Un saint nouveau ? – Brochure éditée par Écône

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Le séminaire saint Pie X à édité une étude sous forme de brochure pour y voir clair devant la scandaleuse « canonisation » du pape Jean-Paul II.

Témoignages

J’ai eu la chance de rencontrer sou­vent Jean-Paul II. Dès son élection, il m’a tout de suite impressionné : il avait l’air de venir non pas de Pologne mais de Gali­lée, avec un filet sur l’épaule et l’Évangile sous le bras… Les papes sont toujours im­pressionnants par leur fonction. Chez lui, c’est l’homme qui suscite l’admiration et le respect. Entre ce qu’il est, ce qu’il dit et ce qu’il croit, il n’y a aucune différence [1].

A Pa­ris, il rappe­lait la fidéli­té au baptême. A la mission ouvrière de Saint-Denis, il disait : “ Continuez en mettant Jésus-Christ au centre de votre témoignage ”. Il reprenait la parole de Paul VI : “ Il n’y a pas d’humanité nou­velle s’il n’y a pas d’abord d’hommes nou­veaux de la nouveauté du baptême et de la vie selon l’Évangile ”. Le 2 juin 1980, à Lisieux, en quittant la France, Jean- Paul II s’écriait : “ Les temps que nous vi­vons ont besoin de témoins ”. Jean-Paul II est missionnaire, il parcourt le monde entier avec risques et périls. Il appelle à l’unité, à la charité, à la communion [2].

On sent qu’il croit à ce qu’il fait comme il respire. Je ressens sa foi comme une sorte de sainteté [3].

Que dire de plus ? Tous les témoi­gnages semblent bel et bien unanimes. A peine après dix ans de pontificat, Jean- Paul II avait conquis les catholiques. Si elle a lieu comme prévu, sa canonisation consacrera ces témoignages en donnant à toute l’Église l’exemple d’une person­nalité absolu­ment charis­matique.

Vu l’im­portance de cette démarche, il vaut bien la peine de se pen­cher avec plus d’attention sur le dos­sier. Que représente exactement l’ini­tiative de l’Église lorsqu’elle canonise les saints ? En quoi la vie de Jean-Paul II mériterait-elle de s’inscrire dans cette démarche ? La réponse à ces questions devrait aider les âmes de bonne volon­té à faire la pleine lumière sur le sens et la portée de l’acte annoncé par le pape François pour le dimanche 27 avril 2014.

La canonisation des saints

La canonisation des saints tire son nom du fait qu’elle consiste à inscrire un bienheureux au Canon, c’est-à-dire au catalogue des saints. Elle se définit comme une sentence défini­tive du Souverain Pon­tife moyennant la­quelle un fidèle béati­fié est proposé à toute l’Église pour qu’elle le regarde obligatoire­ment comme vraiment saint, jouissant du bon­heur du ciel et devant faire ici-bas l’objet d’un culte. Elle com­porte donc un double jugement. • Un jugement spéculatif, où l’on affirme que le fidèle béatifié est saint et parvenu au ciel. • Un jugement pratique et préceptif, où l’on décide que ce fidèle béati­fié doit faire ici-bas l’objet d’un culte. Et l’on précise que tous les fidèles sont tenus de croire, sans le moindre doute, que la personne canonisée est sainte et parvenue au ciel, et de la considérer comme ayant droit à un culte public.

Infaillibilité des canonisations

Portée de l’infaillibilité

Le véritable objet formel de l’infail­libilité dont jouit le pape lorsqu’il canonise un saint correspond à tout ce qu’il définit et seulement à cela, c’est-à-dire au triple fait:

  • que la personne his­torique qui est inscrite au catalogue des saints est vraiment sainte ;
  • qu’elle a obtenu le bonheur céleste ;
  • qu’elle mérite ou ré­clame un culte.

Par la canonisation, le Souverain Pontife déclare infailliblement qu’une personne a mené une vie sainte, qu’elle est au ciel et que les fidèles doivent lui rendre un culte.

Preuves de cette infaillibilité

Premier argument : l’Église est in­faillible pour dire jusqu’où s’étend sa propre infaillibilité. Or, l’Église s’attri­bue l’infaillibilité lorsqu’elle canonise les saints. Bien sûr, cette infaillibilité des canonisations n’a pas encore fait l’objet d’une définition elle-même infaillible, et, en particulier, le concile Vatican I n’a pas jugé opportun de se prononcer ca­tégoriquement en sa faveur. Cependant, l’infaillibilité des canonisations repré­sente la doctrine commune des théo­logiens, et elle est présupposée par la discipline ecclésiastique. D’autre part, l’Église s’attribue l’infaillibilité chaque fois qu’elle propose de façon péremp­toire et irrévocable ce qu’elle oblige tous les fidèles à tenir, et seulement dans ces cas-là. Or, l’Église propose de façon péremptoire et irrévocable la canonisa­tion des saints, et elle oblige tous les fi­dèles à la reconnaître comme telle. On peut s’en rendre compte si l’on observe les expressions dont elle use lorsqu’elle accomplit cet acte ou cet exercice so­lennel de son magistère. Par exemple, celle utilisée par Pie XII : « Pour l’hon­neur de la sainte et indivise Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique et l’ac­croissement de la religion chrétienne, par l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, [ … ] nous décidons et définissons que les bienheureux Jean de Brito martyr, Joseph Cafasso et Bernardin Réalin confesseurs, sont saints, et nous les inscrivons au cata­logue des saints. Nous établissons que leur mémoire doit faire l’objet d’un culte de la part de toute l’Église » [4] Deux choses apparaissent clairement dans cette for­mule :

  • Premièrement, la définition du pape revêt un caractère péremptoire.
  • Deuxièmement, son objet n’est pas seu­lement un portrait idéal ou un type de sainteté ; il s’agit au contraire de la sain­teté de la gloire céleste et du culte qui reviennent à un personnage historique.

Deuxième argument : l’infaillibi­lité de l’Église s’étend aussi loin que le réclame la fin pour laquelle le Christ a établi le magistère de cette même Église. Or, cette fin en raison de laquelle le Christ a établi le magistère et a vou­lu qu’il soit revêtu du privilège de l’in­faillibilité consiste à instruire convenablement les fidèles de la doctrine, et à diriger leur vie de manière sûre, en conformité avec la loi de l’Évangile. Et pour diriger ses fidèles dans la voie de la justice et du salut, l’Église procède de deux manières :

  • Premièrement, elle leur propose les règles objectives de la vie chrétienne ré­vélées par Dieu ;
  • Deuxièmement elle leur met sous les yeux des exemples vivants et concrets, où la règle de vie évangélique est mise en pratique, et qui représentent ainsi pour eux le modèle exceptionnel en même temps que le mi­roir et l’appui dont ils ont besoin. C’est pourquoi, le secours divin promis par le Christ s’étend aussi bien à ces actes par lesquels le magistère propose aux fi­dèles les exemples héroïques de vie chré­tienne qu’ils doivent imiter et invoquer, qu’à ceux par lesquels le même magis­tère leur prêche les règles ordinaires de la sainteté.

Troisième argument : si le Sou­verain Pontife peut se tromper dans l’acte solennel de la canonisation d’un saint, il faut admettre qu’il peut impo­ser à toute l’Église un culte objective­ment contraire à l’honnêteté. Mais cela est bien difficile à concevoir, et semblera à juste titre trop inconvenant. Le suc­cesseur de Pierre demeurerait-il alors le fondement de la foi évangélique ? et confirmerait-il vraiment ses frères chrétiens dans cette foi ?

Comment l’Église sait-elle qu’un saint est au ciel ? Elle en a la cer­titude non point par le moyen d’une nou­velle révélation, mais par l’assistance de Dieu qui dirige son Église lorsqu’elle examine la vie de ce saint, ainsi que ses vertus héroïques et les miracles obtenus en son nom.

La sainteté canonisable

Ainsi que nous venons de le voir, la canonisation se définit par son objet. Celui-ci corres­pond au triple fait :

  • que la personne historique qui est inscrite au catalogue des saints est vraiment sainte,
  • qu’elle a obtenu la gloire cé­leste ;
  • qu’elle réclame un culte de la part de toute l’Église.

Le premier fait (la sainteté) est la cause des deux autres, et le deuxième cause lui aussi le troisième, le­quel reste une simple conséquence des deux premiers. La sainteté et la gloire céleste forment ainsi la raison fonda­mentale pour laquelle l’Église impose le culte. Et celui-ci équi­vaut à reconnaître que la vie du saint consti­tue un exemple assu­ré pour tous les fidèles, désireux d’accomplir leur salut en persévé­rant jusqu’au bonheur éternel du ciel. Un fi­dèle défunt sera donc canonisable dans la mesure précise où sa vie aura été sainte et exemplaire, et pré­cisément exemplaire parce que sainte à un degré éminent.

Ce que l’Église exige de ceux auxquels elle réserve les honneurs de la canonisation, c’est la possession de toutes les vertus sans exception, et théologales et morales. Ces vertus, ils auront dû les pratiquer jusqu’à l’héroïsme.

La sainteté se définit en effet, comme l’exercice habituel de toutes les vertus, poussé jusqu’au degré héroïque : « Ce que l’Église exige de ceux auxquels elle réserve les honneurs de la canonisation, ce n’est pas seulement la possession d’une vertu, mais de toutes sans exception. En eux doivent resplendir d’abord les ver­tus théologales, qui ont Dieu pour objet immé­diat. Et ensuite toutes les autres vertus, intel­lectuelles et morales. Ces vertus, ils auront dû les pratiquer non d’une manière quel­conque mais jusqu’à l’héroïsme » [5]. Be­noît XIV [6] définit cette héroïcité de la vertu en disant qu’elle est au principe d’actes qui dépassent de loin la manière ordinaire d’agir des hommes vertueux, et même des chrétiens en état de grâce. Cette éminence doit elle-même s’expliquer en raison de l’excellence de l’œuvre accom­plie ou des circonstances qui en rendent l’accomplissement particulièrement difficile. L’héroïcité de la vertu est abso­lument nécessaire, car c’est grâce à elle que la vie du canonisé prend la valeur d’un exemple pour toute l’Église.

Avant d’être déclarée à la face de toute l’Église, cette sainteté exemplaire de vie est vérifiée avec le plus grand soin : « La vie du serviteur de Dieu est passée au crible de la plus impitoyable cri­tique ; et il faut que, non seulement on n’y trouve rien de répréhensible, mais que l’héroïsme s’y rencontre à chaque pas » [7]. Non seulement la moindre équivoque, mais même une simple incertitude suffit à empêcher le procès d’aboutir.

De plus, il est exigé que Dieu se fasse le témoin direct et privilégié de cet hé­roïsme, par le moyen de ses miracles : deux suffisent pour une canonisation formelle, c’est-à-dire telle qu’issue d’un procès. Lorsque l’on a affaire à une ca­nonisation équipollente, c’est-à-dire lorsque le pape se contente de ratifier un culte déjà immémorial, les miracles restent requis, et il en faut trois [8].

Jean-Paul II est-il canonisable ?

La question se pose alors de savoir si Jean-Paul II remplit ces conditions. Ce n’est pas le lieu de refaire ici son pro­cès de canonisation ; nous nous conten­terons d’examiner si, dans ses actes pu­blics, il a pratiqué la vertu essentielle des successeurs de Pierre, la foi.

1 – Jean-Paul II et l’ordre surnaturel

L’Église catholique a toujours en­seigné la distinction entre l’ordre natu­rel et l’ordre surnaturel. L’union surna­turelle à Dieu dépasse les capacités de la nature et réclame l’intervention de la grâce, donnée par Jésus-Christ, Verbe Incarné et Rédempteur des hommes. C’est pourquoi, la bulle Ex omnibus afflictionibus du pape saint Pie V (1567) condamne la proposition selon laquelle « le fait qu’après avoir persévéré dans cette vie mortelle, jusqu’à la fin de la vie, dans la piété et la justice, nous obtenions la vie éternelle, ce n’est pas à proprement parler à la grâce de Dieu, mais à l’ordi­nation naturelle établie dès le commen­cement de la création selon un juste juge­ment de Dieu qu’il faut l’attribuer » [9]. De plus, tout homme vient au monde avec la blessure du péché originel, qui met obstacle à cette union surnaturelle, et qui ne peut être guérie que par l’ac­tion surnaturelle de la grâce ; c’est pour­quoi le canon 13 du concile d’Orange (529) ajoute que « le libre arbitre, bles­sé dans le premier homme ne peut être ré­tabli que par la grâce du baptême » [10].

Mais Jean-Paul II, au contraire, dé­clare qu’« en tout enfant qui naît et en tout homme qui vit ou qui meurt, nous reconnaissons l’image de la gloire de Dieu ; nous célébrons cette gloire en tout homme, signe du Dieu vivant, icône de Jésus-Christ » [11]. S’il est vrai que tout homme est créé « à l’image de Dieu », seul le Fils unique du Père est l’image de la gloire de Dieu [12]. Et d’autre part, seul le chrétien, baptisé et en état de grâce, mérite d’être désigné comme « l’icône de Jésus-Christ ». Cette affirmation du pape conduit donc à confondre le créé et l’incréé, la nature et la grâce.

L’auteur de la sainteté est le Christ, Verbe Incarné, source de toute grâce. Mais le pape Jean-Paul II, irénique, a déclaré que le Christ est « la réalisation de l’aspiration de toutes les religions du monde », et que, « par cela même, il en est l’aboutissement unique et défini­tif » [13]. Il a malheureusement souligné « l’action multiple et diversifiée de l’Es­prit-Saint, qui sème constamment des se­mences de vérité parmi tous les peuples, ainsi que dans leurs religions« , et vu dans l’Esprit de Dieu « le premier agent du dialogue de l’Église avec les peuples, les cultures et les religions » [14]. Cepen­dant, seule la vraie religion révélée, la re­ligion catholique, dispense la vie de la grâce et unit les âmes au Verbe Incarné. Les autres religions ne le peuvent pas, même si elles gardent une certaine part de vérité et de bonté naturelles. Entre la nature et la grâce, il y a beaucoup plus que la simple différence de degré que suggère l’emploi du mot « semences » ; l’on ne peut donc pas dire que le Christ est l’aboutissement de toutes les reli­gions, ni qu’il porte à leur maturité les éléments naturels qui y sont présents. Si l’Église se montre patiente à l’égard des âmes ignorantes ou égarées, elle ne sau­rait nourrir quelque respect que ce soit vis-à-vis des religions fausses.

Seule la vraie religion révélée, la religion catholique, dispense la vie de la grâce et unit les âmes au Verbe Incarné.

Mais la conclusion logique de cette confusion entre la nature et la grâce, sous-jacente aux propos cités, est qu’aux yeux de Jean-Paul II [15], les communau­tés chrétiennes, même non catholiques, « ont toutes des martyrs de la foi chré­tienne ». Ce qui lui fait dire que « selon un point de vue théocentrique, nous avons déjà, nous chrétiens, un Martyrologe commun ». Catastrophique ! La sainte­té n’est plus le partage exclusif de la re­ligion catholique, car « malgré les sépa­rations, qui sont un mal dont nous devons guérir, une sorte de communication de la richesse de la grâce s’est tout de même réalisée ». Il est faux d’affirmer que les saints « proviennent de toutes les Églises et Communautés ecclésiales qui leur ont ouvert l’entrée dans la communion du salut ». Cette présence universelle des saints donnerait la preuve de « la trans­cendance de la puissance de l’Esprit » !

Ce propos est une occasion de ruine spirituelle (c’est-à-dire un scandale, au sens théologique du terme), en ce qu’il implique que la grâce est donnée in­différemment en toute confession reli­gieuse.

Tous les saints canonisés ont tenu avec la plus scrupuleuse fidélité l’en­seignement révélé par Dieu et proposé par l’Église en ce qui concerne la réali­té et la définition exacte de l’ordre sur­naturel. Pensons en particulier aux écrits de saint Augustin : « Un homme ne peut se sauver si ce n’est dans l’Église catholique. En dehors de l’Église catho­lique, il peut tout avoir, sauf le salut. Il peut avoir l’honneur (être évêque), il peut avoir les sacrements, il peut chan­ter l’Alleluia, il peut répondre Amen, il peut tenir l’Évangile, il peut avoir et prê­cher la foi au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, mais jamais il ne peut trou­ver le salut si ce n’est dans l’Église catho­lique. […] Il peut même répandre son sang, mais pas recevoir la couronne » [16]. Peut-on sérieusement penser à élever sur les autels un pape qui s’exprime sur ces graves questions comme l’a fait Jean- Paul II ?

2 – Jean-Paul II et l’Église

Le magistère de l’Église a toujours enseigné qu’il existe « une seule Église, non celle des hérétiques, mais la sainte Église romaine, catholique, apostolique, en dehors de laquelle nous croyons que personne n’est sauvé » [17], et que cette « unique sainte Église catholique et en même temps apostolique représente l’unique corps mystique, dont le Christ est la tête » [18]. Dans Mystici corporis, le pape Pie XII déclare que l’Église du Christ, qui est son Corps mystique ici- bas, est identique à l’Église catholique romaine [19]. Et dans Humani generis, le même Pie XII réaffirme l’enseignement de Mystici corporis, en dénonçant les er­reurs de la nouvelle théologie : « Cer­tains estiment qu’ils ne sont pas liés par la doctrine que Nous avons exposée il y a peu d’années dans notre lettre Ency­clique, et qui est fondée sur les sources de la révélation, selon laquelle le Corps mys­tique et l’Église catholique romaine sont une seule et même chose » [20].

Le magistère de l’Église enseigne en­core que seule l’Église catholique ro­maine est l’organe dont Dieu veut se servir pour communiquer aux hommes la connaissance des vérités révélées et les grâces de rédemption et de salut, à l’ex­clusion des sectes schismatiques ou hé­rétiques et des religions fausses. Pie XII dit en effet dans l’encyclique Mystici corporis, que seule l’Église catholique réalise la médiation sociale voulue par le Christ, pour assurer la prédication des vérités de foi et l’administration des sa­crements. Tels que dans l’hérésie ou le schisme, les sacrements, les vérités par­tielles de foi et l’Écriture sont dans un état de déficience en raison duquel la secte qui les utilise ne peut réaliser, aus­si imparfaitement que ce soit, la mé­diation ecclésiale ni contribuer en quoi que ce soit au salut. On doit en dire au­tant des manières de penser, de vivre et d’agir, naturellement bonnes, telles qu’elles sont dans les religions non chré­tiennes. Même s’il précise que, par ex­ception, le salut peut s’accomplir en de­hors des li­mites visibles de l’Église catholique, Pie XII ajoute que ces grâces ex­traordinaires sont dépar­ties de ma­nière stricte­ment indi­viduelle, et non pas par la médiation des commu­nautés chrétiennes non catholiques. Les âmes de bonne volonté auxquelles la miséricorde divine accorde ces bienfaits restent dans un état où « nul ne peut être sûr de son salut éternel [ … ] puisque l’on est privé de si nombreux et si grands secours et faveurs célestes, dont on ne peut jouir que dans l’Église ca­tholique ».

Le magistère de l’Église enseigne enfin que cette unique Église du Christ, identique à l’Église catholique ro­maine, est absolument et définitivement une, sans que les hommes ne puissent rien pour en­tamer ou perfectionner cette unité de l’Église. Cette unité résulte en effet de la toute-puissance divine, qui a établi l’Église comme une société, dont la cohérence repose sur le triple lien de la profession de la même foi catholique, de l’exercice d’un même culte et de l’administra­tion des mêmes sacrements, dans la dé­pendance d’une même autorité, « cette autorité, dit Léon XIII, faisant partie de la constitution et de l’organisation de l’Église comme son élément principal, puisqu’elle est le principe de l’unité » [21].

S’adressant à des lu­thériens, Jean-Paul II re­prend à son compte les enseignements d’une nouvelle ecclésiologie, manifestement opposée à celle de toute la Tradi­tion de l’Église : « C’est pourquoi, je puis avec gra­titude devant le Seigneur, vous adresser les mêmes paroles que le concile Va­tican II a dites au sujet des nombreuses Églises et Communautés ec­clésiales qui ne sont pas en complète com­munion avec l’Église de Rome. Malgré les différences qui subsistent entre elles et l’Église catholique en matière de doc­trine et de discipline, et que nous regar­dons comme des obstacles pour une pleine communion, le Concile déclare expressé­ment que “ ces Églises et Communautés ecclésiales ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mys­tère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique ” [22] » [23].

Dépassant la lettre mais non l’es­prit de ces enseignements, Jean-Paul II considère comme l’un des actes majeurs de son pontificat l’ouverture de la Porte Sainte à Saint-Paul-hors-les-Murs, le 18 janvier 2000. « Pour pousser cette Porte, souligne-t-il, il y avait non seulement mes mains mais aussi celles du métropo­lite Athanasios, représentant du Patriar­cat œcuménique de Constantinople, et celles du Primat anglican George Carey. En nos personnes, c’était toute la chrétien­té qui était représentée, affligée à cause des divisions historiques qui la blessent, mais, dans le même temps, à l’écoute de l’Es­prit de Dieu qui la pousse vers la pleine communion » [24]. Comment est-il pos­sible de dire que les communautés schis­matiques ou hérétiques représentent la chrétienté ? Comment sans éviter un grave scandale associer les responsables de ces communautés à un acte cultuel exemplaire ?

Jean-Paul II considère également comme un autre acte majeur de son pon­tificat la réunion de prière tenue à As­sise en 1986. Réitérant cette initiative en 1993, le pape polonais déclare en­core : « Nous voici réunis pour adresser nos prières au Seigneur de l’histoire, cha­cun à sa manière et dans sa tradition reli­gieuse, en implorant de sa part le don pré­cieux de la paix dont il est le seul auteur véritable. […] Chacun de nous est venu ici, poussé par la fidélité à sa tradition re­ligieuse, tout en étant conscient et respec­tueux de la tradition d’autrui, puisque nous sommes réunis dans le même but : prier et jeûner pour la paix. La paix règne entre nous. Chacun accepte l’autre tel qu’il est ; il le respecte comme un frère et une sœur, dans la même humanité et avec ses convictions personnelles. Les dif­férences qui nous séparent subsistent. Tel est le point essentiel et le sens de cette ren­contre et des prières qui viendront ensuite : faire voir à tous que seule l’accepta­tion réciproque de l’autre dans un respect mutuel, rendu plus profond par l’amour, constitue le secret d’une humanité finale­ment réconciliée, d’une Europe digne de sa vocation véritable. Aux guerres et aux conflits, nous voulons opposer avec humi­lité, mais aussi avec force, le spectacle de notre concorde, dans le respect de l’identi­té de chacun. Qu’il me soit permis à ce su­jet, de citer le premier verset du Psaume 132 : “ Qu’il est bon, qu’il est doux d’ha­biter en frères tous ensemble ! ” » [25].

Si les différences religieuses, dogma­tiques et disciplinaires, n’empêchent pas la prière commune et la réconci­liation de l’humanité, celles-ci ne sau­raient avoir lieu que sur un plan où l’unique vraie religion catholique sera considérée comme une option respec­table parmi d’autres. Eh bien ! c’est le propre de l’indifférentisme dénoncé par Pie XI, lorsqu’il évoque ceux qui nour­rissent l’espoir « qu’il serait possible d’amener sans difficulté les peuples, mal­gré leurs divergences religieuses, à une en­tente fraternelle sur la profession de cer­taines doctrines considérées comme un fondement commun de vie spirituelle. C’est pourquoi, ils se mettent à tenir des congrès, des réunions, des conférences, fré­quentés par un nombre appréciable d’au­diteurs, et, à leurs discussions, ils invitent tous les hommes indistinctement, les in­fidèles de tout genre comme les fidèles du Christ, et même ceux qui, par malheur, se sont séparés du Christ ou qui, avec âpreté et obstination, nient la divinité de sa na­ture et de sa mission. De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être ap­prouvées par les catholiques, puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes égale­ment, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment na­turel et inné qui nous porte vers Dieu et nous pousse à reconnaître avec respect sa puissance. En vérité, les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur, mais de plus, en pervertis­sant la notion de la vraie religion ils la répudient, et ils versent par étapes dans le naturalisme et l’athéisme. La conclusion est claire : se solidariser avec les partisans et les propagateurs de pareilles doctrines, c’est s’éloigner com­plètement de la religion divinement révé­lée » [26].

La charité dont les saints nous ont laissé l’exemple est essentiellement mis­sionnaire. Jean-Paul II nous donne le contre-exemple, d’un humanitarisme et d’un indifférentisme œcuménistes.

3 – Jean-Paul II et le schisme orthodoxe

Le schisme orthodoxe est consom­mé le 16 juin 1054, lorsque les légats du pape saint Léon IX excommunient le patriarche de Constantinople, Mi­chel Cérulaire. Sous le pape Pie IX, la Lettre que le Saint-Office adresse aux évêques d’Angleterre le 16 septembre 1864 condamne l’erreur qui voudrait faire de la communauté gréco-schisma­tique une composante de la véritable Église de Jésus-Christ [27]. Depuis le XIe siècle, les différents représentants de la mouvance schismatique dite ortho­doxe, grecs ou russes, ne sont jamais re­venus sur leurs positions. Refusant de reconnaître le primat de juridiction de l’évêque de Rome, successeur de saint Pierre, vicaire du Christ et chef suprême de toute l’Église, ils sont séparés de la vraie Église fondée par Jésus-Christ, in­capables de transmettre l’intégrité de la vérité révélée et la sainteté.

Jean-Paul II a, en sens contraire, si­gnifié [28] au patriarche schismatique de Constantinople sa volonté de « relé­guer dans l’oubli les anciennes excom­munications et de se mettre en route sur le chemin de la recomposition de l’unité plénière ». Selon lui, l’Église catho­lique et les communautés orthodoxes « se reconnaissent comme Églises sœurs, responsables ensemble de la sauvegarde de l’unique Église de Dieu, dans la fidélité au dessein divin, et tout spécialement en ce qui concerne l’unité ».

Refusant de reconnaître le primat de juridiction de l’évêque de Rome, les orthodoxes sont séparés de la vraie Église fondée par Jésus-Christ.

De quelle unité peut-il s’agir, puisque l’Église est indéfectiblement une ? L’unité de l’Église n’a pas à être recomposée ; ce sont les schisma­tiques qui doivent la réintégrer. L’uni­té de l’Église est identiquement celle de l’Église de Dieu et celle de l’Église catholique, dont les schismatiques or­thodoxes sont exclus. Seul le vicaire du Christ a la responsabilité suprême de ce triple lien de l’unité de foi, de culte et de gouvernement, qui définit la socié­té ecclésiastique. Parler comme le fait ici Jean-Paul II, c’est frayer la voie à un latitudinarisme déjà condamné par ses prédécesseurs. Pie XI rejette en effet l’audace de ceux selon lesquels il fau­drait « négliger et écarter les controverses même les plus anciennes et les divergences de doctrine qui déchirent encore au­jourd’hui le nom chrétien, et, au moyen des autres vérités doctrinales, constituer et proposer une certaine règle de foi com­mune : dans la profession de cette foi, tous sentiront qu’ils sont frères plus qu’ils ne le sauront ; seulement, une fois réunies en une fédération universelle, les mul­tiples églises ou communautés pourront s’opposer avec force et succès aux progrès de l’impiété » [29]. Coopérer à une telle entreprise, ce serait, dit encore Pie XI « accorder une autorité à une fausse reli­gion chrétienne, entièrement étrangère à l’unique Église du Christ » [30].

Saint Josaphat Kuncewicz, arche­vêque de Polotsk (1580-1623), conver­ti de l’orthodoxie, publia en 1617 une Défense de l’unité de l’Église qui exci­ta la haine des schismatiques et lui va­lut d’être martyrisé. Ce saint, fêté dans l’Église catholique au 14 novembre, condamne à lui seul par son exemple toute la prédication de Jean-Paul II.

4 – Jean-Paul II et l’Anglicanisme

L’anglicanisme résulte à l’origine du schisme fomenté par le roi d’Angleterre Henri VIII Tudor, que le pape Paul III excommunie en 1538. Ce schisme s’ag­grave d’hérésie lorsque l’entourage du successeur d’Henri VIII, Edouard VI, est acquis aux idées luthériennes. En raison de ce passage à l’hérésie, le pape saint Pie V excommunie Elisabeth Ire en 1570. Sous le pape Pie IX, la Lettre que le Saint-Office adresse aux évêques d’Angleterre le 16 septembre 1864 condamne l’erreur qui voudrait faire de l’hérésie anglicane une composante de la véritable Église de Jésus-Christ [31]. Par la Lettre apostolique Apostolicæ curæ du 13 septembre 1896, le pape Léon XIII déclare l’invalidité des ordinations conférées selon le rite anglican. Depuis le XVIe siècle, les anglicans ne sont ja­mais revenus sur leurs positions. Ils sont séparés de la vraie Église fondée par Jé­sus-Christ, incapables de transmettre l’intégrité de la vérité révélée et la vie de la grâce.

Les anglicans sont incapables de transmettre l’intégrité de la vérité révélée et la vie de la grâce.

Jean-Paul II n’a pourtant pas hésité à célébrer des vêpres, à Rome, de concert avec le chef de la communion angli­cane. Il déclara à cette occasion que « cette prière œcuménique révèle la réa­lité de notre fraternité dans le Christ, et nous pousse à confier à son amour miséri­cordieux l’avenir de notre unité et le ren­forcement des liens qui nous unissent déjà (Cf. Ut unum sint, n° 26). […] Nous sommes réunis dans une prière commune devant notre unique Père, en étant re­connaissants et en rendant grâces pour notre réelle communion, même si elle est imparfaite. Nous devenons conscients de tout ce qui nous unit et nous acqué­rons le courage de travailler avec toujours plus d’ardeur pour surmonter les divi­sions qui demeurent (cf. Ut unum sint, n° 22) » [32]. Dans une déclaration com­mune qu’ils cosignèrent ensuite, le pape et le chef des anglicans rendent grâce à Dieu « pour le fait que, dans de nom­breux endroits du monde, les anglicans et les catholiques se reconnaissent mu­tuellement comme des frères et des sœurs dans le Christ et expriment cette recon­naissance par la prière commune, l’action commune et le témoignage commun » [33].

L’idée de ce chemin œcuménique a déjà été condamnée par les prédé­cesseurs de Jean-Paul II. « Comment, dit Pie XI, concevoir la légitimité d’une sorte de pacte chrétien, dont les adhé­rents, même dans les questions de foi, garderaient chacun leur manière parti­culière de penser et de juger, alors même qu’elle serait en contradiction avec celles des autres ? Et par quelle formule, Nous le demandons, pourraient-ils consti­tuer une seule et même société de fidèles, des hommes qui divergent en opinions contradictoires ? […] En vérité, nous ne savons pas comment, à travers une si grande divergence d’opinions, la voie vers l’unité de l’Église pourrait être ouvert quand cette unité ne peut naître que d’un magistère unique, d’une règle unique de foi et d’une même croyance des chrétiens. En revanche, nous savons très bien que, par-là, une étape est facilement franchie vers la négligence de la religion ou indif­férentisme, et vers ce qu’on nomme le mo­dernisme » [34].

A partir de 1535, plusieurs centaines de catholiques anglais, clercs et laïcs, dont beaucoup ont été ensuite béati­fiés ou déclarés vénérables, furent mar­tyrisés dans le faubourg de Tyburn, à Londres, où se dressait en permanence la potence d’exécution des condamnés à mort. Sous le seul règne d’Elisabeth Ire, eurent lieu 189 exécutions (62 laïcs, 111 prêtres séculiers et 16 religieux). Leur sang condamne à lui seul la nou­velle théologie œcuméniste de Jean- Paul II. Parmi eux, le jésuite Edmund Campion (1540-1581) déclara au mi­nistre anglican venu l’assister : « Mon­sieur, vous et moi ne sommes pas de la même religion ». Il lui enjoint de le lais­ser prier seul [35].

5 – Jean-Paul II et le Protestantisme

Par la bulle Exsurge Domine du 15 juin 1520, le pape Léon X a condamné en ces termes quarante-et-une proposi­tions qui résu­ment la théo­logie de Mar­tin Luther : « Tous et cha­cun des articles ou des erreurs précités, nous les condamnons, les réprouvons et les rejetons to­talement, selon le cas, comme hérétiques, ou scandaleux, ou faux, ou comme offensant les oreilles pies ou comme induisant en erreur les esprits simples et comme opposés à la vérité catho­lique » [36]. Par la constitution Auctorem fidei du 28 août 1794, le pape Pie VI réi­tère encore la condamnation portée par son prédécesseur, sur nombre de points essentiels [37]. Depuis le XVIe siècle, les réformés luthériens ne sont jamais re­venus sur ces positions de leur fonda­teur. Martin Luther a été excommunié, et les communautés religieuses qui se ré­clament de lui sont comme telles sépa­rées de la vraie Église fondée par Jésus- Christ : elles sont comme autant de ra­meaux morts et desséchés, incapables de transmettre l’intégrité de la vérité révé­lée et la vie de la grâce.

Jean-Paul II estimait, et bien au contraire, que « le dialogue entre lu­thériens et catholiques a apporté, lui aussi, une contribution importante au dé­passement des anciennes polémiques et au rapprochement vers une vision com­mune » [38]. Il a même tenu les propos suivants : « L’année jubilaire, en tant qu’événement spirituel, offre aux catho­liques et aux luthériens des possibilités dont ils peuvent tirer ensemble le meil­leur parti. Un avant-goût nous en a été donné par les Vêpres œcuméniques que nous venons de célébrer à l’occasion de la proclamation de sainte Brigitte de Suède comme co-patronne de l’Europe. En of­frant à Dieu à cette occasion notre action de grâces par nos hymnes et nos chants, j’ai senti l’espace spirituel dans lequel les chré­tiens sont ensemble devant leur Seigneur (cf. Ut unum sint, 83). L’espace spirituel commun l’emporte sur bien des barrières confessionnelles qui nous séparent encore les uns des autres au seuil de ce troisième millénaire. Si malgré les divisions nous arrivons à nous présenter toujours davantage ensemble devant le Christ dans la prière, nous réaliserons de plus en plus combien est minime ce qui nous divise en comparaison de ce qui nous unit (cf. Ut unum sint, 22) » [39].

Ces églises protestantes sont comme autant de rameaux morts et desséchés, incapables de transmettre l’intégrité de la vérité révélée et la vie de la grâce.

Dans l’esprit du pape polonais, ce constat s’étend même jusqu’à la per­sonne de Luther : « Notre engagement œcuménique d’aujourd’hui pour un té­moignage commun en faveur de l’unité ne peut pas ne pas évoquer Martin Lu­ther. Aujourd’hui, 450 ans après sa mort, le temps qui s’est écoulé permet de mieux comprendre la personne et l’œuvre du ré­formateur allemand et d’être plus équitable à son égard » [40].

Jean-Paul II est même allé jusqu’à évoquer « le profond esprit religieux de Luther, animé d’une passion brûlante pour la question du sa­lut éternel » [41]. Il en conclut que « le souhait d’entendre nouvellement l’Évan­gile et d’en témoigner de façon convain­cante, qui était vivant chez Luther aus­si, doit nous conduire à rechercher le bien chez les autres, à accorder le pardon et à répudier les images hostiles qui sont dé­passées » [42].

« Demandons-nous : Que pouvons- nous apprendre les uns des autres ? Com­ment pouvons-nous nous enrichir mu­tuellement ? Le dialogue nous permet d’examiner d’une manière nouvelle les questions ardues qui ont surgi à l’époque de la Réforme, en dehors de toute po­lémique et sans méfiance » [43]. « Au­jourd’hui, il est plus important que ja­mais que tous les chrétiens apportent à la vie spirituelle de l’Europe leurs dons et leurs charismes particuliers, de sorte que chacun puisse apprendre des richesses de l’autre. […] Il est reconnu par tous que les chrétiens réussissent à se faire écou­ter dans la vieille Europe surtout quand ils témoignent ensemble de la véri­té de l’Évangile et de leur responsabili­té à l’égard du monde. Il est donc indis­pensable de renforcer ce témoignage com­mun » [44]. Scandaleux !

Ces propos du pape polonais contre­disent ouvertement l’enseignement de Pie IX : « Rien, certes, ne doit tenir plus à cœur au catholique que de voir la sup­pression radicale des schismes et des dis­cordes entre chrétiens, et chez tous les chrétiens le “ souci de garder l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix ” (Eph. 4, 3). Mais que des fidèles et des ecclé­siastiques prient pour l’unité chrétienne sous la conduite des hérétiques et, qui pis est, dans une intention profondément souillée et infectée par l’hérésie, ne peut être nullement toléré » [45]. Telle qu’elle se fait jour à travers ces propos tenus à des luthériens, l’ecclésiologie de Jean- Paul II est de celles qui « renversent de fond en comble la constitution divine de l’Église » [46].

Le capucin saint Fidèle de Sigmaringen (1578-1622) fut martyrisé par les réformés protestants, auprès desquels il avait été envoyé en mission. Il com­posa une Disputatio contre les ministres protestants, au sujet du saint sacrifice de la messe. Le pape Clément XIV le dési­gna comme le « protomartyr de la Pro­pagande ». Ce saint, fêté au calendrier de l’Église le 24 avril condamne par son sang le faux œcuménisme de Jean- Paul II.

6 – Jean-Paul II et le Judaïsme

Abraham fut choisi par Dieu pour être le principe d’une descendance char­nelle, au sein de laquelle naîtrait le Ré­dempteur promis. Le peuple juif repré­sente comme tel le mystère d’une élec­tion divine. Au temps même du Christ, ce peuple rejette le Messie et refuse ain­si, d’être l’instrument qui devait appor­ter le Rédempteur au monde. Ce refus engage toute l’institution religieuse en tant que telle, puisqu’il est accompli dans la personne de ses chefs : il entraîne non point la responsabilité morale de tous et chacun des individus membres de ce peuple, mais la responsabilité ju­ridique de la religion juive devenue in­fidèle. C’est en ce sens que les juifs sont dits déicides. En conséquence de quoi, l’Israël ancien est réprouvé, au sens où il a été privé par Dieu du rôle spécial qu’il aurait dû avoir dans l’histoire du salut, ainsi que de tous les privilèges attachés à ce rôle.

Lui a succédé le nouvel Israël, qui est l’Église. On peut donc entendre par « juifs » : une réalité ethnique et so­ciologique ; la religion temporairement vraie de l’Ancien Testament ; la fausse religion du judaïsme, apparue lorsque les chefs religieux du peuple juif ont refusé le Christ. Toute la Tradition de l’Église enseigne jusqu’à Vatican II le triple fait de l’infidélité, du déicide et de la réprobation de l’institution religieuse du judaïsme post-christique [47].

« Vous avez souffert de la part de vos compatriotes les mêmes traitements qu’ils ont soufferts de la part des juifs : ces gens-là ont mis à mort Jésus le Seigneur et les prophètes, ils nous ont persécutés, ils ne plaisent pas à Dieu, ils sont ennemis de tous les hommes ».

1 Thess. 2, 14-16 Bible de Jérusalem, D.D.B. 1975

Jean-Paul II ne dénonce plus le pé­ché d’infidélité déicide du peuple juif, et exempte de toute responsabilité liée à ce péché non seulement les juifs en tant qu’individus mais encore en tant que peuple, c’est-à-dire le judaïsme lui- même [48] : « Aux juifs en tant que peuple on ne peut imputer aucune faute ances­trale ou collective pour ce qui a été accom­pli durant la passion de Jésus » [49].

Jean-Paul II prêche que le catho­licisme et le judaïsme doivent se té­moigner un respect et une estime ré­ciproque dans ce qu’ils ont de spécifi­quement religieux. « Chacune de nos religions [chrétienne et juive], dans la pleine conscience des liens qui l’unissent à l’autre, et en premier lieu de ce lien dont parle le Concile, veut être reconnue et res­pectée dans son identité propre, au-delà de tout syncrétisme et de toute appropria­tion équivoque » [50] ; « Oui, par ma voix, l’Église catholique […] reconnaît la va­leur du témoignage religieux de votre peuple » [51].

En raison de ce faux respect, Jean- Paul II n’a jamais appelé les juifs à la conversion au Christ. Il a même expli­citement banni une telle intention de sa démarche, ainsi qu’en témoigne par exemple l’une de ses interventions lors d’un colloque judéo-chrétien : « Votre Colloque peut aider à éviter la méprise du syncrétisme, la confusion de notre identi­té réciproque de croyants, l’ombre et la suspicion du prosélytisme » [52] ; « Est-il besoin de préciser, surtout pour ceux qui demeurent sceptiques, voire même hos­tiles, que ce rapprochement ne saurait se confondre avec un certain relativisme re­ligieux et moins encore avec une perte d’identité ? […] Que Dieu donne aux chrétiens et aux juifs de se rencontrer davantage, d’échanger en profondeur et à partir de leur propre identité, sans jamais l’obscurcir d’un côté comme de l’autre, mais en cherchant vraiment la volonté de Dieu qui s’est révélé » [53].

Saint Pierre d’Arbués (1440-1485), Grand Inquisiteur d’Aragon, fut mar­tyrisé en haine de la foi par les juifs. Il fut canonisé par le pape Pie IX en 1867. Son sang condamne la fausse théologie judéo-chrétienne de Jean-Paul II.

7 – Jean-Paul II et l’Islam

Tout comme le judaïsme infidèle et réprouvé, la religion de Mahomet nie le mystère de la Trinité ainsi que celui de l’Incarnation rédemptrice. Mais elle procède d’une idolâtrie pure et simple, qu’aucun motif de crédibilité ne sau­rait recommander aux yeux de la droite raison. Comme le souligne saint Tho­mas d’Aquin [54], le fondateur de l’Islam a séduit les peuples par des promesses de voluptés charnelles au désir desquelles pousse la concupis­cence de la chair [55]. En fait de vérités, il n’en a avan­cé que de fa­ciles à saisir par n’importe quel esprit médiocre­ment ouvert.

En re­vanche, il a entremêlé les vérités de son enseignement de beaucoup de fables et de doctrines des plus fausses. Il n’a pas apporté de preuves surnatu­relles de sa mission. Aucune prophétie divine ne témoigne en sa faveur ; bien au contraire il déforme les enseigne­ments de l’Ancien et du Nouveau Testa­ment par des récits légendaires, comme c’est évident pour qui étudie sa loi. Aus­si bien, par une mesure pleine d’astuces, il interdit à ses disciples de lire les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament qui pourraient les convaincre de fausse­té. C’est donc chose évidente que ceux qui ajoutent foi à sa parole, croient à la légère [56].

Eh bien ! Jean-Paul II n’a pourtant pas craint de dire : « Je crois que nous, chrétiens et musulmans, nous devons re­connaître avec joie les valeurs religieuses que nous avons en commun et en rendre grâce à Dieu. […] Nous croyons que Dieu nous sera un juge miséricordieux à la fin des temps et nous espérons qu’après la résurrection, il sera satisfait de nous, et nous savons que nous serons satisfaits de lui. […] Chrétiens et musulmans, nous nous sommes généralement mal com­pris, et quelquefois, dans le passé, nous nous sommes opposés, et même épuisés en polémiques et en guerres. Je crois que Dieu nous invite, aujourd’hui, à chan­ger nos vieilles habitudes. Nous avons à nous respecter, et aussi à nous stimuler les uns les autres dans les œuvres de bien sur le chemin de Dieu » [57]. Le pape po­lonais ira même jusqu’à dire que « la doctrine chrétienne sur la Trinité, ratifiée par les Conciles, est explicite lorsqu’elle rejette tout trithéisme ou polythéisme. C’est pourquoi, c’est-à-dire en référence à l’unique substance divine, il existe une correspondance significative entre chris­tianisme et islam » [58].

Mahomet « a entremêlé les vérités de son enseignement de beaucoup de fables et de doctrines des plus fausses ».

Saint Thomas d’Aquin, Contra Gentes, l. 1, ch. 6

Contrairement à son prédécesseur saint Pie V, Jean-Paul II encourage l’ex­pansion de l’Islam au nom du plura­lisme religieux. Pour suivre l’exemple du pape polonais, les catholiques devraient renoncer à convertir les musulmans et rendre vain l’exemple de tous les saints missionnaires. Celui du père Charles de Foucauld est bien connu. Ou encore ce­lui du capucin saint Joseph de Léonessa (1556-1612), dont la fête est célébrée dans l’Église le 4 février, qui condamne sans appel tous ces discours de Jean- Paul II. Proclamé par le pape Pie XI pa­tron des missions de Turquie, ce saint se dépensa sans compter à Constantinople auprès des chrétiens réduits en esclavage par les adeptes de l’Islam. Ce zèle lui va­lut d’être inculpé auprès du sultan pour avoir outragé la religion musulmane, et on lui appliqua le supplice du gibet : il y resta trois jours suspendu à une chaîne, une main et un pied percés d’un cro­chet. Quant à saint Pierre Mavimène, mort en 715 et célébré dans l’Église le 21 février, il fut supplicié pendant trois jours pour avoir insulté Mahomet et l’Islam. Son seul exemple devrait suffire à rendre impensable la canonisation de Karol Wojtyla.

8 – Jean-Paul II et les chefs d’État

Le magistère de l’Église a toujours enseigné la nécessaire union de l’Église et de l’État, avec la dépendance indi­recte de celui-ci à l’égard de celle-là. L’État se doit de protéger l’exercice de la vraie religion, en intervenant pour em­pêcher le scandale représenté par l’exer­cice public des fausses religions.

Le pape Pie IX dans l’encyclique Quanta cura du 8 décembre 1864, condamne les deux principes faux selon lesquels « le meilleur régime politique et le progrès de la vie civile exigent absolu­ment que la société humaine soit consti­tuée et gouvernée sans faire aucune dif­férence entre la vraie et les fausses reli­gions », et « la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violateurs de la loi catho­lique, si ce n’est dans la mesure où la tran­quillité publique le demande ». Le pape condamne aussi la conséquence de ces deux principes faux selon laquelle « la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme ; ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée ; les ci­toyens ont droit à l’entière liberté de ma­nifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu’elles soient, par les moyens de la parole, de l’imprimé ou tout autre méthode sans que l’autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une li­mite ». C’est là une double condamna­tion :

1) Les autorités civiles ne doivent pas intervenir pour réprimer les ma­nifestations extérieures des religions fausses dans le cadre de la vie en société.

2) Les individus ont le droit de ne pas être empêchés par les autorités ci­viles d’exercer au for externe de la vie en société les actes externes de leur reli­gion, vraie ou fausse.

Cette erreur condamnée est au­jourd’hui à la base de toutes les démo­craties modernes.

Le faux principe condamné par Pie IX est devenu la charte de la nou­velle doctrine sociale de l’Église conci­liaire. Jean-Paul II s’est constamment employé à la rappeler et à la faire mettre en pratique. Il a affirmé : « L’État ne peut revendiquer une compétence, directe ou indirecte, sur les convictions religieuses des personnes. Il ne peut s’arroger le droit d’imposer ou d’empêcher la profession et la pratique publiques de la religion d’une personne ou d’une communauté. En cette matière, les autorités civiles ont le devoir de faire en sorte que les droits des indivi­dus et des communautés soient respectés, en même temps que de sauvegarder l’ordre public juste. Même lorsqu’un État accorde à une religion déterminée une position ju­ridique particulière, il se doit de recon­naître légalement et de respecter effective­ment le droit à la liberté de conscience de tous les citoyens, comme aussi des étran­gers qui résident sur son territoire, même temporairement, pour des raisons professionnelles ou autres. […] Un ordre so­cial juste re­quiert que tous – in­dividuelle- ment et en communau­té – puissent professer leurs convic­tions re­ligieuses tout en res­pectant les autres » [59]. « Il faut souhaiter, ajoute-t-il, que la vé­ritable liberté religieuse soit accordée à tous en tout lieu, et l’Église s’y emploie dans les différents pays, surtout dans les pays à majorité catholique où elle a une plus grande influence. Cependant, il ne s’agit pas d’une question de religion de la majorité ou de la minorité, mais bien d’un droit inaliénable de toute per­sonne humaine » [60]. Ce propos exprime le refus explicite de la royauté sociale du Christ. Il tombe sous le coup de la condamnation portée par saint Pie X dans Vehementer nos : « Nous réprou­vons et nous condamnons la loi votée en France sur la séparation de l’Église et de l’État comme profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu, qu’elle renie officielle­ment, en posant en principe que la Répu­blique ne reconnaît aucun culte » [61].

Jean-Paul II ne peut pas être canonisé

Jean-Paul II n’a pas pratiqué l’héroïcité des vertus

La canonisation est l’acte par lequel le pape déclare la sainteté et la gloire cé­leste d’un fidèle défunt. Elle les déclare, c’est-à-dire qu’elle les fait connaître, après avoir vérifié qu’elles existent. De la même manière que « le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître sous sa révé­lation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent sain­tement et exposent fidèlement la révé­lation transmise par les apôtres » [62], de même aussi le pouvoir de canoniser n’a pas été donné au pape pour qu’il rende saint et glorieux celui qui ne l’est pas, mais pour qu’il déclare et publie fidè­lement la gloire céleste et les vertus hé­roïques de celui qui a effectivement mé­rité la première en exerçant réellement les secondes.

La droite raison, éclairée par la foi, est en mesure de constater l’absence des ver­tus héroïques dans la vie de Jean-Paul II. En effet, ces vertus héroïques sont les vertus surnaturelles infuses, poussées au plus haut degré. Comme telles, elles sont connexes dans la charité, c’est-à-dire qu’elles supposent toutes la charité qui est à leur source, et chez un même fidèle elles doivent exister et gran­dir toutes ensemble. Et la charité suppose la foi. Or, il est mani­feste que Jean-Paul II n’a pas exercé la vertu surnaturelle de foi au plus haut degré, puisque ses paroles et ses actes constituent tan­tôt l’omission grave, tantôt même sinon la négation ouverte, du moins la mise en doute de plusieurs vérités de foi. Il est également manifeste, pour les mêmes rai­sons, que Jean-Paul II n’a pas pratiqué la vertu surnaturelle de religion au plus haut degré [63]. La vraie foi et la vraie re­ligion ne peuvent s’exercer que dans la vraie Église fondée par Jésus-Christ, qui est l’Église catholique romaine. « Un homme ne peut se sauver si ce n’est dans l’Église catholique, dit saint Augustin. En dehors de l’Église catholique, il peut tout avoir, sauf le salut. Il peut avoir l’hon­neur (être évêque), il peut avoir les sacre­ments, il peut chanter l’Alleluia, il peut ré­pondre Amen, il peut tenir l’Évangile, il peut avoir et prêcher la foi au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, mais jamais il ne peut trouver le salut si ce n’est dans l’Église catholique. […] Il peut même ré­pandre son sang, mais pas recevoir la cou­ronne » [64]. Peut-on sérieusement pen­ser à élever sur les autels un pape qui s’ex­prime sur ces graves questions comme l’a fait Jean-Paul II ?

Les miracles requis pour une canonisation ne sont pas probants

La droite raison éclairée par la foi est également en mesure de douter que les miracles requis pour attester la béa­titude céleste et confirmer la vertu hé­roïque d’un saint aient été suffisamment établis en ce qui concerne Karol Wojtyla. En effet, le discernement du seul miracle invoqué jusqu’ici pour la béatifica­tion laisse fortement à désirer, pour deux raisons. D’une part, le lien entre cette guérison et l’invocation de Jean-Paul II n’est pas suffisamment établi. D’autre part, le diagnostic d’une maladie de Par­kinson laisse souvent place au doute, et en l’occurrence il n’est pas non plus suf­fisamment établi que la guérison soit dé­finitive ni qu’elle soit inexplicable natu­rellement [65]. Le deuxième miracle, qui se serait produit le 1er mai 2011, et que le Saint-Siège a fait récemment valoir à l’appui de la prochaine canonisation, pourrait apparaître plus démonstratif. Mais le Saint-Siège a relativisé lui-même cette valeur probante des miracles, du fait même qu’il renonce à y recourir pour la canonisation de Jean XXIII.

Le mot de Pascal doit donc garder ici toute sa valeur : si les miracles discernent la doctrine, la doctrine discerne elle aus­si, à son niveau, les miracles. Car la doc­trine, qui est au fondement de la vertu, est nécessaire et suffisante pour qu’il y ait un saint. Tandis que le miracle n’est que l’indice de cette sainteté, et encore n’est-il pas le seul ; il ne suffit donc pas pour qu’il y ait la sainteté, mais il la sup­pose. L’Église canonise des saints et non des miracles. L’acte d’une canonisation constate d’abord et avant tout la sainte­té, et c’est en cela qu’il repose tout en­tier sur l’autorité, en l’occurrence infail­lible, du Souverain Pontife ; et c’est ce jugement qui réclame de la part des fi­dèles une obéissance absolue. Autre est le jugement de crédibilité, qui s’adresse à la prudence des fidèles et qui fait appel à leur sens critique ; ce jugement donne des signes qui parlent aux yeux de la rai­son et confirment le bien-fondé du pre­mier jugement d’autorité. Le deuxième jugement suppose le premier, comme le motif de crédibilité suppose la chose à croire. A quoi bon produire un témoin, s’il n’y a rien à attester ? Ou pire : com­ment témoigner en faveur de l’erreur ou du mal ? Ce qui importe au premier chef, ce sont les traces d’une éventuelle héroïcité des vertus chez le Souverain Pon­tife défunt : et ces traces, ce sont les actes de sa vie passée, spécialement depuis oc­tobre 1978. Les citations que nous avons produites ne laissent place à aucune hé­sitation : Karol Wojtyla ne fut point un héros (ni même un héraut) de la foi ; et à partir de là, tout le reste s’effondre, puisque comme dit saint Paul (Heb. 11, 1), la foi est le fondement de tout le reste.

Conclusion

Si Jean-Paul II est canonisé, les fi­dèles catholiques doivent reconnaître que l’Église catholique et les commu­nautés orthodoxes sont des Églises sœurs, responsables ensemble de la sau­vegarde de l’unique Église de Dieu. Ils doivent donc réprouver l’exemple de Josaphat Kuncewicz, archevêque de Polotsk (1580-1623). Converti de l’or­thodoxie, celui-ci publia en 1617 une Défense de l’unité de l’Église, dans la­quelle il reprochait aux orthodoxes de déchirer l’unité de l’Église de Dieu, et c’est pourquoi il excita la haine de ces schismatiques qui le martyrisèrent.

Si Jean-Paul II est déclaré saint, les fidèles catholiques doivent recon­naître les anglicans comme des frères et des sœurs dans le Christ, et exprimer cette reconnaissance par la prière com­mune. Ils doivent donc aussi réprouver l’exemple d’Edmund Campion (1540-1581), qui refusa de prier avec le mi­nistre anglican, au moment de son mar­tyre.

Si Jean-Paul II est saint, les fidèles ca­tholiques doivent considérer que ce qui divise les catholiques et les protestants – c’est-à-dire la réalité du Saint Sacrifice propitiatoire de la messe, la réalité de la médiation universelle de la Très Sainte Vierge Marie, la réalité du sacerdoce ca­tholique, la réalité du primat de juri­diction de l’Évêque de Rome – est mi­nime par rapport à ce qui peut les unir. Ils doivent donc réprouver l’exemple du capucin Fidèle de Sigmaringen (1578-­1622) qui fut martyrisé par les réfor­més protestants, auprès desquels il avait été envoyé en mission et qui composa une Disputatio contre les ministres pro­testants, au sujet du Saint Sacrifice de la messe.

Si Jean-Paul II est reconnu comme saint, les fidèles catholiques doivent reconnaître la va­leur du témoignage religieux du peuple juif. Ils doivent donc réprouver l’exemple de Pierre d’Arbués (1440-1485), Grand Inquisiteur d’Aragon, qui fut martyrisé en haine de la foi par les juifs.

Si Jean-Paul II est élevé sur les autels, les fidèles catholiques doivent reconnaître qu’après la résurrection finale, Dieu sera satisfait des musulmans, et que les musulmans seront satisfaits de Lui. Ils doivent donc réprouver l’exemple du capucin Joseph de Léonessa (1556-­1612), qui se dépensa sans compter à Constantinople auprès des chrétiens ré­duits en esclavage par les adeptes de l’Is­lam : ce zèle lui valut d’être inculpé au­près du sultan pour avoir outragé la re­ligion musulmane, et on lui appliqua le supplice du gibet : il y resta trois jours suspendu à une chaîne, une main et un pied percés d’un crochet. Les fidèles catholiques devraient aussi réprouver l’exemple de Pierre Mavimène, mort en 715 et après avoir été supplicié pendant trois jours pour avoir insulté Mahomet et l’Islam.

Si Jean-Paul II est saint, les fidèles catholiques doivent reconnaître que les chefs d’État ne peuvent s’arroger le droit d’empêcher la profession publique d’une religion fausse. Ils doivent donc réprouver l’exemple du roi de France Louis IX, qui limita autant qu’il le put l’exercice public des religions non chré­tiennes.

Jean-Paul II a rendu l’Église conforme aux nouveautés introduites par le concile Vatican II. Sa canonisation sera, elle aussi, une nouveauté.

Pourtant, Josaphat Kuncewicz a été canonisé en 1867 par Pie IX, et Pie XI lui a consacré une encyclique ; il est fêté dans l’Église le 14 novembre. Edmund Campion a été canonisé, par Paul VI en 1970 et est fêté le 1er décembre. Fidèle de Sigmaringen a été canonisé en 1746, et Clément XIV l’a désigné comme le « protomartyr de la Propagande » ; il est fêté au calendrier de l’Église le 24 avril. Pierre d’Arbués a été canonisé par Pie IX en 1867. Joseph de Léonessa l’a été lui aussi, en 1737 par Benoît XIV et sa fête est célébrée dans l’Église le 4 fé­vrier ; Pie XI l’a proclamé patron des missions de Turquie. Saint Pierre Mavimène enfin, est célébré dans l’Église le 21 février. Quant au roi saint Louis, son exemple suffisamment connu illustre on ne peut mieux les enseignements du pape saint Pie X, lui aussi canonisé.

Si Jean-Paul II est réellement saint, tous les papes qui ont canonisé tous ces saints se sont gravement trompés, et ont donné à toute l’Église non pas l’exemple d’une sainteté authentique mais le scan­dale de l’intolérance et du fanatisme. Il est impossible d’échapper à cette alter­native. Le seul moyen d’en sortir est de tirer la double conclusion qui s’impose : Karol Wojtyla ne peut pas être canonisé, et l’acte qui prétendrait déclarer sa sain­teté à la face de toute l’Église ne saurait être qu’une fausse canonisation. Car nul pape ne peut décider de canoniser celui qui n’est pas saint. Quand bien même il le ferait, cet acte, pour revêtir les ap­parences trompeuses d’une canonisa­tion, ne trompera aucun de ceux dont la raison déjà droite est éclairée par l’en­seignement constant que représentent toutes les canonisations accomplies en conformité avec l’esprit de l’Église.

Si elle a lieu comme prévu, la cano­nisation de Jean-Paul II donnera donc à tous les catholiques l’exemple trompeur d’une fausse charité. Fausse charité ab­solument opposée aux exigences de la Royauté du Christ, fausse charité œcu­ménique, dont le pape polonais s’est fait l’apôtre incessant. On nous dira que l’on ne peut pas sans cesse désobéir, contester et refuser l’adhésion au magis­tère et au pape. Nous répondons alors précisément, qu’en effet on ne le peut pas et que c’est justement pour conti­nuer à obéir à la Tradition bimillénaire de l’Église, pour ne pas la contester et pour lui donner toute l’adhésion qu’elle réclame, que nous sommes bien obligés de nous opposer à toutes les initiatives qui s’en éloignent, quand bien même elles émanent des plus hautes autorités dans l’Église. Car la rupture n’est pas le fait de ceux qui contestent le bien-fondé d’une éventuelle canonisation de Jean- Paul II. Elle est plutôt le fait de ce pape, qui a voulu rendre l’Église conforme aux nouveautés introduites par le concile Vatican II. En ce sens, la canonisation de Jean-Paul II sera, elle aussi, une nou­veauté. Mais une nouveauté contestable, pour qui veut rester attaché à la Tradi­tion de l’Église.

Document élaboré par Ecône et imprimé par le District d’Asie

Notes de bas de page

  1. André Frossard, de l’Académie Française, Témoi­gnage donné au Pèlerin-Magazine, numéro hors- série : Jean-Paul II, album 1978-1988, p. 10.[]
  2. Mgr Marty, archevêque de Paris, ibidem, p. 12.[]
  3. Édouard Leclerc, fondateur des Établissements Leclerc, ibidem, p. 11.[]
  4. Acta Apostolicæ Sedis, t. 30 ( 1947 ), passim.[]
  5. Dictionnaire de Théologie Catholique (désormais abrégé en D.T.C.), t. II, 2e partie, col. 1642-1654.[]
  6. Au livre III, chapitre 21, n° 10-11 de son traité sur les canonisations.[]
  7. D.T.C., ibidem.[]
  8. Code de Droit Canonique de 1917, canon 2138.[]
  9. Denzinger-Schönmetzer, n° 1911.[]
  10. Denzinger-Schönmetzer, n° 383.[]
  11. Encyclique Evangelium vitæ, du 15 mars 1995, n° 84, dans La Documentation catholique (désor­mais abrégée en D.C.), n° 2114, p. 393.[]
  12. Gn, 1, 27 ; Saint Thomas d’Aquin, Somme théolo­gique, 1a pars, question 93, article 1, corp. et ad 2.[]
  13. Lettre apostolique Tertio millenio adveniente, du 10 novembre 1994, n° 5, dans D.C., n° 2105, p. 1018.[]
  14. Exhortation apostolique Ecclesia in Asia, du 6 novembre 1999, n° 15, dans D.C., n° 2214, p. 987.[]
  15. Encyclique Ut unum sint, du 25 mai 1995, n° 82-85, dans D.C., n° 2118, p. 590.[]
  16. Saint Augustin, Sermon au peuple de Césarée, n°6, dans PL 43/695.[]
  17. Profession de foi prescrite aux Vaudois sous le pape Innocent III, le 18 décembre 1208, Denzinger-Schönmetzer, n° 792.[]
  18. Bulle Unam sanctam, du pape Boniface VIII, du 18 novembre 1302, Denzinger-Schönmetzer, n° 870.[]
  19. Pie XII, encyclique Mystici corporis, du 29 juin 1943, dans Enseignements pontificaux de Solesmes – L’Église, t. 2, n° 1014.[]
  20. Pie XII, encyclique Humani generis, du 12 août 1950, dans Enseignements pontificaux de Solesmes – L’Église, t. 2, n° 1282.[]
  21. Léon XIII, encyclique Satis cognitum, dans En­seignements pontificaux de Solesmes – L’Église, t. 1, n° 593.[]
  22. Décret Unitatis redintegratio, n° 1.[]
  23. Discours lors de la rencontre avec les évêques lu­thériens du Danemark, le 6 juin 1989, dans D.C., n° 1988, p. 688-689.[]
  24. Discours à la curie, le 21 décembre 2000, dans D.C., n° 2240, p. 56-57.[]
  25. Discours d’accueil aux participants à la rencontre de prière, de pénitence et de jeûne pour la paix à Assise, le 9 janvier 1993, dans D.C., n° 2066, p. 166-167.[]
  26. Pie XI, encyclique Mortalium animos, dans En­seignements pontificaux de Solesmes – L’Église, t. 1, n° 855.[]
  27. Denzinger-Schönmetzer, n° 2886.[]
  28. Déclaration commune de Jean-Paul II et du Pa­triarche orthodoxe Bartholomée Ier signée au Va­tican, le 29 juin 1995, dans D.C., n° 2121, p. 734­735.[]
  29. Pie XI, encyclique Mortalium animos, dans En­seignements pontificaux de Solesmes – L’Église, t. 1, n° 863.[]
  30. Pie XI, encyclique Mortalium animos, dans En­seignements pontificaux de Solesmes – L’Église, t. 1, n° 865.[]
  31. Denzinger-Schönmetzer, n° 2886.[]
  32. Homélie lors des vêpres œcuméniques célébrées à Rome, en l’église des Saints-André et Grégoire al Monte Celio, en présence du primat de la Com­munion anglicane, le Dr Carey, le 5 décembre 1996, dans D.C., n° 2152, p. 85.[]
  33. Déclaration commune de Jean-Paul II et du Pri­mat de la Communion anglicane, signée le 5 dé cembre 1996, dans D.C., n° 2152, p. 88-89.[]
  34. Pie XI, encyclique Mortalium animos, dans En­seignements pontificaux de Solesmes – L’Église, t. 1, n° 868-869.[]
  35. Evelyn Waugh, Edmond Campion, Amiot Du­mont, 1950, p. 176.[]
  36. Denzinger-Schönmetzer, n° 1492.[]
  37. Denzinger-Schönmetzer, n° 2640, 2641, 2642 et 2646.[]
  38. Allocution lors de la célébration œcuménique de Paderborn, le 22 juin 1996, dans D.C., n° 2142, p. 662-663.[]
  39. Discours au Dr Christian Krause, président de la Fédération luthérienne mondiale, le 9 décembre 1999, dans D.C., n° 2219, p. 109.[]
  40. Allocution lors de la célébration œcuménique de Paderborn, le 22 juin 1996, dans D.C., n° 2142, p. 662-663.[]
  41. Lettre au cardinal Willebrands du 31 octobre 1983, dans D.C., n° 1863, p. 1070.[]
  42. Discours lors de la rencontre avec les évêques lu­thériens du Danemark, le 6 juin 1989, dans D.C., n° 1988, p. 688-689.[]
  43. Homélie du 9 juin 1989, à la cathédrale luthé­rienne d’Uppsala, en présence de l’archevêque Bertil Werkström, dans D.C., n° 1988, p. 699.[]
  44. Allocution lors de la célébration œcuménique de Paderborn, le 22 juin 1996, dans D.C., n° 2142, p. 662-663.[]
  45. Pie IX, Lettre à l’épiscopat anglais du 16 sep­tembre 1864, dans Enseignements pontificaux de Solesmes – L’Église, t. 1, n° 254.[]
  46. Pie IX, Lettre à l’épiscopat anglais du 16 sep­tembre 1864, dans Enseignements pontificaux de Solesmes – L’Église, t. 1, n° 253.[]
  47. Voir Denise Judant, Judaïsme et christianisme – Dossier patristique, Éditions du Cèdre, 1969.[]
  48. Rappelons la définition que Jean-Paul II donnait du peuple juif : « Le peuple juif, cette communau­té de foi qui est la gardienne d’une tradition plurimillénaire » (Jean-Paul II, Discours du 06 dé­cembre 1990 pour le 25e anniversaire de Nostra ætate, dans D.C., n° 2020, p. 66).[]
  49. Discours du 13 avril 1986, lors de la visite à la sy­nagogue de Rome, dans D.C., n° 1917, p. 437-­438.[]
  50. Discours du 13 avril 1986, lors de sa visite à la sy­nagogue de Rome, dans D.C., n° 1917, p. 438.[]
  51. Discours du 9 octobre 1998, à la communauté juive d’Alsace, dans D.C., n° 1971, p. 1027.[]
  52. Discours du 6 novembre 1986, au colloque in­ternational judéo-chrétien, dans D.C., n° 1931, p. 34.[]
  53. Discours du 6 mars 1982, aux délégués des conférences épiscopales pour les relations avec le judaïsme, dans D.C., n° 1827, p. 340.[]
  54. Somme contre les Gentils, livre 1, chapitre 6.[]
  55. Le Coran, traduction intégrale par Édouard Montet, t. 2, Petite Bibliothèque Payot, n° 41, 1958. Sourates LXXVI, 9 ; LII, 24 ; LVI, 17 ; LXVIII, 33 ; LII, 20 ; LVI, 22 ; LV, 72 ; XXXVII, 39-47 ; LV, 56-58 ; LV, 72-74.[]
  56. Le lecteur pourra se reporter à l’étude d’Édouard Pertus, Connaissance élémentaire de l’Islam, sup­plément au n° 65 de l’Action Familiale et Sco­laire, 1985.[]
  57. Discours lors de la rencontre avec la jeunesse au stade de Casablanca, le 18 août 1985, dans D.C., n° 1903, p. 945.[]
  58. Audience générale du 5 mai 1999, dans D.C., n° 2205, p. 512.[]
  59. Message du 8 décembre 1987, pour la Journée mondiale de la paix, dans D.C., n° 1953, p. 2.[]
  60. Encyclique Redemptoris missio, du 7 décembre 1990, n° 39, dans D.C., n° 2022, p. 168.[]
  61. Saint Pie X, encyclique Vehementer nos, du 11 fé­vrier 1906, dans Actes de saint Pie X, Éditions de La Bonne Presse, t. 2, p. 141.[]
  62. Concile Vatican I, constitution Pastor æternus, chapitre 4, Denzinger-Schönmetzer, n° 3070.[]
  63. Pour plus de détails, le lecteur pourra se repor­ter au livre de l’abbé Patrick de La Rocque, Jean- Paul II – Doutes sur une béatification, paru aux éditions Clovis, ainsi qu’à l’étude publiée dans la revue The Remnant et dont la traduction fran­çaise est parue sous le titre Exposé des réserves sur la prochaine béatification de Jean-Paul II, dans DICI n° 233, du 16 avril 2011. Ajoutons enfin l’étude intitulée Doutes sur la canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II, dans DICI n° 284, du 18 octobre 2013. Signalons enfin l’étude de Daniel Le Roux, Pierre M’aimes-tu ? éd. Fideliter, 1988.[]
  64. Saint Augustin, Sermon au peuple de Césarée, n°6, dans PL 43/695.[]
  65. Pour plus de détails, le lecteur pourra encore se reporter aux études citées dans la note 63.[]
Écône
Chemin du Séminaire 5, 1908 Riddes, Suisse
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