La contraception est-​elle un péché grave ?

Une mère avec son enfant. Crédit photo : fancycrave1 / Pixabay

L’article pré­cé­dent a expli­qué ce que l’Eglise reproche à la contraception.

11. La contraception est-​elle un péché grave ?

Pour peser la gra­vi­té d’un délit, il faut envi­sa­ger l’importance des biens qu’il atteint [1]). Or, la contra­cep­tion détruit le dyna­misme de per­pé­tua­tion de l’espèce : elle s’oppose donc direc­te­ment au bien com­mun de l’humanité [2]).

Les papes ont tous una­ni­me­ment rap­pe­lé la gra­vi­té par­ti­cu­lière de ce péché (article pré­cé­dent).

Le Docteur Angélique ira même plus loin en pré­ci­sant qu’ « après le péché d’homicide par lequel la nature humaine déjà exis­tante est détruite, le péché le plus grave est celui qui empêche d’engendrer une nou­velle nature humaine. » [3]

12. Peut-​on user parfois de médications ayant des effets contraceptifs ?

Cela peut être per­mis, mais à cer­taines condi­tions que nous pré­cise la pape Paul VI : « l’Église, en revanche, n’estime nul­le­ment illi­cite l’usage des moyens thé­ra­peu­tiques vrai­ment néces­saires pour soi­gner les mala­dies de l’organisme, même si l’on pré­voit qu’il en résul­te­ra un empê­che­ment à la pro­créa­tion, pour­vu que cet empê­che­ment ne soit pas, pour quelque motif que ce soit, direc­te­ment vou­lu. » [4]

L’objet de la médi­ca­tion ne doit pas être la contra­cep­tion, mais la gué­ri­son d’une affec­tion. La contra­cep­tion n’est qu’un effet second qui peut être tolé­ré, mais non recher­ché et vou­lu direc­te­ment. L’intention du malade doit por­ter direc­te­ment et uni­que­ment sur l’effet médi­ci­nal, non sur l’effet contra­cep­tif. Enfin, l’affection à soi­gner doit être suf­fi­sam­ment grave pour jus­ti­fier la tolé­rance d’un tel mal. Si ces condi­tions sont toutes réunies, on peut user d’une médi­ca­tion ayant des effets secon­daires contraceptifs.

13. Si la contraception est illicite et qu’une nouvelle naissance doit être évitée pour des motifs légitimes, que faut-​il faire ?

Si la maman ou la famille ne peut pru­dem­ment accueillir un nou­vel enfant, deux solu­tions s’offrent aux conjoints : la conti­nence totale ou la conti­nence périodique.

Quant à la conti­nence totale, elle est tou­jours per­mise, mais elle sup­pose l’accord des deux époux [5]). Elle est la seule méthode infaillible à 100% pour parer toute nou­velle nais­sance, au même titre que la diète est le seul moyen infaillible pour ne pas gros­sir. Cette conti­nence totale exi­ge­ra tou­te­fois une ascèse rigou­reuse que seuls l’amour de la croix de Jésus et les grâces sur­na­tu­relles qui en découlent per­met­tront de pratiquer.

« On objec­te­ra qu’une telle abs­ten­tion est impos­sible, et qu’un tel héroïsme ne peut être pra­ti­qué. Cette objec­tion aujourd’hui, vous la lirez, vous l’entendrez par­tout, et même de la part de ceux qui, par devoir ou en rai­son de leur com­pé­tence, devraient être en mesure de juger de toute autre façon.
« Et on apporte pour la prou­ver, l’argument sui­vant : Personne n’est obli­gé à l’impossible et aucun légis­la­teur rai­son­nable ne peut être pré­su­mé vou­loir obli­ger par sa loi jusqu’à l’impossible. Or, pour les époux, la conti­nence de longue durée est impos­sible. Donc, ils n’y sont pas obli­gés. La loi divine ne peut avoir ce sens. Ainsi de pré­misses par­tiel­le­ment vraies, on déduit une consé­quence fausse.
« Pour s’en convaincre, il suf­fit d’intervertir les termes du rai­son­ne­ment : Dieu n’oblige pas à l’impossible. Or, Dieu oblige les conjoints à la conti­nence, si leur union ne peut être accom­plie selon les règles de la nature. Donc, en ces cas, la conti­nence est pos­sible. » [6]

Quant à la conti­nence pério­dique, nous en repar­le­rons plus en détail dans les lignes qui suivent.

Source : Abbé François Knittel, Cahiers Saint Raphaël n°86 (ACIM)

Notes de bas de page

  1. « Plus une chose est néces­saire, plus il est néces­saire de la bien régler, et plus il y a vice à ce que la rai­son en néglige les condi­tions. » (R.P. Sertillanges OP, La phi­lo­so­phie morale de S. Thomas d’Aquin, Paris, 1916, p. 476[]
  2. « L’usage contre-​nature du mariage est tou­jours un péché mor­tel, parce que les enfants ne peuvent être engen­drés. Aussi l’intention de la nature est-​elle tota­le­ment frus­trée. » (Sent. IV, d. 32, ini­tio) « L’émission du sperme de manière qu’aucune géné­ra­tion ne s’ensuive est contraire au bien de l’homme. Si elle est volon­taire, c’est un péché. » (C.G., III, 122, n°2951a) « L’émission désor­don­née de sperme s’oppose au bien de la nature, en l’occurrence la conser­va­tion de l’espèce. » (Ibid. n°2955[]
  3. C.G., III, 122, n°2955 in fine[]
  4. Encyclique Humanæ Vitæ[]
  5. « Ne vous refu­sez pas l’un à l’autre ; si ce n’est d’un com­mun accord, pour un temps, afin de vaquer à la prière ; puis repre­nez la vie com­mune, de peur que Satan ne pro­fite, pour vous ten­ter, de votre incon­ti­nence. » (1 Cor 7, 5[]
  6. Pie XII, Allocution aux sages-​femmes, 20 octobre 1951[]