Et schismatiques et hérétiques ?

Messe selon le rite tridentin en la Chapelle Notre-Dame du Carmel

Effet col­la­té­ral sur­pre­nant de Traditionis Custodes : le site Claves de la Fraternité Saint Pierre paraît pris d’un nou­veau zèle anti-​lefebvriste. Au risque du « Tradovacantisme » ?

Et schismatiques et hérétiques ? Une accusation contre la Fraternité Saint Pie X

1. Un acte d’origine

1. L’acte de nais­sance de la Fraternité Saint Pierre – et plus géné­ra­le­ment des com­mu­nau­tés dites de « mou­vance tra­di­tion­nelle » – est ins­crit dans le Motu pro­prio Ecclesia Dei afflic­ta du 2 juillet 1988, qui déclare le schisme de Mgr Lefebvre, et condamne ce der­nier pour s’être fait « une notion incom­plète et contra­dic­toire de la Tradition »[1], et avoir refu­sé de recon­naître « la conti­nui­té du Concile Vatican II avec la Tradition »[2]. Les dites com­mu­nau­tés sont donc congé­ni­ta­le­ment vouées à dénon­cer le même sup­po­sé schisme et à condam­ner la même notion sup­po­sée incom­plète et contra­dic­toire de la Tradition. Elles y sont vouées congé­ni­ta­le­ment, de par l’acte même de leur fon­da­tion, sous peine de ces­ser d’être ce qu’elles sont et aus­si long­temps qu’elles se reven­di­que­ront comme issues des mesures prises par Jean-​Paul II dans ce Motu pro­prio qui leur a don­né leur nom. Et elles sont éga­le­ment vouées, tout aus­si congé­ni­ta­le­ment, à « mettre en lumière la conti­nui­té du Concile avec la Tradition »[3].

2. Un prédéterminisme théologique ?

2. Il ne faut donc pas s’étonner si, ces der­niers temps, le site « Claves » de la Fraternité Saint Pierre se met en devoir de dénon­cer un sup­po­sé manque d’ecclésialité chez la Fraternité Saint Pie X. Ces der­niers temps : c’est-à-dire depuis bien­tôt trois ans, suite à la publi­ca­tion du Motu pro­prio Traditionis cus­todes. Le main­tien des pri­vi­lèges accor­dés par Jean-​Paul II passerait-​il par une pro­tes­ta­tion renou­ve­lée de non-​lefebvrisme ? En tout état de cause, nous voyons que le Père de Blignières s’est don­né quelque peine pour démon­trer que l’épiscopat des évêques de la Fraternité n’était pas catho­lique, en insis­tant sur l’accusation de schisme[4]. Et voi­ci que, l’été der­nier[5], l’abbé Hilaire Vernier, de la Fraternité Saint Pierre, entend dénon­cer à son tour « l’impasse du sédé­va­can­tisme », avec évi­dem­ment, en fili­grane, un reproche diri­gé contre la Fraternité Saint Pie X. La conclu­sion de l’article prend les franches allures d’une tarte à la crème : l’attitude de Mgr Lefebvre et de ses conti­nua­teurs, impli­ci­te­ment stig­ma­ti­sée comme un « sédé­va­can­tisme occulte, théo­rique ou pra­tique » abou­ti­rait imman­qua­ble­ment à « un véri­table ecclé­sio­va­can­tisme ». En effet, « ce n’est pas seule­ment le siège de Pierre qui serait vacant depuis plus de 50 ans, mais c’est l’Eglise catho­lique qui aurait ces­sé d’être ce qu’elle était essen­tiel­le­ment depuis sa fon­da­tion ! ». Tarte à la crème, au sens où la vio­lence outrée de l’expression dis­si­mule mal l’inconsistance des argu­ments qui vou­draient l’étayer. Avant de mesu­rer leur consis­tance, com­men­çons – ce sera l’objet du pré­sent article – par exa­mi­ner ces argu­ments pour eux-mêmes.

3. L’analyse théologique de la Fraternité Saint Pierre

3. L’analyse de l’abbé Vernier[6] vou­drait pour­tant se don­ner le cré­dit d’une cer­taine rigueur, appuyée sur des dis­tinc­tions per­ti­nentes, pre­nant acte « d’une grande diver­si­té » […] « sur le sujet de l’attachement et de l’obéissance à la hié­rar­chie ecclé­sias­tique depuis le concile Vatican II ». Son pro­pos fait ain­si la dif­fé­rence entre d’une part ceux pour les­quels (posi­tion n° 1) « l’obéissance bien com­prise (ou ver­tueuse qui exclut de soi la sou­mis­sion aux abus de pou­voir) à la hié­rar­chie est un prin­cipe qui demeure, même en temps de crise » et d’autre part ceux pour les­quels le prin­cipe demeure en théo­rie mais ne s’applique plus dans les faits, ceux-​ci se dépar­ta­geant encore en deux ten­dances, selon que cette non-​application se jus­ti­fie à leurs yeux soit parce que la hié­rar­chie conti­nue d’exister, quoiqu’étant à la source d’une crise (posi­tion n° 2), soit parce que la hié­rar­chie a ces­sé d’exister (posi­tion n° 3) ou du moins cesse de déte­nir le pou­voir de juri­dic­tion (posi­tion n° 4).

3. 1 Quatre positions

4. La posi­tion n° 1, nous précise-​t-​on, « est celle des com­mu­nau­tés tra­di­tion­nelles res­tées atta­chées au siège de Pierre (par­fois appe­lées com­mu­nau­tés Ecclesia Dei) ».

5. La posi­tion n° 4 est celle de ceux que l’abbé Vernier désigne – au moyen d’un néo­lo­gisme bien trou­vé – comme des « sédé­pri­va­tio­nistes » ou « sédé­pri­va­tistes », et que l’usage sui­vi à Ecône était de dési­gner jusqu’ici comme des sédé­va­can­tistes miti­gés. Ce sont ceux qui consi­dèrent que « le Pape – bien qu’ » appa­rem­ment » (maté­riel­le­ment) Pape – n’est pas réel­le­ment inves­ti de l’autorité qui lui incombe, en rai­son d’un refus tacite de sa charge, par défaut d’intention de gou­ver­ner ou d’enseigner catho­li­que­ment l’Eglise (au motif qu’il ne cher­che­rait pas son bien com­mun). Même si la posi­tion est ain­si résu­mée d’une manière quelque peu rapide, on y aura recon­nu les tenants de la thèse dite de Cassiciacum, mise au point en son temps par le Révérend Père (deve­nu depuis Monseigneur) Guérard des Lauriers, et qui sont majo­ri­tai­re­ment regrou­pés au sein de l’Institut Mater Boni Consilii[7].

6. La posi­tion n° 3 est celle de ceux que l’abbé Vernier désigne comme des « sédé­va­can­tistes » et que l’usage sui­vi à Ecône était de dési­gner jusqu’ici comme des sédé­va­can­tistes stricts. Ce sont ceux qui consi­dèrent que « le Siège apos­to­lique est vacant (vide) – pour les uns depuis 1965 (clô­ture du concile Vatican II), pour d’autres depuis l’élection de Paul VI, voire de Jean XXIII. Cette posi­tion s’appuie sur divers motifs (selon les – nom­breux – groupes) : inva­li­di­té des nou­veaux rites des ordi­na­tions ; héré­sies pro­fes­sées par le magis­tère de Vatican II ou des papes pos­té­rieurs ; héré­sie for­melle du can­di­dat élu au sou­ve­rain pon­ti­fi­cat ». Telle est, entre autres, la posi­tion défen­due aujourd’hui par Maxence Hecquard, dans son der­nier livre, La crise de l’au­to­ri­té dans l’Eglise – Les papes de Vatican II sont-​ils légi­times ?, Editions Pierre-​Guillaume de Roux, 2019, nou­velle édi­tion aug­men­tée, 2023. On en trou­vait déjà l’expression, dans les années 1990, chez Mademoiselle Myra Davidoglou, prin­ci­pale rédac­trice du Bulletin La Voie.

7. Reste la posi­tion n° 2. L’abbé Vernier la décrit comme étant celle de « cer­taines com­mu­nau­tés tra­di­tio­na­listes », les­quelles « consi­dèrent que l’obéissance à la hié­rar­chie ecclé­sias­tique, qui se mani­feste entre autres par une recon­nais­sance cano­nique (l’intégration offi­cielle de leur com­mu­nau­té dans la hié­rar­chie ecclé­sias­tique), ne relève pas de la foi en l’Eglise, mais plu­tôt de sa dis­ci­pline, qui n’est pas un but en soi et peut subir des entorses en cas de nécessité.

Aussi leurs membres affirment-​ils que pour res­ter fidèles à l’intégralité de la Révélation, il est néces­saire de se sous­traire en pra­tique à la sou­mis­sion habi­tuel­le­ment due à la hié­rar­chie ecclé­sias­tique (pape et ordi­naires des lieux : évêques dio­cé­sains…) pour exer­cer publi­que­ment un minis­tère sacer­do­tal ». Et d’ajouter que « beau­coup d’entre eux pour jus­ti­fier une telle posi­tion vont jusqu’à se consi­dé­rer comme les seuls déten­teurs au moins » par inté­rim « , de la Tradition, consi­dé­rant que la hié­rar­chie l’a aban­don­née, et que ceux qui s’y sou­mettent sont au moins com­plices de cet aban­don, se met­tant par ailleurs hors d’état d’en faire la néces­saire dénon­cia­tion »[8]. Faut-​il voir là, dans l’intention de l’auteur de ces lignes, la posi­tion de la Fraternité Saint Pie X ?… Celle-​ci n’est pas nom­mée pour autant. L’abbé Vernier se contente de dire que cette posi­tion est « dans les faits assi­mi­lable à notre sens à celle des sédé­pri­va­tistes, alors même que leurs tenants se targuent ver­ba­le­ment de recon­naître le pape et de prier pour lui ou d’accepter sa juri­dic­tion pour don­ner l’absolution sacra­men­telle »[9]. A l’en croire, cette posi­tion n° 2 serait donc une variante de la posi­tion n° 4.

3.2 Une racine commune ?

8. Le cher abbé nous gra­ti­fie ensuite d’un beau rap­pel théo­lo­gique sur l’indéfectibilité et la per­pé­tui­té de l’Eglise, auquel, du reste, per­sonne ne trou­ve­ra rien à redire, avant de conclure que, à l’exception de la posi­tion n° 1, toutes les autres dif­fé­rentes posi­tions énu­mé­rées plus haut « s’opposent à la foi en l’indéfectibilité de l’Eglise, car elles se ramènent à un sédé­va­can­tisme occulte […] car elles nient la néces­si­té de la juri­dic­tion ordi­naire pré­sente dans l’Église, sup­po­sant que le Christ sup­plée direc­te­ment tout ce qui est néces­saire, sans pas­ser par le pape et la hié­rar­chie – comme si ces ins­ti­tu­tions n’étaient pas concrè­te­ment tou­jours néces­saires »[10].

9. Poussant jusqu’au bout sa réflexion, l’abbé Vernier met en évi­dence ce que seraient selon lui les pré­sup­po­sés radi­caux de la thèse du sédé­va­can­tisme occulte. « En dépit des appa­rences, il n’y a plus de pape, ou de pape inves­ti de son auto­ri­té pon­ti­fi­cale, depuis plus de six décen­nies. En consé­quence, il n’y a plus de suc­ces­sion apos­to­lique for­melle, d’unité de gou­ver­ne­ment et d’exercice de vraie juri­dic­tion contrai­gnante, de vrai magis­tère (par défaut d’intention pour les uns, de sujet pour les autres), de vrais car­di­naux pou­vant élire un vrai pape. Pour en rajou­ter encore, dans cette impasse, les seuls sacre­ments cer­tai­ne­ment demeu­rés valides dans l’Église latine sont le mariage et le bap­tême (en rai­son des réformes litur­giques des rites, ou du doute pla­nant sur l’intention des papes ayant approu­vé ces changements) ».

10. C’est ici, en note 7, que notre auteur fait enfin allu­sion à la Fraternité Saint Pie X, ren­voyant à notre article « Tous dou­teux (II) », paru dans le Courrier de Rome de mars 2023, dont il donne la cita­tion sui­vante (n° 10) : « C’est ain­si qu’il faut com­prendre ce qu’a dit Mgr Lefebvre lors de la céré­mo­nie des sacres du 30 juin 1988. Parlant des évêques conci­liaires, il a décla­ré que leurs sacre­ments » sont tous dou­teux » et la rai­son qu’il en a don­né est que » l’on ne sait pas exac­te­ment quelles sont leurs inten­tions « . Précisément, leurs inten­tions sont dou­teuses dans la mesure exacte où les nou­veaux rites réfor­més par Paul VI sont dou­teux. Nous savons qu’il y a un doute, concer­nant la vali­di­té, pour les deux sacre­ments de l’extrême-onction et de la confir­ma­tion, en rai­son de la matière. Il y a aus­si un doute pour le sacre­ment de l’eucharistie, pour la messe, en rai­son de l’ambiguïté du nou­veau rite, qui peut faus­ser l’intention du célé­brant. Quant au sacre­ment de l’ordre, la pro­blé­ma­tique, s’il en est une, est ana­logue à celle de la messe : on ne sau­rait juger de la vali­di­té qu’au cas par cas des célé­bra­tions concrètes ».

3.3 Bref examen critique

11. Revenant alors, dans un deuxième article[11] sur le dogme de l’indéfectibilité de l’Eglise, l’abbé Vernier entend don­ner l’appréciation théo­lo­gique que méri­te­raient ces dif­fé­rentes posi­tions, telles qu’elles pré­sup­po­se­raient à leur racine com­mune ce sédé­va­can­tisme occulte. Cette appré­cia­tion tient en trois argu­ments qui abou­tissent tous à conclure que la thèse incri­mi­née s’oppose à la visi­bi­li­té de l’Eglise et donc à sa nature même, et par­tant aus­si à son indéfectibilité.

12. Conformément à la volon­té même de Dieu, l’Eglise est une socié­té par­faite et visible. Cette visi­bi­li­té passe donc néces­sai­re­ment par celle d’une hié­rar­chie et de ses actes propres, qui sont la pré­di­ca­tion des véri­tés de foi (décou­lant du pou­voir de Magistère), le gou­ver­ne­ment des fidèles (décou­lant du pou­voir de Juridiction) et l’administration des sacre­ments (décou­lant du pou­voir d’Ordre). Le sédé­va­can­tisme occulte nie cette visi­bi­li­té dans la mesure exacte où il nie la réa­li­té du triple pou­voir hié­rar­chique – du moins tel que dans son sujet appa­rent – et où il nie pareille­ment la vali­di­té de l’administration des sacre­ments. « L’Église », dit notre auteur, « ne peut être gou­ver­née par le Christ seul indé­pen­dam­ment de la hié­rar­chie, ou attendre indé­fi­ni­ment une inter­ven­tion mira­cu­leuse pour se res­tau­rer : ses pou­voirs de sanc­ti­fi­ca­tion (sacre­ments), ensei­gne­ment (magis­tère) et gou­ver­ne­ment (juri­dic­tion ordi­naire) doivent être conser­vés. Ainsi, le sédé­va­can­tisme occulte et les posi­tions qui s’y ramènent expli­ci­te­ment ou impli­ci­te­ment concluent à la dis­pa­ri­tion totale de l’Église comme socié­té par­faite et visible ». Cette visi­bi­li­té sociale de l’ecclésialité uni­ver­selle ne sau­rait être réa­li­sée par les com­mu­nau­tés tenant les posi­tions sus­dites, d’une part parce que celles-​ci n’y pré­tendent pas et d’autre part parce que les notes qui doivent l’attester n’apparaissent pas en elles. L’Eglise visible « n’est pas non plus iden­ti­fiée par ces groupes à leurs propres com­mu­nau­tés – plus ou moins res­treintes. Il est par ailleurs évident qu’aucune d’entre elles n’a les quatre notes propres de l’Église : uni­té, sain­te­té, catho­li­ci­té, apos­to­li­ci­té, et qu’aucune n’a de car­di­nal nom­mé par le vrai pape, ni même d’évêque légi­ti­me­ment ordon­né et nommé ».

13. D’autre part, pour reprendre l’expression de notre confrère de la Fraternité Saint Pie X, Monsieur l’abbé Alvaro Calderon[12], « la non-​notoriété est quelque chose de notoire », et aujourd’hui il est mani­feste que la grande majo­ri­té des catho­liques psy­cho­lo­gi­que­ment équi­li­brés et doc­tri­na­le­ment bien for­més ne consi­dèrent pas que les Papes aient ces­sé d’être Papes. Tel est l’argument que vou­drait faire valoir ici l’abbé Vernier : la thèse du sédé­va­can­tisme occulte est pro­pre­ment invrai­sem­blable, à la fois en tant que sédé­va­can­tisme et en tant qu’occulte. « Le sédé­va­can­tisme occulte revient à affir­mer qu’un fait majeur et aus­si fra­cas­sant que la vacance du Siège apos­to­lique est igno­ré de la quasi-​unanimité des fidèles et de la tota­li­té des évêques actuels ». Ce qui est une autre manière de nier la visi­bi­li­té de l’Eglise.

14. Enfin – c’est le troi­sième et der­nier argu­ment – l’acceptation paci­fique de l’élection d’un Pape consti­tue de la part de l’Eglise uni­ver­selle un signe suf­fi­sam­ment pro­bant, contre lequel la thèse du sédé­va­can­tisme occulte ne sau­rait demeu­rer valide. « Le sédé­va­can­tisme occulte et les thèses qui s’y ramènent sont par consé­quent éga­le­ment contraires à la doc­trine catho­lique de l’acceptation paci­fique de l’Église uni­ver­selle, comme signe objec­tif et visible de l’occupation du siège de Pierre par un vrai pape, inves­ti de l’autorité suprême pour toute l’Église. L’acceptation paci­fique uni­ver­selle signi­fie que lorsque tous les évêques légi­times de l’Église recon­naissent une per­sonne comme pape, c’est le pape légi­time : il est impos­sible que tous les pas­teurs de l’Église recon­naissent, una­ni­me­ment, sans contes­ta­tions notables, un anti­pape ». Notre abbé n’a aucun mal à reven­di­quer ici à l’appui de ses dires les réfé­rences les plus incon­tes­tables de l’ecclésiologie, le car­di­nal Louis Billot et le car­di­nal Charles Journet.

15. Pour faire bref, l’argumentation tourne tout entière autour de cette idée de la visi­bi­li­té de l’Eglise, vou­lue par Dieu à tra­vers la visi­bi­li­té de son chef, l’évêque de Rome, vicaire de Jésus Christ. La thèse du sédé­va­can­tisme occulte s’y oppose de trois manières : direc­te­ment, en tant même qu’il nie la réa­li­té d’une hié­rar­chie visible ; indi­rec­te­ment en tant qu’il pos­tule ce dont nul n’a l’évidence au sein de l’Eglise et en tant qu’il contre­dit ce dont tous ont l’évidence au sein de la même Eglise.

16. La conclu­sion finale de notre abbé prend alors les allures signa­lées plus haut : le sédé­va­can­tisme occulte, pra­tique ou théo­rique, repré­sente « une posi­tion contraire à la Révélation », une posi­tion « contraire à la foi en l’indéfectibilité de l’Église, en son uni­té, en sa péren­ni­té, en sa visi­bi­li­té ». Il conduit « à un véri­table eccle­sio­va­can­tisme », dans la mesure où niant la réa­li­té visible du pape, il nie par le fait même la réa­li­té visible de l’Eglise. Négation qui, du point de vue de ce qui serait l’état d’esprit ou l’attitude psy­cho­lo­gique de ses défen­seurs, se carac­té­rise par « un irré­pa­rable manque de réa­lisme, d’esprit de nuance et d’analogie, et de confiance en la pro­messe du Christ ».

17. Une posi­tion contraire à la Révélation, contraire à la foi en les dogmes prin­ci­paux de l’ecclésiologie : n’est-ce pas là une posi­tion à pro­pre­ment par­ler héré­tique ? Car l’hérésie se défi­nit bien comme la néga­tion ou la simple mise en doute d’une véri­té révé­lée par Dieu et pro­po­sée comme telle par le Magistère de l’Eglise, qui lui donne la valeur d’un dogme. Notre abbé Hilaire Vernier ne le dit pas, mais cela résulte néces­sai­re­ment de ses pro­pos : la thèse du sédé­va­can­tisme occulte, telle qu’il la décrit, repré­sente ni plus ni moins qu’une héré­sie. Et la Fraternité saint Pie X, dont il est bien dit – quoiqu’en note 7 – qu’elle ins­crit sa posi­tion dans les pré­sup­po­sés radi­caux de ce « sédé­va­can­tisme occulte », ferait repo­ser toute son atti­tude sur une thèse héré­tique, contraire à la foi en l’indéfectibilité de l’Eglise. 18. Nous étions déjà, aux yeux du Père de Blignières, de francs schis­ma­tiques[13]. Et nous voi­ci, sous la plume d’un prêtre de la Fraternité Saint Pierre, dési­gnés comme de tout aus­si francs hérétiques.

Tradovacantisme ?

1. De l’obéissance bien comprise

1. L’obéissance – fût-​elle due au Vicaire du Christ – est une ver­tu morale, par­tie de la jus­tice, et, comme telle, se situe dans un juste milieu[14]. En effet, la ver­tu morale est au prin­cipe d’une action pro­pre­ment humaine, accom­plie selon toute la per­fec­tion requise, per­fec­tion d’un être doué de rai­son – et nous savons que « la par­faite rai­son fuit toute extré­mi­té ». L’obéissance tient donc le milieu, dit l’Aquinate, « entre l’excès et le défaut ». Son objet est ni plus ni moins que le pré­cepte (ou le com­man­de­ment) légi­time d’un supé­rieur humain[15]. Ce pré­cepte réclame l’obéissance comme une chose qui lui est due – et l’obéissance accom­plit dès lors une œuvre de jus­tice – dans la mesure exacte où il est légi­time, c’est-à-dire dans la mesure exacte où il est l’expression du gou­ver­ne­ment de Dieu, qui gou­verne les créa­tures infé­rieures non pas immé­dia­te­ment par Lui-​même, mais par l’entremise des créa­tures supé­rieures[16]. Dès lors que le pré­cepte n’est plus l’expression exacte de ce gou­ver­ne­ment divin, l’obéissance cesse, faute d’objet. Exiger ou don­ner la sou­mis­sion de la volon­té à un pareil pré­cepte consti­tue­rait alors une atti­tude vicieuse, oppo­sée par excès au bien de la véri­table obéissance.

2. L’obéissance bien com­prise, l’obéissance ver­tueuse, exclut donc bien de soi, comme l’écrit l’abbé Hilaire Vernier[17], « la sou­mis­sion aux abus de pou­voir », dussent-​ils pro­ve­nir de la hié­rar­chie ecclé­sias­tique. Abus de pou­voir qui, comme l’explique saint Thomas, peuvent sur­ve­nir de deux manières[18]. Premièrement, lorsque le pré­cepte du supé­rieur humain contre­dit un pré­cepte d’un supé­rieur d’ordre plus éle­vé, par exemple lorsque le com­man­de­ment de l’homme contre­dit celui de Dieu : ain­si n’y a‑t-​il aucune obéis­sance pos­sible à l’égard d’un gou­ver­ne­ment qui légi­ti­me­rait des actes contraires à la loi divine natu­relle du Décalogue, par exemple l’euthanasie ou l’avortement. Deuxièmement, lorsque le pré­cepte du supé­rieur humain porte sur un domaine qui ne lui appar­tient pas, car il por­te­rait atteinte à la sphère pri­vée et à l’autonomie phy­sique ou morale de l’individu : ain­si, n’y a‑t-​il aucune obéis­sance pos­sible à l’égard d’un gou­ver­ne­ment qui vou­drait impo­ser aux familles une limi­ta­tion des nais­sances à un nombre déter­mi­né d’enfants ou le contrôle de leur vie pri­vée par la mise en place de camé­ras dans leur domi­cile (y com­pris leur salle de toi­lette). Saint Thomas recourt ici, avec Sénèque, à l’autorité du bon sens : « Errat si quis exis­ti­mat ser­vi­tu­tem in totum homi­nem des­cen­dere – Il y aurait erreur à vou­loir faire por­ter le poids de son auto­ri­té sur l’homme tout entier », sur tous les domaines et toutes les zones de la vie de l’individu.

2. Des différentes positions mal comprises

3. Quelle est alors la dif­fé­rence entre la posi­tion n° 1, que l’abbé Vernier pré­sente comme celle des com­mu­nau­tés Ecclesia Dei , et la posi­tion n° 2, qui serait sui­vie par la Fraternité Saint Pie X ? Quelle dif­fé­rence y a‑t-​il entre l’obéissance de la Fraternité Saint Pierre, répu­tée ver­tueuse, parce qu’elle exclut « la sou­mis­sion aux abus de pou­voir », et la posi­tion des dis­ciples de Mgr Lefebvre, pour les­quels le prin­cipe de l’obéissance demeure mais ne doit pas s’appliquer dans les faits, « en cas de crise pro­vo­quée par la hié­rar­chie » ? Soyons sérieux : l’abbé joue ici sur les mots. Ou, plus exac­te­ment, la Fraternité Saint Pie X va, elle, jusqu’au bout de la ver­tu, en n’appliquant pas le prin­cipe de l’obéissance face à l’abus géné­ra­li­sé de pou­voir qui sévit de façon habi­tuelle dans la sainte Eglise de Dieu depuis le concile Vatican II, tan­dis que la Fraternité Saint Pierre, pour admettre en théo­rie les justes limites de l’obéissance, les outre­passe dans la pra­tique. Plus pro­fon­dé­ment encore, tout dépend de la nature pré­cise de cette « crise pro­vo­quée par la hié­rar­chie ». Représente-​t-​elle, oui ou non, un abus de pou­voir suf­fi­sam­ment grave et habi­tuel, pour que l’obéissance s’y heurte à de sérieuses limites ?

4. Beaucoup plus radi­ca­le­ment encore, il ne s’agit pas, dans l’intention de la Fraternité Saint Pie X, d’un prin­cipe qui demeure en théo­rie mais ne doit pas s’appliquer en pra­tique. C’est le prin­cipe même qui ne cesse pas, mais qui conti­nue au contraire, de s’appliquer, en pra­tique, jusqu’au bout, et ce, en rai­son même de toutes ses exi­gences. Car c’est le prin­cipe même de la ver­tu qui réprouve tous les défauts et tous les excès qui lui sont oppo­sés, et c’est donc ici l’obéissance même qui com­mande de reje­ter les nou­veau­tés intro­duites dans l’Eglise à l’occasion du der­nier Concile. Ainsi s’exprimait Mgr Lefebvre dans une Conférence spi­ri­tuelle don­née à Ecône, le 10 avril 1981 : « Il n’y a per­sonne qui soit atta­ché à l’obéissance au Magistère du Pape, des conciles et des évêques comme nous. Nous sommes, nous, les plus atta­chés de l’Eglise, je pense, je l’espère, et nous vou­lons l’être, à l’obéissance au Magistère des Papes, des conciles et des évêques. Et c’est parce que nous sommes atta­chés à ce Magistère jus­te­ment, que nous ne pou­vons pas accep­ter un magis­tère qui n’est pas fidèle au Magistère de tou­jours »[19].

5. Cette capa­ci­té de dis­cer­ner, au sein même d’un prin­cipe, toutes les vir­tua­li­tés dont il est por­teur et d’en déduire les conclu­sions pra­tiques appro­priées aux cir­cons­tances d’exception est une forme par­ti­cu­lière de pru­dence, ana­ly­sée comme telle par saint Thomas. « Il arrive jus­te­ment quel­que­fois », dit-​il, « que l’on doive agir sans obser­ver les règles com­munes de l’action. C’est pour­quoi il faut juger de ces cas selon des prin­cipes plus éle­vés que les règles com­munes. […] Et selon ces prin­cipes plus éle­vés une plus haute ver­tu est exi­gée : on l’appelle gnô­mè et elle implique une cer­taine pers­pi­ca­ci­té du juge­ment »[20]. Et il ajoute : « Considérer la tota­li­té des choses qui peuvent arri­ver en dehors du cours com­mun appar­tient à la seule Providence divine. Mais par­mi les hommes, celui qui est plus pers­pi­cace peut juger par sa rai­son un plus grand nombre de ces cas. Et tel est le rôle de la gnô­mè, qui implique une cer­taine pers­pi­ca­ci­té de juge­ment »[21]. Toute l’évaluation de cette « crise pro­vo­quée par la hié­rar­chie » en dépend. Et cela a toute son importance.

6. Car, pré­ci­sé­ment, les dif­fé­rentes posi­tions énu­mé­rées par l’abbé Vernier voient le jour dans le contexte de l’après Vatican II, c’est-à-dire dans une cir­cons­tance que tout le monde s’accorde à recon­naître – et de plus en plus avec le Pape François – comme fai­sant figure d’exception. C’est jus­te­ment pour­quoi ces posi­tions ne sau­raient trou­ver leur expli­ca­tion pro­fonde dans des motifs pure­ment doc­tri­naux. Une chose est en effet mani­feste : aucune des posi­tions énu­mé­rées n’entend remettre en cause les dogmes fon­da­men­taux concer­nant la nature et les pro­prié­tés de l’Eglise, que notre bon abbé rap­pelle avec toute l’ingénuité d’un enfon­ceur de portes ouvertes. Tous les adeptes des posi­tions énu­mé­rées pro­fessent la foi dans le dogme catho­lique de l’indéfectibilité de l’Eglise, et c’est même au nom de celui-​ci qu’ils entendent jus­ti­fer, d’une manière ou d’une autre, leur manière d’agir dans le contexte extra­or­di­naire précité.

7. Il serait alors bien vain, pour ne pas dire ridi­cule, de bran­dir la tarte à la crème de l’ « ecclé­sio­va­can­tisme », et d’agiter le spectre de l’hérésie ou du schisme. Car les faits sont là et ils sont simples et clairs. Après avoir, sous pré­texte d’œcuménisme et de liber­té reli­gieuse, intro­duit l’indifférentisme et le libé­ra­lisme dans la pré­di­ca­tion et la pas­to­rale de la hié­rar­chie ecclé­sias­tique, le Pape actuel et la majo­ri­té des évêques sont en train d’élargir ce libé­ra­lisme au domaine de la morale. La gra­vi­té de la situa­tion appa­raît telle aux yeux de plus d’un, par­mi les catho­liques d’obédience offi­cielle et il est désor­mais bien révo­lu le temps où seul feu Mgr Lefebvre et ses jeunes dis­ciples dénon­caient la « Rome de ten­dance néo­mo­der­niste et néo­pro­tes­tante ». A deux reprises, des car­di­naux conser­va­teurs ont pré­sen­té au Pape François des Dubia, la pre­mière fois en 2016 au sujet de pro­po­si­tions jugées sus­pectes d’Amoris lae­ti­tia et une deuxième fois en 2023, au sujet de dif­fé­rentes pro­po­si­tions ren­dant pro­blé­ma­tique le rap­port entre la Révélation divine et le Magistère ecclé­sias­tique. A quoi s’ajoute, en 2017, la Correctio filia­lis signée par soixante-​deux per­son­na­li­tés catho­liques, clercs et laïcs, dénon­çant comme héré­tiques sept pro­po­si­tions pré­sentes dans l’Exhortation Amoris lae­ti­tia, et deman­dant au Saint Père d’en faire la prompte et claire condam­na­tion. Et que dire des réac­tions récentes à la Déclaration Fiducia sup­pli­cans[22]? Le car­di­nal Pietro Parolin, propre secré­taire d’État du Pape François estime que ce docu­ment a « sus­ci­té de très vives réac­tions » et qu’en consé­quence il devra « faire l’ob­jet d’un exa­men plus appro­fon­di ». Le car­di­nal Gerhard Ludwig Müller, ancien pré­fet de l’ex-​Congrégation pour la Doctrine de la foi, estime que « bénir une réa­li­té contraire à la créa­tion est non seule­ment impos­sible, [mais] c’est un blas­phème » et que, par consé­quent, un prêtre qui béni­rait un couple homo­sexuel com­met­trait un « sacri­lège ». Le car­di­nal Robert Sarah a dit que cette Déclaration consti­tue une « héré­sie qui mine gra­ve­ment l’Église ». Le car­di­nal Joseph Zen, évêque émé­rite de Hong Kong, sug­gère la démis­sion de l’auteur de ce texte, le car­di­nal Víctor Manuel Fernández. Les domi­ni­cains de la pro­vince de Toulouse ont quant à eux expo­sé leurs cri­tiques dans la Revue tho­miste. Le texte de Fiducia sup­pli­cans est jugé par le père Emmanuel Perrier « inco­hé­rent, contra­dic­toire avec le Magistère et por­teur de confu­sion »[23] et ce juge­ment n’est pas pas­sé inaper­çu dans la presse catho­lique offi­cielle, puisque le jour­na­liste Matthieu Lasserre s’est cru obli­gé d’en faire état dans le jour­nal La Croix[24]. Quant au Père Thomas Michelet, pro­fes­seur de théo­lo­gie à l’Université pon­ti­fi­cale de l’Angelicum, il s’est fait l’écho des réserves du Père Perrier dans l’analyse qu’il a don­née de la Déclaration[25] et a expri­mé éga­le­ment des réti­cences fort appuyées – et nous enten­dons user là de l’euphémisme.

3. De l’excès de zèle

8. Le zèle d’un abbé Vernier com­porte sans doute quelque chose de che­va­le­resque et la fougue avec laquelle il entend pour­fendre tout ce qui sem­ble­rait mettre en doute et en péril le dogme de l’indéfectibilité de l’Eglise, ain­si que sa visi­bi­li­té, eût méri­té, en d’autres cir­cons­tances, une appro­ba­tion sans réserves. Malheureusement, ce zèle et cette fougue appa­raissent clai­re­ment hors de mesure, au regard des cir­cons­tances de la crise qui sévit tou­jours, et de mal en pis, au sein de la sainte Eglise. Dans ce contexte, le théo­lo­gien, tout comme le simple fidèle, doit se gar­der d’un double dan­ger[26]. Et c’est jus­te­ment le dan­ger auquel échappe le bon ser­vi­teur de l’Evangile. Celui-​ci, écrivions-​nous[27], « est loué par le Seigneur pour avoir été non seule­ment fidèle mais pru­dent. La foi et la pru­dence, loin de s’exclure, doivent donc se prê­ter un mutuel appui. L’une ne sau­rait être par­faite, ni même vraie, sans l’autre. La foi sans la pru­dence dégé­nère en fana­tisme. La pru­dence sans la foi dégé­nère en libé­ra­lisme ». Le fana­tisme d’une foi dénuée de pru­dence trouve son expres­sion chez tous ceux qui mécon­naissent toute la por­tée des cir­cons­tances dans les­quelles les prin­cipes néces­saires – et il s’agit ici des dogmes, comme celui de l’indéfectibilité de l’Eglise – doivent trou­ver leur véri­fi­ca­tion. Fanatisme de ceux qui, pour mesu­rer toute la gra­vi­té des erreurs intro­duites dans la pré­di­ca­tion et la pas­to­rale des hommes d’Eglise, à l’occasion du concile Vatican II, mécon­naissent cette cir­cons­tance d’exception où ce sont pré­ci­sé­ment les titu­laires de l’autorité qui se font les fau­teurs de ces héré­sies : il est alors pré­ci­pi­té de conclure que le Pape n’est plus Pape, comme le font les sédé­va­can­tistes, ou que tout contact avec la Rome actuelle doit être refu­sé, comme le pré­tendent les tenants de la sup­po­sée « Résistance ». Fanatisme aus­si de ceux qui, pour mesu­rer que ce sont bien les titu­laires de l’autorité qui cau­tionnent toutes les nou­veau­tés intro­duites lors du Concile et depuis, mécon­naissent toute le pré­ju­dice que celles-​ci entraînent pour la foi des catho­liques et la gra­vi­té sans nom des erreurs aux­quelles elles frayent la voie : il est alors tout aus­si pré­ci­pi­té de conclure que nulle oppo­si­tion ne doit trou­ver son expres­sion face aux actes abu­sifs de l’autorité répu­tée légi­time, et c’est le genre de pré­ci­pi­ta­tion qui sous-​tend les pro­pos d’un abbé Vernier.

9. Celui-​ci a beau dire, il n’en reste pas moins vrai que les cir­cons­tances actuelles dans les­quelles les catho­liques sont appe­lés à pro­fes­ser leur foi pré­sentent une double dif­fi­cul­té appa­rem­ment inso­luble, que le seul rap­pel du dogme de l’indéfectibilité de l’Eglise ne suf­fit pas à élu­der. « Si le Pape », écrivions-​nous[28], « tombe dans l’hérésie ou du moins ouvre habi­tuel­le­ment la porte à l’hérésie, de deux choses l’une. Soit il cesse d’être Pape et le catho­lique recon­naît comme l’Eglise du Christ une Eglise dépour­vue de chef visible. Soit il demeure Pape et le catho­lique recon­naît comme l’Eglise du Christ une Eglise dont le chef visible com­pro­met gra­ve­ment, et de manière habi­tuelle, la foi catho­lique. Sur le plan de la doc­trine, c’est-à-dire du point de vue de la confor­mi­té avec les don­nées de la Révélation, aucune de ces deux conclu­sions n’est accep­table. En théo­rie pure et pour se confor­mer aux don­nées élé­men­taires de son caté­chisme, le catho­lique ne peut recon­naître comme la véri­table Eglise du Christ : ni une Eglise habi­tuel­le­ment dépour­vue de chef visible ni une Eglise habi­tuel­le­ment pour­vue d’un chef visible frayant la voie à l’hérésie ». Autant dire que le dogme de l’indéfectibilité de l’Eglise doit aller de pair avec celui de sa sain­te­té, prin­ci­pa­le­ment la sain­te­té de sa doc­trine. Et les cir­cons­tances pré­sentes semblent obli­ger le catho­lique à conclure que l’un exclue­rait l’autre, chose évi­dem­ment absurde.

10. C’est pour­quoi nous avons par­lé à des­sein de « pré­ci­pi­ta­tion » pour qua­li­fier l’attitude de ceux qui, tel notre abbé de la Fraternité Saint Pierre, vou­draient, au non du dogme, édic­ter des solu­tions trop simples – ou du moins ana­thé­ma­ti­ser des posi­tions pour­tant ins­pi­rées par une réflexion tant soit peu atten­tive aux cir­cons­tances. La pré­ci­pi­ta­tion est en effet un atti­tude vicieuse, oppo­sée à la ver­tu de pru­dence[29], et elle s’enracine elle-​même dans une autre atti­tude vicieuse qui est l’inconsidération, c’est-à-dire[30] dans la mécon­nais­sance des cir­cons­tances concrètes de l’agir. Ce sont celles-​ci qui doivent com­man­der pour une part non négli­geable la réflexion du théo­lo­gien, comme celle du simple fidèle, dans ce marasme de l’après Vatican II.

4. Du sédévacantisme

11. Voilà pour­quoi, si l’on veut don­ner une éva­lua­tion aus­si juste que pos­sible de la thèse du « sédé­va­cant­sime », au sens le plus large de ce terme – et tel qu’il com­porte non seule­ment la ten­dance abso­lue mais aus­si la ten­dance miti­gée – il importe de faire quelques dis­tinc­tions[31].

12. Sans doute, oui, à terme, la posi­tion qui refuse de recon­naître, ne serait-​ce que de façon momen­ta­née, en rai­son de cir­cons­tances extra­or­di­naires, la réa­li­té d’un chef visible à la tête de toute l’Eglise, conduit-​elle au schisme et à l’hérésie. Mais elle y conduit seule­ment, et n’y équi­vaut pas direc­te­ment par elle-​même. En effet, écrivions-​nous[32], « la posi­tion sédé­va­can­tiste équi­vaut à un refus non de prin­cipe mais de fait, car il s’explique en rai­son des cir­cons­tances consé­cu­tives au concile Vatican II ». Le sédé­va­can­tisme se défi­nit pré­ci­sé­ment comme « le refus d’être en com­mu­nion avec l’occupant actuel du Saint-​Siège de Rome, c’est à dire non pas avec tout occu­pant de ce Saint-​Siège, mais avec ceux de ses occu­pants dont on estime qu’ils ont actuel­le­ment une inten­tion habi­tuelle et objec­tive contraire au bien com­mun de l’Eglise ». Une telle atti­tude n’est donc pas pro­pre­ment et for­mel­le­ment un schisme. Elle repré­sente de prime abord et for­mel­le­ment, de manière directe, un péché contre la pru­dence. Elle ne repré­sente pas un péché direct et immé­diat contre l’unité de l’Eglise, fruit de la cha­ri­té, même si, chez ceux qui l’adoptent, elle peut entraî­ner un état d’esprit schis­ma­tique et occa­sion­ner à la longue un schisme pro­pre­ment dit.

13. Sans doute encore, l’hérésie consiste à refu­ser de pro­fes­ser que l’évêque de Rome est le chef de toute l’Eglise et repré­sente un péché grave contre la foi. Cependant, remar­quons bien que l’hérésie, s’il en est une de manière directe, for­melle et immé­diate, doit consis­ter ici à nier une pro­po­si­tion uni­ver­selle et néces­saire, car, comme telle, elle doit pro­fes­ser que nul évêque de Rome n’est chef de toute l’Eglise. « La posi­tion sédé­va­can­tiste nie quant à elle une pro­po­si­tion par­ti­cu­lière et contin­gente, car elle exprime un juge­ment rela­tif à des cir­cons­tances. L’hérésie affirme par prin­cipe que l’évêque de Rome ne peut pas être le chef de l’Eglise. Le sédé­va­can­tisme affirme que de fait tel élu dési­gné évêque de Rome n’a pas reçu le sou­ve­rain pon­ti­fi­cat. Il ne nie pas qu’il puisse ensuite le rece­voir ni que d’autres aient pu le rece­voir et l’aient reçu en effet »[33]. Une telle posi­tion n’est donc pas direc­te­ment héré­tique, de manière immé­diate et for­melle. Elle repré­sente tout au plus un péché contre la pru­dence, non un péché contre la foi.

14. Dans tous les cas, le péché est certes grave – et même gra­vis­sime. Et Mgr Lefebvre ne se fit pas faute de le sou­li­gner. « La ques­tion de la visi­bi­li­té de l’Eglise est trop néces­saire à son exis­tence pour que Dieu puisse l’omettre durant des décades », disait-​il à ses sémi­na­ristes dès les années de l’après Concile : « Le rai­son­ne­ment de ceux qui affirment l’inexistence du pape met l’Eglise dans une situa­tion inex­tri­cable »[34]. Il écri­vit même un jour au Père Guérard des Lauriers pour lui signi­fer pour­quoi il réprou­vait son atti­tude. « Dans l’at­ti­tude pra­tique, ce n’est pas l’i­nexis­tence du Pape qui fonde ma conduite, mais la défense de ma foi catho­lique. Or vous croyez en conscience devoir par­tir de ce prin­cipe qui mal­heu­reu­se­ment jette le trouble et cause des divi­sions vio­lentes, ce que je tiens à évi­ter »[35]. Et ce qu’il lui repro­chait était d’abord et avant tout un manque de pru­dence : « Si vous avez l’é­vi­dence de la déchéance juri­dique du pape Paul VI, je com­prends votre logique sub­sé­quente. Mais per­son­nel­le­ment j’ai un doute sérieux et non une évi­dence abso­lue »[36]. Nous voyons bien que toute l’attitude de Mgr Lefebvre, encore conti­nuée aujourd’hui par la Fraternité Saint Pie X, a tou­jours été ins­pi­rée, d’abord et avant tout, par la pru­dence : « Tant que je n’ai pas l’é­vi­dence », disait encore Mgr Lefebvre, « que le Pape ne serait pas le Pape, et bien, j’ai la pré­somp­tion pour lui, pour le Pape. Je ne dis pas qu’il ne puisse pas y avoir des argu­ments qui peuvent mettre en doute dans cer­tains cas. Mais il faut avoir l’é­vi­dence que ce n’est pas seule­ment un doute, un doute valable. Si l’ar­gu­ment était dou­teux, on n’a pas le droit de tirer de consé­quences énormes ! »[37].

15. Mgr Lefebvre a donc tou­jours récu­sé la thèse sédé­va­can­tiste. Il y voyait une erreur grave, mais c’était d’abord à ses yeux l’erreur d’une impru­dence. Le pas­sage où Mgr Lefebvre s’explique à ce sujet de la façon la plus expli­cite est la confé­rence du 5 octobre 1978. Il y affirme que sa posi­tion est dic­tée par la pru­dence, non par ce qui serait une posi­tion dog­ma­tique abso­lue. « Cela ne veut pas dire pour autant », dit-​il après avoir énon­cé sa posi­tion, « que je sois abso­lu­ment cer­tain d’avoir rai­son dans la posi­tion que je prends. Je la prends sur­tout d’une manière, je dirais, pru­den­tielle, pru­dence que j’espère être la sagesse de Dieu, que j’espère être le don de conseil, enfin pru­dence sur­na­tu­relle. C’est plu­tôt sur ce domaine-​là que je me place, je dirais, plus peut-​être que sur le domaine pure­ment théo­lo­gique et pure­ment théo­rique ». Avec cela, le doute reste tou­jours pos­sible, puisque, sur le plan pra­tique, il n’est pas tou­jours pos­sible d’agir avec des cer­ti­tudes abso­lues. Il reste mal­gré tout une cer­taine marge d’incertitude, une cer­taine part d’hésitation, mais celle-​ci est insuf­fi­sante pour remettre en cause le par­ti jugé « sûr », le par­ti le plus sécu­ri­sé, eu égard aux circonstances.

16. D’où vient alors cette marge d’hésitation, et avec elle le doute ? Le doute s’autorise de toute cette nou­velle pré­di­ca­tion, de toute cette nou­velle pas­to­rale qui, depuis le concile Vatican II, renient tou­jours plus dans les faits la Tradition de l’Eglise et ouvrent tou­jours davan­tage les portes à l’hérésie et à l’apostasie. Face à ces faits, la recon­nais­sance paci­fique de l’élection du Pape demeure ce qu’elle est : non la cause mais le signe de la légi­ti­mi­té du Pape. Elle ne peut don­ner davan­tage qu’une pro­ba­bi­li­té et n’exprime que la sûre­té d’une pru­dence, eu égard à toutes les autres cir­cons­tances. Et c’est ici que l’hésitation (car le doute est ni plus ni moins qu’une hési­ta­tion, et cer­tai­ne­ment pas la pro­ba­bi­li­té de l’hypothèse adverse) reste légi­time, pré­ci­sé­ment au vu de ces cir­cons­tances exté­rieures à l’élection et à son accep­ta­tion appa­rem­ment paci­fique. Là encore, l’argumentation péremp­toire de l’abbé Vernier demeure trop courte, faute de mesu­rer l’importance de ces circonstances.

5. De la Fraternité Saint Pie X

17. La « posi­tion » – n° 2, selon l’abbé Vernier – tou­jours sui­vie par la Fraternité Saint Pie X n’en est pas une. Car ce n’est pas, pré­ci­sé­ment, une « posi­tion », au sens où il fau­drait entendre par là un prin­cipe dog­ma­tique. C’est d’ailleurs ici, dès le début de son ana­lyse, que le thu­ri­fé­raire de la mou­vance Ecclesia Dei se méprend – ori­gi­nel­le­ment, pourrait-​on dire – sur la nature exacte de la dif­fi­cul­té à résoudre. Partant, la solu­tion ne sera pas de reven­di­quer un prin­cipe dog­ma­tique, celui de l’indéfectibilité de l’Eglise, contre un autre, celui d’une « posi­tion » qui nie­rait, ne serait-​ce qu’en pra­tique ou impli­ci­te­ment, le dit prin­cipe. La solu­tion est fausse car les don­nées du pro­blème ont été préa­la­ble­ment faus­sées, faus­sées car mal com­prises. D’un pro­blème qui, aux yeux de la Fraternité Saint Pie X, se pose essen­tiel­le­ment d’un point de vue pra­tique et pru­den­tiel, l’abbé de la Fraternité Saint Pierre fait un pro­blème dog­ma­tique. A par­tir de là, son ana­lyse ne peut que pas­ser à côté de la véri­table atti­tude de Mgr Lefebvre et de ses conti­nua­teurs. En termes consa­crés, cela s’appelle un « hors sujet ». Le bon Aristote y voyait le sophisme de l’ « igno­ra­tio elen­chi », celui où l’argumentateur mécon­naît la vraie nature du pro­blème qui se pose.

18. « Nous ne récu­sons pas l’autorité du Pape, mais ce qu’il fait »[38]. Il y a ici une grande dif­fé­rence entre dire que le Pape n’est pas et dire que le Pape n’agit pas en tant que Pape. La pre­mière affir­ma­tion est celle du sédé­va­can­tisme et elle est radi­cale, car elle n’admet pas la pos­si­bi­li­té de l’agir du Pape, n’admettant pas l’être même du Pape, dont doit décou­ler son agir. La deuxième affir­ma­tion est celle de la Fraternité Saint Pie X et elle est l’expression d’une pru­dence qui reste atten­tive aux faits, car elle admet la pos­si­bi­li­té de l’agir du Pape, admet­tant l’être du Pape, même si elle tient compte du fait que le Pape, étant infec­té par les erreurs du néo moder­nisme, n’agit pas en tant que Pape. Même si cet agir moder­nisme du Pape, qui para­lyse son agir de Pape, reste pré­va­lant au point que le Pape n’agisse qua­si­ment jamais comme Pape, la rai­son pour laquelle la Fraternité est conduite à ne pas obéir au Pape est fon­ciè­re­ment autre que celle du sédévacantisme.

19. La tarte à la crème de l’ « ecclé­sio­va­can­tisme » pour­rait faci­le­ment – trop faci­le­ment même – se retour­ner contre son auteur. A trop vou­loir évi­ter la vacance de l’Eglise, l’on finit par cau­tion­ner, inons­ciem­ment certes, la vacance de sa doc­trine, la vacance de sa Tradition. Et même, aujourd’hui, avec le Pape François, la vacance de sa théo­lo­gie morale. C’est le risque que prennent les théo­lo­giens de la mou­vance Ecclesia Dei, mais c’est le risque qui est ins­crit dans l’acte de nais­sance de ces com­mu­nau­tés dites de « mou­vance tra­di­tion­nelle », avec le Motu pro­prio Ecclesia Dei afflic­ta du 2 juillet 1988[39], qui leur a don­né leur nom.

20. Dans son trai­té sur la ver­tu de l’obéissance, saint Thomas d’Aquin observe que l’homme peut envi­sa­ger la recherche de deux pro­fits bien dif­fé­rents[40]. Parmi ces deux, il y a l’avantage que l’homme est néces­sai­re­ment tenu d’obtenir, comme par exemple aimer Dieu « ou quelque chose de même genre » – et l’on songe ici à la néces­si­té de la Profession de la foi catho­lique, tout autant qu’à la néces­si­té de recon­naître à la tête de l’Eglise un chef visible. Et l’Aquinate déclare avec rai­son qu’un tel avan­tage ne peut aucu­ne­ment être omis par obéis­sance … Nous lais­sons ici aux lec­teurs du Courrier de Rome le soin de juger quelle serait la meilleure atti­tude à suivre, pour n’omettre, pas même par obéis­sance, ni l’un ni l’autre de ces deux avan­tages, celui de la foi intègre et celui de la visi­bi­li­té du Pape. En tout état de cause, il nous semble indu­bi­table que la théo­lo­gie de l’abbé Vernier n’y par­vient pas.

Source : Le Courrier de Rome n°674. Image : Godong

Notes de bas de page
  1. Motu pro­prio Ecclesia Dei afflic­ta, n° 4.[]
  2. Motu pro­prio Ecclesia Dei afflic­ta, n° 5.[]
  3. Motu pro­prio Ecclesia Dei afflic­ta, n° 5.[]
  4. Voir les numé­ros de juillet-​août, octobre et novembre 2022 du Courrier de Rome.[]
  5. Sur les pages des 13 et 19 juillet 2023 du Site « Claves », avec un article en deux par­ties, inti­tu­lé : « Une Eglise sans Pape ? (1) et (2) »[]
  6. « Une Eglise sans Pape ? (1) » sur la page du 13 juillet du site « Claves ».[]
  7. L’abbé Vernier les iden­ti­fie comme tels dans la note 6 de « Une Eglise sans Pape ? (2) » sur la page du 19 juillet du site « Claves ».[]
  8. « Une Eglise sans Pape ? (1) » sur la page du 13 juillet du site « Claves ».[]
  9. « Une Eglise sans Pape ? (1) » sur la page du 13 juillet du site « Claves ».[]
  10. « Une Eglise sans Pape ? (1) » sur la page du 13 juillet du site « Claves ».[]
  11. « Une Eglise sans Pape ? (2) » sur la page du 19 juillet du site « Claves ».[]
  12. C’est l’avis don­né par mon­sieur l’abbé Calderon dans Le Sel de la terre, n° 47 (hiver 2003–2004), p. 73–74.[]
  13. Voir les numé­ros de juillet-​août, octobre et novembre 2022 du Courrier de Rome.[]
  14. Somme théo­lo­gique, 2a2ae, ques­tion 104, article 2, ad 2.[]
  15. Somme théo­lo­gique, 2a2ae, ques­tion 104, article 2, cor­pus.[]
  16. Somme théo­lo­gique, 2a2ae, ques­tion 104, article 1, cor­pus.[]
  17. Voir l’article « Et schis­ma­tiques et héré­tiques » dans le pré­sent numé­ro du Courrier de Rome.[]
  18. Somme théo­lo­gique, 2a2ae, ques­tion 104, article 5, cor­pus.[]
  19. Vatican II : l’autorité d’un concile en ques­tion, cha­pitre XVIII, Revue « Vu de haut » n° 13, p. 50.[]
  20. Somme théo­lo­gique, 2a2ae, ques­tion 51, article 4, cor­pus.[]
  21. Ibidem, ad 3.[]
  22. Cf. la fiche « Fiducia sup­pli­cans » sur l’Encyclopédie numé­rique Wikipédia, https://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​F​i​d​u​c​i​a​_​s​u​p​p​l​i​c​ans ain­si que la page du 25 jan­vier 2024 du site Fsspx Actualités : https://​fsspx​.ch/​f​r​/​n​e​w​s​/​l​a​-​r​e​v​u​e​-​t​h​o​m​i​s​t​e​-​c​r​i​t​i​q​u​e​-​s​e​v​e​r​e​m​e​n​t​-​f​i​d​u​c​i​a​-​s​u​p​p​l​i​c​a​n​s​-​4​2​090[]
  23. Emmanuel Perrier, op, « Fiducia sup­pli­cans face au sens de la foi » article publié sur la page du 23 jan­vier 2024 du site de la Revue tho­miste https://​revue​tho​miste​.fr/​c​o​n​t​e​n​u​-​e​d​i​t​o​r​i​a​l​/​c​h​r​o​n​i​q​u​e​s​/​l​u​m​i​e​r​e​s​-​e​t​-​g​r​a​i​n​s​-​d​e​-​s​e​l​/​f​i​d​u​c​i​a​-​s​u​p​p​l​i​c​a​n​s​-​f​a​c​e​-​a​u​-​s​e​n​s​-​d​e​-​l​a​-​foi[]
  24. Matthieu Lasserre, « Bénédiction des couples homo­sexuels : les domi­ni­cains de Toulouse entrent dans le débat » dans le jour­nal La Croix,‎ du 24 jan­vier 2024.[]
  25. Thomas Michelet, op, « Peut-​on bénir Fiducia sup­pli­cans ? » article publié sur la page du 23 jan­vier 2024 du site de la Revue tho­miste https://​revue​tho​miste​.fr/​c​o​n​t​e​n​u​-​e​d​i​t​o​r​i​a​l​/​c​h​r​o​n​i​q​u​e​s​/​l​u​m​i​e​r​e​s​-​e​t​-​g​r​a​i​n​s​-​d​e​-​s​e​l​/​p​e​u​t​-​o​n​-​b​e​n​i​r​-​f​i​d​u​c​i​a​-​s​u​p​p​l​i​c​ans[]
  26. Cf. les articles parus dans le numé­ro d’août-septembre du Courrier de Rome : « Les cornes d’un dilemme » ; « Réfutations » ; « L’Eglise est-​elle visible ? », ain­si que l’article « Fidelis ser­vus et pru­dens » paru dans le numé­ro de mai 2019 du même.[]
  27. Article « Fidelis ser­vus et pru­dens » dans le numé­ro de mai 2019 du Courrier de Rome, n° 1.[]
  28. Article « Les cornes d’un dilemme » dans le numé­ro de août-​septembre 2020 du Courrier de Rome, n° 17.[]
  29. Somme théo­lo­gique, ques­tion 53, article 3.[]
  30. Somme théo­lo­gique, ques­tion 53, article 4.[]
  31. Voir l’article « L’occupant du du Saint-​Siège de Rome est-​il aujourd’hui réel­le­ment Pape ? » dans le numé­ro de février 2016 du Courrier de Rome.[]
  32. Article « L’occupant du du Saint-​Siège de Rome est-​il aujourd’hui réel­le­ment Pape ? » dans le numé­ro de février 2016 du Courrier de Rome, n° 18.[]
  33. Article « L’occupant du du Saint-​Siège de Rome est-​il aujourd’hui réel­le­ment Pape ? » dans le numé­ro de février 2016 du Courrier de Rome, n° 19.[]
  34. Mgr Lefebvre, Conférence à Ecône le 05 octobre 1978.[]
  35. Mgr Lefebvre, Réponse écrite au Père Guérard des Lauriers.[]
  36. Mgr Lefebvre, Réponse écrite au Père Guérard des Lauriers.[]
  37. Mgr Lefebvre, Conférence à Ecône le 16 jan­vier 1979.[]
  38. Mgr Lefebvre, « La visi­bi­li­té de l’Eglise et la situa­tion actuelle » dans Fideliter n° 66 de novembre-​décembre 1988.[]
  39. Voir l’article « Et schis­ma­tiques et héré­tiques » dans le pré­sent numé­ro du Courrier de Rome.[]
  40. Somme théo­lo­gique, 2a2ae, ques­tion 104, article 3, ad 3.[]

FSSPX

M. l’ab­bé Jean-​Michel Gleize est pro­fes­seur d’a­po­lo­gé­tique, d’ec­clé­sio­lo­gie et de dogme au Séminaire Saint-​Pie X d’Écône. Il est le prin­ci­pal contri­bu­teur du Courrier de Rome. Il a par­ti­ci­pé aux dis­cus­sions doc­tri­nales entre Rome et la FSSPX entre 2009 et 2011.