Courrier de Rome, n° 6, juil. 1980.[]
  100. Courrier de Rome, n° 6, juil. 1980.[]
  101. Sur ce point impor­tant, voir : Bref exa­men cri­tique (note 81) : Père Calmel, dans Itinéraires, n° 206, sept-​oct. 1976 ; abbé des Graviers, Propos sur la Messe (Courrier de Rome, 1979) ; Père René Marie, La messe nou­velle (Savoir et ser­vir, n° 9, 1981) ; du même, Théologie de la Messe (Una Voce Helvetica, 1982) ; A.X. da Silveira, La Nouvelle messe de Paul VI (D.P.F., 1975).[]
  102. Jean Hani, La divine litur­gie (Ed. de la Maisnie, 1982).[]
  103. Dr Rudolf Kaschewski, dans Una Voce Korrespondenz (mai-​août 1982) ; article repro­duit en fran­çais dans le Courrier de Rome, n° 37, avril 1983[]
  104. « La tra­duc­tion devra être lit­té­rale et inté­grale. Il faut prendre les textes comme ils sont sans muti­la­tion ni sim­pli­fi­ca­tion » (texte de Rome cité dans : Eglise de Reims, 9 sept. 1967). Le texte latin devait figu­rer à côté du texte fran­çais dans les mis­sels d’au­tel et sans doute dans ceux des fidèles ; sur cette pres­crip­tion res­pec­tée ni dans un cas ni dans l’autre, voir Una Voce n° 27, juil.-août 1967).[]
  105. Controverses, 2ème par­tie, dis­cours 25.[]
  106. D’après Yves Daoudal, La litur­gie ensei­gne­ment sacré (Itinéraires, n° 263, mai 1982).[]
  107. Du pape, livre l ch. XX (d’a­près Daoudal), note ci-​dessus).[]
  108. Indications tirées sur­tout de : Rév. Père Renié, Missale roma­num et mis­sel romain (Ed. du Cèdre, 1975).[]
  109. Samedi après le 7ème dimanche ordi­naire, St. Jacques 5, 14. En grec « pres­bu­te­rous » peut vou­loir dire « les anciens ». mais le latin « pres­by­te­ri » signi­fie « les prêtres » .[]
  110. Vendredi de la 21ème semaine (années impaires). Saint Paul I Thes. 4,4. « Skeuos » ou « vas » signi­fie « ins­tru­ment » ; on com­prend en géné­ral « corps », par­fois « femme ». Mais « pour vivre » est ajou­té.[]
  111. 9ème dimanche ordi­naire, post­com­mu­nion.[]
  112. 30ème dimanche ordi­naire, post­com­mu­nion.[]
  113. 23ème dimanche ordi­naire, post­com­mu­nion.[]
  114. Isaïe 7.14 (4ème dimanche de l’Avent, Annonciation et 20 décembre). En hébreu « almah » veut dire « vierge » ou « jeune femme » , encore que le Père Renié (Manuel d’Ecriture sainte, t. III, p. 60, 6ème édi­tion, 1960), consi­dère qu’il signi­fie tou­jours « vierge » dans la Bible. Les Septante vers 283 av. J.-C. ont tra­duit par « par­thô­nos » , c’est-​à-​dire « vir­go » ou « vierge » .[]
  115. Collecte du 17 février.[]
  116. Sans doute en grec « agge­los » vou­lait à l’o­ri­gine dire « mes­sa­ger » mais le latin « ange­lus » ne peut se tra­duire que par « ange ».[]
  117. Introït de la Messe de la Sainte Eucharistie.[]
  118. I Pierre 12, mar­di 8ème semaine ordi­naire.[]
  119. « Sabaoth » veut dire « des armées » dans toute la Bible. II est sou­vent tra­duit par « exer­ci­tuum » des armées.[]
  120. St Matthieu 16, 18, uti­li­sé trois fois par an. En latin, « a por­tae infe­ri » ; en grec : « pulai adou » (enfer).[]
  121. « Bonge volun­la­lis » ; en grec « eudo­kia » , même sens.[]
  122. St Mathieu 16, 26.[]
  123. La vie catho­lique, 23 juil. 1975.[]
  124. Préface de la Trinité et prex n° I.[]
  125. Abbé Jean Carmignac, A l’é­coute du Notre Père (Ed. de Paris 1975) ; id. Recherches sur le Notre Père (Letouzey, 1969).[]
  126. Supplément Voltigeur d’Itinéraires, n° 58, 16–5‑78.[]
  127. St Jacques 1, 13–14 : Que nul s’il est ten­té ne dise : « C’est par Dieu que je suis ten­té. En effet Dieu est inac­ces­sible aux ten­ta­tions du mal et il ne tente non plus per­sonne. »[]
  128. « Inducas » et « eise­neg­kês » veulent dire « fais entrer dans ». D’où la tra­duc­tion lit­té­rale : « ne nous indui­sez pas » , en gar­dant le sens théo­lo­gique ; ou la tra­duc­tion clas­sique axée sur le sens théo­lo­gique. En fait Heller a mon­tré en 1901 que les textes grec et latin n’é­taient que le mot à mot hébreu et que, du fait de la règle des néga­tions en hébreu, on devrait com­prendre : « Faîtes que nous n’en­trions pas dans la ten­ta­tion »[]
  129. Hugues Kéraly, Présence d’Arius (D.M.M. 1981) et aus­si P. Renié (note 100). Okapi, jour­nal des enfants contrô­lé par l’é­pis­co­pat fran­çais, publie en 1982, selon le quo­ti­dien Présent, une série de 100 pos­ters consa­crés aux per­son­nages célèbres de l’his­toire. Parmi ces per­son­nages, à côté d’un seul saint, Saint François d’Assise, on trouve Lénine, Mao, Robespierre, Jaurès, Jules Ferry. Et aus­si « Jésus de Nazareth », ain­si pré­sen­té : « Prophète juif. Les Evangiles le pré­sentent comme le Messie et le Fils de Dieu. La nais­sance du Christ marque le début de l’ère chré­tienne. »[]
  130. Collecte du 15ème dimanche ordi­naire.[]
  131. Au 1er juin.[]
  132. Fête de la Trinité, com­mu­nion : « Louange au Dieu vivant ! Au Père par le Fils, en l’Esprit saint qui nous rend frères. » Les Ariens rem­pla­çaient le Gloria Patri par : « Gloire au Père par le Fils, dans le Saint Esprit »[]
  133. Dimanche 9 jan­vier 83, St Luc 3, 22. Latin : « Tu es Filius meus dilec­tus, in te com­pla­cui mihi » . Grec : « Su ei o uios o aga­pê­tos, en soi êudo­kê­sa »[]
  134. Y. Daoudal, Le Nouvel Missel des dimanches 1983 (Itinéraires, n° 269, Janv. 1983). On trouve bien d’autres perles dans ce mis­sel.[]
  135. Collecte du 22 décembre.[]
  136. Préface du 4ème dimanche de carême.[]
  137. Préface du 5ème dimanche de carême.[]
  138. Philippiens 2, 6–7. St Paul dit « mor­phê » tra­duit par la Vulgate « for­ma » . Le N.O.M. tra­duit « image » ; dom Lefebvre et Feder « condi­tion » , Le Maistre de Sacy « nature »[]
  139. St Luc 22, 70 (messe des rameaux). Latin : « Vos dici­tis, quia ego sum. » Grec : « Umeis legete oti egô eimi » Littéralement : « Vous dîtes parce que je suis » Rendu par dif­fé­rents auteurs par : « Vous dîtes bien, je le suis » … « Vous le dîtes, je le suis » …[]
  140. St Luc 23,3 (lec­ture brève des Rameaux). Latin : « Tu dicis. » Grec : « Su legeis. » Littéralement : « Tu dis » Rendu par : « Tu le dis » , « Tu le dis, je le suis »[]
  141. St Jean 18,37 (Vendredi saint), Latin : « Tu dicis quia rex ego sum » Grec : « Su legeis, oti basi­leus eimi egô. » Littéralement : « Tu dis parce que je suis roi »[]
  142. Sur la concé­lé­bra­tion : La pen­sée catho­lique, n° 180, 185, 188, 189, Louis Salleron, Sur la concé­lé­bra­tion (Itinéraires, n° 251, mars 1981) ; et sur­tout R.P. Joseph de Saint Marie, L’Eucharistie salut du monde (Ed. du Cèdre, 1982). Il faut dis­tin­guer la concé­lé­bra­tion sacra­men­telle où les prêtres consacrent ensemble (il n’y a néan­moins qu’une seule Messe) et la concé­lé­bra­tion céré­mo­nielle où un prêtre seul, les autres assis­tants. Les messes pri­mi­tives célé­brées autour de l’é­vêque étaient concé­lé­brées céré­mo­niel­le­ment, comme les actuelles grands-​messes pon­ti­fi­cales. La concé­lé­bra­tion sacra­men­telle n’ap­pa­raît qu’au VIIIème siècle et jus­qu’au XIIème siècle est réser­vée au Pape entou­ré de ses car­di­naux. Puis elle est imi­tée en Orient (et non l’in­verse) et est éten­due mais limi­tée aux messes d’or­di­na­tion des prêtres et aux messes de consé­cra­tion des évêques (canon 803 du code de droit canon). Les cas de concé­lé­bra­tion sacra­men­telle, tout en res­tant limi­tés, ont été éten­dus par Vatican II (Constitution sur la litur­gie art. 57).[]
  143. A. Denoyelle, Communier avec la main c’est pécher (Forts dans la Foi n° 43).[]
  144. Le 29 mai (sup­pl. au n° 163 d’Itinéraires, 1972).[]
  145. Instruction Inaestimabile donum, 23 mai 1980.[]
  146. R.P Auvray, L’autodestruction de l’Eglise de France (Ed. du Cèdre, 1978).[]
  147. M. de St-​Pierre et A. Mignot, Les fumées de Satan (La table ronde. 1976) ; id., Le Ver dans le fruit (id. 1978) les revues Credo, Introïbo, Bonum cer­ta­nem, Lumière, etc.[]
  148. Abbé Olivier, Les deux visages du prêtre (d’a­près Paul Vigneron, note 49).[]
  149. XXIIème ses­sion canon 3 (voir note 82). Comme le fait remar­quer Présent du 10 novembre 1982, il suf­fit de lire le Missel des dimanches de 1983 pour voir que, par ailleurs, tout ce qui y concerne l’ac­tua­li­té est impré­gné de mar­xiste et que tout ce qui y concerne l’Histoire est influen­cé par la maçon­ne­rie.[]
  150. Rév. Père Auvray (note 136).[]
  151. Série 2.[]
  152. Série 3.[]
  153. Fêtes et sai­sons, fév. 1980 (voir Credo, n° 25).[]
  154. En marche, Fruges, 15 mai 1981.[]
  155. Document prin­ci­pal : Chauvet, pro­fes­seur à l’Institut Catholique de Paris, Thèmes de réflexion sur l’Eucharistie. Voir : Courier de Rome n° 16 et 23, Monde et Vie, n° 344, Introïbo, n° 33.[]
  156. Introïbo, n° 20, avr. 1978. Autres cita­tions du père Cardonnel : « II n’y a pas de Dieu en soi. Il n’existe de Dieu qu’en vie com­mune avec les hommes » (Le Monde, 24 oct. 1979). « II faut tuer la reli­gion. Car on a recons­ti­tué un Dieu auquel le pire des canailles rou­gi­rait de res­sem­bler » (cité par Marc Dem : Dieu et suc­ces­seurs, Albin Michel, 1982).[]
  157. D’après st Matthieu. 7, 17–18 et 12, 33 ; St Luc, 6, 43–44.[]
  158. Le Pèlerin, son­dage du 18 nov. 1981.[]
  159. Le Pèlerin, son­dage Sofres d’a­vr. 1981 (Introïbo, n° 34). Et encore qu’entend-​on par « pré­sence réelle » ? S’agit-​il bien tou­jours des effets de la trans­sub­stan­tan­tia­tion ?[]
  160. Osservatore roma­no, 28 avr. 79.[]
  161. Constitutions pro­vi­soires de l’Institut sacer­do­tal Saint Curé d’Ars (1982).[]
  162. A. Delestre, 35 ans de mis­sion au Petit-​Colombe, 1939–1974 (Ed. du Cerf, 1977).[]
  163. Coup d’œil, bul­le­tin parois­sial de Levallois.[]
  164. Mgr Vilnet dans : Le Concile, 20 ans de notre his­toire (Desclée, 1982).[]
  165. Osservatore roma­no, 11 mars 1981.[]
  166. Itinéraires, n° 262, avr. 1982.[]
  167. Père Jean Bots, Le catho­li­cisme hol­lan­dais hier et aujourd’­hui (Téqui).[]
  168. St Matthieu, 7, 19.[]
  169. Voir les ana­lyses très sérieuses et confon­dantes publiées à ce sujet. Se pro­cu­rer en par­ti­cu­lier : Action fami­liale et sco­laire, n° 43, oct. 1982 (31, rue Rennequin, 75017 Paris). Lire aus­si : Contre-​Réforme catho­lique, n° 183, Toussaint 1982 ; Fideliter, n° 30. Nov-​déc. 1982 ; Credo, n° 34, sept-​oct. 1982 ; De Rome et d’ailleurs, n° 37. Mars 1983 ; d’autres articles, moins récents, dans le Bulletin de Domqueur, Opus Dei, Le Courrier de Rome, etc…[]
  170. Galates 1,8.[]
  171. St Matthieu 5, 12. []

Daniel Raffard de Brienne (né le 7 jan­vier 1927 à Saint-​Quentin, mort le 7 juillet 2007 à Lille) était un jour­na­liste et écri­vain fran­çais. Rédacteur régu­lier de la revue Lecture et Tradition, il a publié envi­ron 25 ouvrages et de nom­breux articles sur des sujets tels que la messe, l’é­vo­lu­tion­nisme, l’œ­cu­mé­nisme, le caté­chisme, les croi­sades et les tra­duc­tions de la Bible. Il fut pré­sident du Centre International d’Études sur le Linceul de Turin (C.I.E.L.T.), entre­pre­nant plus d’une cen­taine de confé­rences à tra­vers l’Europe pour faire connaître la Sainte Relique.