Cahiers Saint-​Raphaël n°153 Les méthodes naturelles

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Ce que Dieu a uni.

Editorial

Par le doc­teur Philippe de Geofroy

Qu’entend-t-on exac­te­ment par méthodes natu­relles ? On uti­lise en géné­ral ce terme pour dési­gner les méthodes d’espacement des nais­sances qui ne décon­nectent pas l’acte conju­gal de la pro­créa­tion car elles reposent sur une période d’abstinence pério­dique et non sur un obs­tacle posé aux consé­quences de cet acte. C’est ce point-​là qui nous inté­resse et que nous vou­lons trai­ter dans ce numé­ro des Cahiers Saint-​Raphaël. En effet, c’est du point de vue catho­lique que nous vou­lons trai­ter du déli­cat pro­blème de la régu­la­tion des nais­sances. Ce n’est pas l’écologie qui nous guide, ni un com­bat par­ti­cu­lier contre l’industrie du médi­ca­ment ou celle du caou­tchouc. Notre objec­tif est d’aborder cette ques­tion à la lumière de la morale catho­lique qui n’est pas là pour nous gâcher la vie mais pour nous aider à cor­res­pondre au plan divin. Comme sou­vent ses exi­gences paraissent plus dif­fi­ciles qu’elles ne le sont en réa­li­té car elles sont là pour notre bien véri­table dès ici bas et le concile de Trente nous rap­pelle que « Dieu ne com­mande pas de choses impos­sibles, mais en com­man­dant Il t’invite à faire ce que tu peux et à deman­der ce que tu ne peux pas, et Il t’aide pour que tu le puisses ». Comme il est des moyens arti­fi­ciels et natu­rels pour espa­cer les nais­sances, il en est aus­si pour faci­li­ter la pro­créa­tion et il y a eu beau­coup d’évolution dans ce domaine ces der­nières années. Là encore, des méthodes font inter­ve­nir des méde­cins et des tech­ni­ciens de labo­ra­toire qui déna­turent et rem­placent l’acte conju­gal avec, pour objec­tif pro­bable loin­tain, l’ectogenèse, c’est à dire la fécon­da­tion et le déve­lop­pe­ment total de l’embryon et du fœtus » tota­le­ment la femme de sa condi­tion bio­lo­gique. Les méthodes natu­relles d’aide à la pro­créa­tion ont sim­ple­ment pour objet de faci­li­ter la fécon­di­té de l’u­nion conju­gale et ses conséquences.

Pourquoi évo­quer et faire la pro­mo­tion des méthodes natu­relles ? Pourquoi et com­ment faut-​il les pré­fé­rer aux méthodes « arti­fi­cielles » ? Une des incli­nai­sons natu­relles de l’homme est, comme chez l’animal d’ailleurs, de per­pé­tuer son espèce. Mais, chez ce der­nier, cette fonc­tion est exclu­si­ve­ment sous la dépen­dance de l’instinct. Chez l’être humain elle est aus­si sous la dépen­dance de la volon­té et de la rai­son, lui per­met­tant d’éviter de s’accoupler à tout va, au gré des odeurs et des sai­sons. Pour don­ner goût à ce devoir, le Créateur lui a atta­ché un cer­tain plai­sir sen­sible qui n’est qu’un moyen et non pas un but comme beau­coup semblent le croire aujourd’hui. Ce qui n’était qu’un moyen est deve­nu aujourd’hui un but et le vrai but a été sup­pri­mé ou en tous cas lar­ge­ment mis de côté. Cette ten­ta­tion est ancienne, elle est évo­quée dans la Bible, mais la large dif­fu­sion actuelle de la contra­cep­tion a per­mis sa géné­ra­li­sa­tion. Dans notre socié­té des loi­sirs, la sexua­li­té est consi­dé­rée par le plus grand nombre comme une acti­vi­té récréa­tive par­mi d’autres. La gros­sesse non dési­rée devient donc une incon­grui­té com­pa­rable à celle de la frac­ture de jambe chez le skieur : acci­dent à évi­ter à tout prix ! Et cette men­ta­li­té explique d’ailleurs le recours si facile à l’avortement. Les méthodes natu­relles, si elles sont uti­li­sées pour des motifs sérieux et non pas avec une men­ta­li­té contra­cep­tive, per­mettent de ne pas décon­nec­ter l’acte de sa fina­li­té. L’institution du mariage est à l’origine de la sta­bi­li­té de la famille qui rend pos­sible l’éducation du petit d’homme qui ne se fait pas en une sai­son comme dans les autres espèces. La simple obser­va­tion montre aisé­ment que c’est une solu­tion pré­fé­rable, tant pour les parents que pour les enfants, à celle du vaga­bon­dage sexuel et à ses consé­quences. Dieu ayant uni dans le même acte les moyens de pro­créer et d’exprimer l’amour mutuel des époux, por­ter atteinte à la fécon­di­té de l’acte conju­gal dans le mariage c’est ampu­ter le don total réci­proque et exclu­sif entre les époux. Dissocier le moyen et le but, c’est aus­si sépa­rer les fins du mariage que sont le sou­tien mutuel des époux et la trans­mis­sion de la vie.

Même si ces consi­dé­ra­tions sont les plus impor­tantes et per­mettent d’expliquer tous les effets néga­tifs de la men­ta­li­té contra­cep­tive, l’é­nu­mé­ra­tion de ses consé­quences sera plus convain­cante pour cer­tains. Elles per­mettent de tou­cher du doigt le résul­tat concret de la dis­so­cia­tion des com­po­santes uni­tive et pro­créa­tive de l’acte conju­gal par la contra­cep­tion arti­fi­cielle. Il est facile de juger de la qua­li­té de l’arbre à la qua­li­té des fruits. Et quels sont les fruits de la contraception ?

Quelques consi­dé­ra­tions sur la contra­cep­tion et la san­té : dans le numé­ro 152 des Cahiers Saint-​Raphaël nous avons rap­pe­lé l’existence d’une étude met­tant en évi­dence une aug­men­ta­tion du taux des can­cers du sein chez les femmes pre­nant la pilule, alors que pen­dant long­temps on nous a sou­te­nu l’affirmation inverse. Plus sur­pre­nante, une étude récente, publiée fin août 2023 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), fait état d’une aug­men­ta­tion du risque d’accident vas­cu­laire céré­bral hémor­ra­gique dans les 12 mois qui suivent l’accouchement chez une femme ayant subi un trai­te­ment hor­mo­nal contre l’infertilité. Dans les deux cas il s’agit quand même d’un chiffre abso­lu assez faible. Les com­pli­ca­tions les plus connues de la contra­cep­tion orale sont les throm­boses arté­rielles ou vei­neuses, en par­ti­cu­lier chez la femme de plus de 35 ans ; le risque aug­mente en cas de taba­gisme asso­cié. La liber­té sexuelle, consé­quence de la contra­cep­tion, a bien évi­dem­ment été res­pon­sable d’une aug­men­ta­tion des mala­dies sexuel­le­ment trans­mis­sibles ; l’é­pi­dé­mie de sida en a été un exemple. On se sou­vient d’ailleurs des moyens consi­dé­rables qui ont été mis en œuvre pour le trai­te­ment de cette mala­die symp­to­ma­tique de l’évolution des mœurs. D’autres patho­lo­gies graves n’ont pas béné­fi­cié des mêmes moyens. N’oublions pas non plus les effets dras­tiques sur la san­té de l’embryon. La pilule est un fusil à deux coups. Si elle rate l’inhibition de l’ovulation, elle peut ensuite empê­cher la nida­tion de l’œuf fécon­dé, réa­li­sant un avor­te­ment que beau­coup ne veulent pas voir.

Les consi­dé­ra­tions éco­no­miques sont loin d’être négli­geables concer­nant la contra­cep­tion. La pilule contra­cep­tive et les pré­ser­va­tifs font mar­cher le busi­ness. C’est pro­ba­ble­ment une des rai­sons pour les­quelles, en dehors de leur faci­li­té, on en fait la pro­mo­tion tout en déni­grant les méthodes natu­relles. C’est un peu comme pour l’écologie actuel­le­ment ; on encou­rage uni­que­ment l’écologie qui fait tour­ner la machine indus­trielle. On est beau­coup plus dis­cret sur une éco­lo­gie qui ris­que­rait d’entraîner une décrois­sance comme, par exemple, la lutte contre l’obsolescence pro­gram­mée… Les méthodes natu­relles ne rap­portent qu’à ceux qui les uti­lisent mais il n’est pas là ques­tion d’argent.

On note­ra éga­le­ment des consé­quences graves et impor­tantes sur la struc­ture de la socié­té. Celle qui nous saute aux yeux en pre­mier, c’est celle de la démo­gra­phie. Son déclin a été conco­mi­tant de l’ar­ri­vée de la contra­cep­tion. Warren Buffet âgé aujourd’hui de 93 ans a dépen­sé des mil­liards pour la pro­mo­tion de la contra­cep­tion et de l’avortement en vue de dimi­nuer la popu­la­tion mon­diale ; Bill Gates est sur le même che­min. Nous en subis­sons aujourd’hui les consé­quences : les pays à forte pres­sion démo­gra­phique ont ten­dance à s’étaler et de pré­fé­rence là où il y a peu de résis­tance, en l’occurrence l’Europe deve­nue un « conti­nent EHPAD » ! La dis­so­cia­tion entre sexua­li­té et pro­créa­tion a eu aus­si un effet très impor­tant sur les men­ta­li­tés car il est connu que « quand on ne vit pas comme on pense on finit par pen­ser comme on vit ! ». On accepte d’abord la contra­cep­tion et ensuite, auto­ma­ti­que­ment, les autres moyens d’éviter une nais­sance. C’est pour cela, que contrai­re­ment à la pro­pa­gande, la faci­li­té de la contra­cep­tion ne réduit pas le nombre d’avortements, bien au contraire. En France, nous avons une contra­cep­tion tota­le­ment acces­sible et gra­tuite et il n’y a jamais eu autant d’avortements [1]. Les hommes d’Église ont une impor­tante res­pon­sa­bi­li­té sur ces ques­tions, ayant eu une forte ten­dance à regar­der ailleurs ou même fer­mer les yeux à pro­pos de la contra­cep­tion et de la pro­créa­tion arti­fi­cielle. L’adultère aujourd’hui n’est plus fau­tif dans le mariage et, paral­lè­le­ment, on a assis­té, par­ti­cu­liè­re­ment en ville, à une explo­sion du nombre de divorces beau­coup plus nom­breux chez les couples uti­li­sant la contra­cep­tion arti­fi­cielle que chez ceux uti­li­sant les méthodes natu­relles (50% ver­sus 3%). On veut se ras­su­rer en nous expli­quant que le divorce se passe bien pour tout le monde et notam­ment pour les enfants ; nous avons dans le numé­ro 142 des Cahiers qu’il n’en est rien. Dans les classes sociales aisées, la femme peut gérer sa car­rière en maî­tri­sant sa fécon­di­té mais dans des classes moins favo­ri­sées le divorce peut la jeter rapi­de­ment dans la misère. Si l’on peut pra­ti­quer le sexe sans enfants et faire des enfants sans sexe alors bien­ve­nue à l’homosexualité, la PMA, la GPA, l’enfant à trois parents bio­lo­giques, le clo­nage humain… et toutes les consé­quence juri­diques qui vont avec, entraî­nant une déna­tu­ra­tion de la filia­tion bio­lo­gique au pro­fit d’une soi-​disant filia­tion d’intention. Et j’allais oublier la pro­mo­tion de tous les types de sexua­li­té dans les écoles où l’on va, comme cha­cun sait, pour apprendre à s’amuser !

Ceux qui ont encore des yeux pour voir peuvent consta­ter tous les dégâts qui découlent de la contra­cep­tion et de la pro­créa­tion arti­fi­cielle. Ces dégâts sont la consé­quence de la sépa­ra­tion arti­fi­cielle de l’expression de l’amour mutuel des époux et de la facul­té de trans­mettre la vie. Là aus­si, il semble pré­fé­rable que « l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ».

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Notes de bas de page

  1. L’avortement est deve­nu de plus en plus un moyen de contra­cep­tion. Empêcher une gros­sesse, stop­per une gros­sesse, quelle dif­fé­rence ? C’est le résul­tat de l’inévitable bana­li­sa­tion de ce qui était consi­dé­ré au début comme une entorse à la règle du res­pect de la vie.[]

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