Sermon de Mgr Lefebvre – Jeudi-​Saint – Messe chrismale – 15 avril 1976

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

S’il est dans la litur­gie de l’Église catho­lique une jour­née émou­vante, une jour­née rem­plie d’enseignement, c’est bien celle du Jeudi Saint, mais pour bien le com­prendre ne faut-​il pas se repor­ter à cette jour­née du jeu­di qui fût celle de Notre Seigneur et de ses apôtres ?

C’est sur­tout dans l’Évangile de saint Jean que l’on trouve les expres­sions les plus enri­chis­santes, les plus ins­truc­tives pour notre foi. Jamais peut-​être comme dans cette jour­née. Notre Seigneur a ouvert son intel­li­gence, son cœur, à ses apôtres. Comme le dit l’évangéliste en com­men­çant ces quelques pages qui se rap­portent à cette jour­née : « Lorsque l’heure fût venue pour que le Fils de l’homme rejoigne son Père, comme Il avait aimé ses dis­ciples, Il les aima jusqu’à la fin ».

Cum dilexis­set suos, qui erant in mun­do, in finem dilexit eos (Jn 13,1).

Et en effet, ce sera jusqu’au bout, jusqu’à la fin, sans limite et cette jour­née le prou­ve­ra. Elle le prou­ve­ra par les paroles de Notre Seigneur, dans ses entre­tiens comme jamais Notre Seigneur n’en avait eus avec ses apôtres jusqu’alors.

Par ses entre­tiens, mais sur­tout aus­si par ses actes. Par ses actes, car Notre Seigneur va se livrer dans la soi­rée. Il va se livrer Lui-​même, car Il le fait volon­tai­re­ment. Comme Il l’a dit : « C’est moi qui dépose mon âme et qui la repren­drai » (Jn 10,18).

Il est le maître de toutes choses. Il est donc le maître de sa vie et de sa mort. C’est donc par un acte de pur amour que Notre Seigneur a vou­lu mou­rir pour nous.

Notre Seigneur a expri­mé dans ses actes, lorsqu’il a vou­lu d’abord, avant de consa­crer ses apôtres et d’en faire des prêtres et d’instituer la Sainte Eucharistie, Notre Seigneur a vou­lu leur laver les pieds, pour leur mon­trer jusqu’où pou­vait aller son amour pour eux. Et puis, ensuite, ce fût la Cène, l’institution de la Sainte Eucharistie, le pre­mier Sacrifice de la messe. Car ce fût un Sacrifice, nous ne devons jamais l’oublier.

Et lorsque Judas s’en fut allé, car il semble, si l’ont peut essayer de décou­vrir quelles furent à ce moment les pen­sées intimes de Notre Seigneur lorsqu’il ouvrit son cœur et son âme à ses apôtres, que quelque chose le gênait – en quelque sorte – dans cette assemblée.

Lorsqu’il lavait les pieds des apôtres, Il leur a dit : « Vous êtes purs, cepen­dant pas tous » (Jn 13,1O).

Et en effet, l’un d’eux ne l’était pas. Notre Seigneur savait que l’un d’entre eux avait son cœur fer­mé, son intel­li­gence obs­cur­cie, ne vou­lant pas recon­naître l’amour de Notre Seigneur Jésus-​Christ pour lui. Et c’est pour­quoi Notre Seigneur lui dira à la fin de la sainte Cène : « Ce que tu as à faire, fais-​le vite » (Jn 13,27).

Et, dit l’Évangile, au moment où Notre Seigneur vou­lait dési­gner qui le tra­his­sait – car Il l’avait dit publi­que­ment « L’un de vous me tra­hi­ra » –, au moment où Notre Seigneur dési­gnait celui qui devait le tra­hir en lui don­nant un mor­ceau de pain, qu’il trem­pa dans le vin. Il lui dit : « Ce que tu as à faire, fais-​le vite ».

Les apôtres, eux, ne com­prirent pas ; ils crurent que Notre Seigneur lui don­nait un ordre d’acheter ce dont ils avaient besoin pour la Cène et il par­tit. Et, dit l’Évangile, à ce moment-​là Satan entra dans son âme. Et c’est encore l’Évangile qui nous dit : « Lorsque Judas est par­ti » : Eram autem nox (Jn 13,30) : « C’était la nuit », c’était vrai­ment la nuit, l’heure des ténèbres, l’heure de Satan.

Il semble qu’alors, Notre Seigneur n’ayant plus devant Lui quelqu’un qui lui fer­mait son cœur et son intel­li­gence et son âme, alors Notre Seigneur laisse épan­cher tout son amour pour ses disciples.

Toute la Vérité qu’il por­tait en Lui, toute la divi­ni­té qu’il por­tait en Lui, c’est à ce moment-​là en défi­ni­tive qu’il a vou­lu faire com­prendre aux apôtres ce qu’il était en réa­li­té. Jusque là les apôtres ne le com­pre­naient pas. Et encore à ce moment-​là ils eurent de la peine à le com­prendre. D’ailleurs Notre Seigneur leur dit à eux-​mêmes : « Vous ne pou­vez pas com­prendre toutes les choses que je vous dis, mais vous les com­pren­drez plus tard, lorsque l’Esprit Saint, mon Esprit, vous révé­le­ra toutes ces choses » (Jn 16,13).

Mais déjà les apôtres com­mencent tout de même à aper­ce­voir des réa­li­tés, des véri­tés que jusque-​là ils n’avaient pas com­prises. Lorsqu’ils inter­rogent Notre Seigneur : Mais montrez-​nous le Père. Vous nous par­lez du Père ; mais montrez-​nous le Père. Et Notre Seigneur leur dit : « Mais celui qui me voit, voit le Père » (Jn 14,9) : Qui videt me, videt et Patrem. Ainsi Notre Seigneur affir­mait l’unité de Sa Personne avec la Personne du Père.

Puis, ensuite. Il leur par­le­ra du Saint-​Esprit : Mon Esprit. « Je vous enver­rai mon Esprit » (Jn 14,26). L’unité du Père, du Fils et du Saint-​Esprit. Il leur révé­lait ain­si la Sainte Trinité. Il leur révé­lait que lorsque l’on voie Notre Seigneur Jésus-​Christ, lorsqu’ils Le voyaient, ils voyaient la très Sainte Trinité. Il leur par­lait donc de cette union, de cette uni­té dans la cha­ri­té. Car Dieu est charité.

Et ain­si Il leur décou­vrit aus­si que voir Dieu, com­prendre mieux Dieu, c’est com­prendre aus­si mieux ce qu’est la cha­ri­té. Et c’est pour­quoi Il leur mani­feste à cette heure sa cha­ri­té, sa cha­ri­té dans le lave­ment des pieds, sa cha­ri­té dans le Saint Sacrifice de la messe, le pre­mier Sacrifice qu’il allait offrir, dans cette com­mu­nion avec les apôtres, dans aus­si cette consé­cra­tion de ses apôtres comme ses prêtres ; enfin dans son immo­la­tion et dans le don de Lui-​même jusqu’à la der­nière goutte de son Sang. Il va se livrer pour nous, pour la Rédemption de nos péchés.

Tout cela com­mence à se décou­vrir aux apôtres. Eux qui avaient cru avoir affaire à un roi tem­po­rel, un roi qui leur don­ne­rait des biens de ce monde. Et voi­là que, len­te­ment, mais sûre­ment, leurs yeux s’ouvrent à la grande réa­li­té. À une réa­li­té qu’ils ne pou­vaient pas soup­çon­ner, que nous-​mêmes encore nous ne pou­vons pas soup­çon­ner. Comment pouvons-​nous nous faire une idée réelle de la très Sainte Trinité, de la gran­deur de Dieu, de l’amour de Dieu ?

Mais Il le mani­feste et Il le mani­fes­te­ra réel­le­ment dans ses paroles. Aussi quand Il dit que pour nous, nous devons aus­si si nous vou­lons vivre, car Il est la Voie, la Vérité et la Vie. C’est alors qu’il pro­nonce ces paroles : nous devons être vis-​à-​vis de Lui, comme les sar­ments du cep de la vigne (Jn 15,5). Si nous vou­lons vivre de sa vie, nous devons être entés en Lui ; nous devons être gref­fés sur Lui ; afin que la vie de Notre Seigneur passe en nous et que nous soyons divi­ni­sés et que la vie de Dieu soit en nous.

« Celui qui pra­tique mes com­man­de­ments… », c’est encore dans cet entre­tien qu’il le dit : « Celui qui pra­tique mes com­man­de­ments, Notre Père et moi, nous vien­drons en lui et nous ferons notre demeure en lui » (Jn 14,23).

Quelles paroles admi­rables, quelles révé­la­tions sur les des­seins de Dieu vis-​à-​vis de nous, sur l’amour de Dieu pour nous. Il veut nous com­mu­ni­quer sa propre vie, sa vie divine. Et Il le fera jus­te­ment par ce sacre­ment admi­rable de l’Eucharistie. Il ne pou­vait pas mieux le faire que par ce sacrement.

C’est donc en ce jour que Notre Seigneur consa­cre­ra ses prêtres : ses apôtres Il en fera des prêtres, afin de conti­nuer la dona­tion de Lui-​même qu’il fait à ce moment-​là. À tous ceux qu’il aime Il se don­ne­ra Lui-​même, don­nant son propre Corps, son propre Sang, sa propre vie. Et non seule­ment Notre Seigneur se don­ne­ra Lui-​même à nous, dans le Saint Sacrifice de la messe, par la Sainte Eucharistie, mais Il a vou­lu ins­ti­tuer les autres sacre­ments afin de nous com­mu­ni­quer aus­si sa vie.

Les autres sacre­ments étant en quelque sorte le rayon­ne­ment de la Sainte Eucharistie. Et c’est Lui qui dési­gne­ra les dif­fé­rents élé­ments par les­quels sa grâce nous sera don­née, sa vie divine nous sera donnée.

Sans doute il n’en est pas de plus grand que la Sainte Eucharistie, car Il est Lui-​même pré­sent dans ce sacre­ment sous les espèces du pain et du vin. Pourquoi les espèces du pain et du vin ? Tout cela est choi­si avec toute la Sagesse de Dieu, car c’est Lui qui est le Créateur du blé ; c’est Lui qui est le Créateur de la vigne. Lui qui par consé­quent, déjà, dans ses décrets éter­nels a vou­lu créer ces ali­ments pour la Sainte Eucharistie. C’est cer­tai­ne­ment le pre­mier but pour lequel ils ont été créés et sans doute ensuite pour être notre nour­ri­ture, mais la nour­ri­ture com­mune, la nour­ri­ture en quelque sorte élé­men­taire de notre vie natu­relle, mais par­ti­cu­liè­re­ment de notre vie surnaturelle.

Et Notre Seigneur a vou­lu choi­sir éga­le­ment d’autres créa­tures. L’eau par exemple pour le bap­tême. C’est Lui aus­si qui a vou­lu que l’eau soit l’élément qui nous trans­mette la grâce du bap­tême. Et puis, le sel. Il a bien dit : « Vous êtes le sel de la terre » (Mt 5,13). Il a vou­lu signi­fier par là que le sel était éga­le­ment une créa­ture qu’il choi­sis­sait par­ti­cu­liè­re­ment pour nous com­mu­ni­quer sa grâce.

Et enfin l’huile. L’huile que l’Église demande aux évêques de consa­crer, de bénir au jour du Jeudi Saint, parce que Notre Seigneur éga­le­ment l’a dési­gnée par Lui-​même, par son propre nom : Jésus-​Christus : Christus : l’Oint. Celui donc qui est consa­cré par cette onc­tion qu’il repré­sente par son nom. C’est pour­quoi l’Église a vou­lu dans tous les sacre­ments, dans la majeure par­tie des sacre­ments, que l’on se serve des saintes Huiles.

Nous devons aus­si, Notre Seigneur a Lui-​même choi­si ces élé­ments qu’il a créés Lui-​même pour notre sanc­ti­fi­ca­tion, nous devons avoir une grande véné­ra­tion pour ces choses que Dieu a choi­sies pour nous. Certes, dans l’Eucharistie, nous devons ado­rer l’Eucharistie, puisque c’est Notre Seigneur Lui-​même et per­son­nel­le­ment pré­sent dans l’Eucharistie, mais nous devons aus­si avoir une grande véné­ra­tion pour ces créa­tures que Dieu a choisies.

Et vous le ver­rez tout à l’heure, dans les céré­mo­nies, com­bien l’Église demande à l’évêque et aux prêtres de mani­fes­ter cette véné­ra­tion pour ces créa­tures, par des gestes de res­pect, par des gestes même d’adoration pour ces saintes Huiles qui ser­vi­ront à nous don­ner la vie spi­ri­tuelle, la vie sur­na­tu­relle et qui nous com­mu­ni­que­ront la vie même de Dieu, la vie divine.

Comme tout cela est beau dans la sagesse de Dieu ! Comme Dieu a bien fait toutes choses. Et lorsque l’on se plaint par­fois que l’Église semble trop spi­ri­tuelle et pas assez incar­née, c’est que l’on ne com­prend pas ce que Dieu a fait. On ne com­prend pas Notre Seigneur Jésus-​Christ. Notre Seigneur au contraire s’est ser­vi de toutes ces créa­tures pour nous mani­fes­ter son amour, pour nous com­mu­ni­quer sa vie. Jésus a mani­fes­té par là qu’il était le Créateur de toutes choses et qu’il pou­vait se ser­vir ce ces créa­tures pour nous don­ner sa vie spi­ri­tuelle. Comme tout cela est beau !

Je ter­mi­ne­rai en rap­pe­lant une inter­ro­ga­tion qui est faite par Judas, mais non pas Judas l’Iscariote, comme le dit l’Évangile (Jn 14,22) :

« Seigneur, pour­quoi ne vous manifestez-​vous pas au monde ? Vous vous mani­fes­tez à nous, vous nous dites ces choses, mais pour­quoi ne le faites-​vous pas devant le monde entier ? »

Quelle fut la réponse de Notre Seigneur ? Notre Seigneur a dit pré­ci­sé­ment à ce moment-là :

« Ceux qui m’aiment m’écoutent. Ceux qui m’écoutent et ceux qui observent mes com­man­de­ments, mon Père et moi nous vien­drons en eux, nous ferons notre demeure en eux » (Jn 14,23).

Par contre les autres ne veulent pas écou­ter. Ils ferment leurs esprits et leurs cœurs à la parole de Dieu. Notre Seigneur s’est mani­fes­té au monde. Mais c’est le monde qui ne veut pas Le rece­voir. Il le dit aus­si dans ses entre­tiens. Il a tout un entre­tien sur le monde, le monde qui le haït. « Vous serez haïs du monde, dit Notre Seigneur, parce que le monde ne m’aime pas » (Jn 15,18). Le monde me hait et le monde ne peut pas me com­prendre, parce que toutes ses œuvres sont mau­vaises et sont faites sous l’influence du mau­vais esprit, du Prince de ce monde qui est men­teur par lui-​même, par nature et qui détourne les esprits de Notre Seigneur Jésus-Christ.

C’est en cela que nous devons aus­si mani­fes­ter notre foi en Notre Seigneur Jésus-​Christ. Il est la Voie, la Vérité et la Vie. Nous devons mani­fes­ter notre amour pour Notre Seigneur Jésus-​Christ, notre sou­mis­sion à Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est Lui qui est l’objet de notre foi. Et tout ce qui se fait dans le monde aujourd’hui contre Notre Seigneur Jésus-​Christ est une preuve que Notre Seigneur Jésus-​Christ est le Roi de ce monde, mais que Satan ne veut pas de son règne.

Or nous, nous devons vou­loir le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Il n’y a pas d’autre Dieu que Notre Seigneur Jésus-​Christ. Aujourd’hui on vou­drait pré­ci­sé­ment décou­ron­ner Notre Seigneur Jésus-​Christ, détrô­ner Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est bien Lui qui sera le Roi au Ciel. Il n’y aura pas d’autre roi au Ciel que Notre Seigneur Jésus-​Christ en qui se trouvent le Père et le Saint-​Esprit, en qui se trouve la Sainte Trinité.

Nous devons donc dès à pré­sent, dès ici-​bas être des fidèles du Roi qu’est Notre Seigneur et pro­cla­mer sa royau­té par­tout, tou­jours. Pour nous-​mêmes, pour nos familles, pour nos cités. Pour tous ceux qui doivent être sou­mis à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Que ce soit là notre foi. Que ce soit là notre convic­tion. Et que nous n’acceptions jamais de pac­ti­ser avec ceux qui veulent décou­ron­ner Notre Seigneur Jésus-​Christ. Nous n’avons pas le droit de pen­ser que Notre Seigneur Jésus-​Christ puisse être mis sur le même pied que ceux qui sont des sup­pôts de Satan, qui ont détour­né pré­ci­sé­ment des popu­la­tions entières de l’adoration de Notre Seigneur Jésus-Christ.

C’est Notre Seigneur qui nous le dit dans cette magni­fique orai­son sacer­do­tale qui cou­ronne en quelque sorte tous ces entre­tiens avec ses apôtres en ce jours (Jn 17, 1–26).

Ah si nous avons quelques ins­tants aujourd’hui et que nous pou­vons relire ces pages si édi­fiantes, si récon­for­tantes, si pleines de doc­trine, si pleines de lumière, de l’Évangile de saint Jean en ce Jeudi Saint, ce sera pour nous une grande grâce.

Demandons à la très Sainte Vierge Marie, de nous com­mu­ni­quer sa foi et de nous com­mu­ni­quer l’amour qu’elle avait pour son divin Fils et le res­pect de toutes les œuvres de son divin Fils, en par­ti­cu­lier tous les sacre­ments qu’il a don­nés à sa Sainte Église.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.