Sermon de Mgr Lefebvre – 12e dimanche après la Pentecôte – 21 août 1977

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,

L’Épître et l’Évangile d’aujourd’hui nous parlent d’une manière toute par­ti­cu­lière de la Loi, de la loi de Moïse et de la loi que Notre Seigneur Jésus-​Christ nous a donnée.

Qu’est-ce donc que la Loi ? Pourquoi la Loi ?

Si nous la consi­dé­rons dans l’esprit de Dieu, dans l’esprit du Dieu Créateur, la loi est le che­min qui conduit à la fin qui nous a été assi­gnée par Dieu.

En effet, nous avons été créés pour une fin, pour une fin bien pré­cise. Il y a un but à notre exis­tence, un but à la créa­tion dont nous avons été l’objet. Ce but, c’est la gloire de Dieu. Ce but c’est notre bon­heur ; c’est notre per­fec­tion ; c’est la vie éternelle.

Et si nous jetons un regard sur toute la Création de Dieu, nous nous aper­ce­vons que tous les êtres, tous les êtres sans rai­son, comme les êtres rai­son­nables, ont tous été créés par Dieu avec une fin, avec une fina­li­té, un but à atteindre. Et toutes les créa­tures, par consé­quent, ont des lois ; ne peuvent pas ne pas avoir de lois.

Vous les connais­sez, ou tout au moins, nous en connais­sons une par­tie. Les savants les recherchent ces lois ; ces lois qui se trouvent dans la nature. Pour les êtres maté­riels, ce sera la loi de la gra­vi­ta­tion ; ce sera la loi de la pesan­teur ; ce sera la loi de l’attraction, que sais-je.

Pour les plantes, ce seront toutes les lois de la végé­ta­tion qui règlent leur vie ; qui les mènent à leur but.

Puis, les ani­maux ; les ani­maux ont leur ins­tinct et la loi ins­crite dans les ani­maux eux-mêmes.

Et nous, êtres rai­son­nables, nous avons une loi que les êtres qui n’ont pas de rai­son, ne connaissent pas et que nous, nous connais­sons. Nous connais­sons la loi ; nous connais­sons le che­min qui nous conduit à notre fin, à notre but.

Et de même qu’il est incon­ce­vable que l’on puisse atteindre le but, sans suivre la route qui y mène, de même il est incon­ce­vable qu’un homme puisse espé­rer avoir la vie éter­nelle s’il n’accomplit pas les lois de Dieu. C’est simple. C’est le simple bon sens.

Un ani­mal qui ne sui­vrait pas l’instinct qui le pousse à man­ger pour vivre et à cher­cher sa nour­ri­ture pour vivre, ne sur­vi­vrait pas évi­dem­ment. Ces lois, nous devons les obser­ver, si nous vou­lons atteindre notre fin. Et, ce qu’il y a de par­ti­cu­lier en nous, c’est que nous avons pré­ci­sé­ment l’intelligence, la volon­té et toutes les facul­tés de notre âme pour pour­suivre cette fin que le Bon Dieu nous a assignée.

Et si nous pou­vons, éven­tuel­le­ment, mal­heu­reu­se­ment, ne pas suivre cette loi et suivre la loi de la mort au lieu de suivre la loi de la vie, ce n’est pas une per­fec­tion de notre liber­té, c’est un défaut de notre liber­té. Car le Bon Dieu nous a don­né notre liber­té, pour atteindre notre fin et non pas pour nous en écar­ter. Et par consé­quent pour suivre la loi et non pas pour nous en écarter.

Quelle est cette loi ? Notre Seigneur l’a dit dans son Décalogue et Il le résume Lui-​même dans son Évangile : À cet homme qui vient le trou­ver et qui lui demande : Que dois-​je faire pour atteindre la vie éternelle ?

Eh bien, sui­vez les com­man­de­ments de Dieu.

Quels sont ces com­man­de­ments ? Aimer Dieu, aimer son pro­chain. C’est simple.

Et en effet, si nous réflé­chis­sons tant soit peu : Dieu est cha­ri­té ; Dieu est amour. Comment Dieu pourrait-​Il nous don­ner une autre loi que celle qui le régit Lui-​même. Il est régi par la loi d’amour. Oh, cette loi ne lui est pas impo­sée ; elle est son Être même. Dieu parce qu’il est, est amour. C’est un grand mys­tère pour nous, mais il en est ain­si : Dieu est amour.

Et toutes les lois, même les lois natu­relles, même les lois qui régissent les êtres qui n’ont pas de rai­son, ces lois sont des expres­sions de l’amour. On peut dire qu’un oiseau qui vole, un ani­mal qui recherche sa nour­ri­ture, suit la loi que le Bon Dieu a ins­crite en lui et exprime d’une cer­taine manière, ana­lo­gi­que­ment, sym­bo­li­que­ment, l’amour de Dieu.

Et nous aus­si, c’est l’amour qui doit nous pous­ser à suivre et à recher­cher notre fin. Et cela est la gran­deur de notre loi. L’amour qui doit fina­le­ment nous unir à Dieu pour l’éternité et à notre pro­chain : l’amour de Dieu, l’amour du pro­chain. Toute notre vie, toute notre éter­ni­té, se résument dans ces mots. C’est là une chose admirable.

Mais nous ne devons pas oublier que nous sommes des êtres qui sont sur­na­tu­rels, c’est-à-dire que nous avons comme deux lois. Une loi fon­da­men­tale, loi de la nature, qui est le Décalogue. Voilà la loi de notre nature, que nous devons suivre. Notre Seigneur n’a pas dit que le Décalogue, à par­tir de sa venue sur la terre, était chan­gé, qu’il don­nait une autre loi. Au contraire. Il a dit : « Je ne suis pas venu pour abo­lir la loi. Je suis venu pour l’accomplir ». Et elle s’accomplira jusqu’au moindre iota. La loi que j’ai ins­crite dans la nature, s’accomplira. Et la loi que je vous donne est une loi plus par­faite encore que celle du Décalogue. Elle accom­plit le Décalogue d’une manière plus par­faite. Et c’est tout le ser­mon de Notre Seigneur sur la mon­tagne, le Sermon des Béatitudes.

Il faut savoir aimer ses ennemis.

Il faut savoir souf­frir pour la justice.

Il faut accep­ter de faire beau­coup plus que ce qui nous est deman­dé pour mani­fes­ter notre amour vis-​à-​vis de notre prochain.

Il faut savoir accep­ter la volon­té de Dieu et nous remettre dans les mains de Dieu. Car comme le dit Notre Seigneur : Tous nos che­veux sont comp­tés et Dieu s’occupe de nous. Ne soyons pas trop sou­cieux du len­de­main. Remettons nos volon­tés dans les mains de Dieu, dans la Toute-​Puissance de Dieu.

Tels sont les conseils que Notre Seigneur nous donne et Il ter­mine par cette belle prière du Pater nos­ter, qui est le résu­mé, en quelque sorte, de la loi nou­velle. La loi qui n’est pas une loi qui contre­dit le Décalogue, bien au contraire, mais qui l’accomplit d’une manière infi­ni­ment plus parfaite.

Car notre but, le but que le Bon Dieu nous a assi­gné, en vou­lant nous faire par­ti­ci­per à sa nature divine, est un but infi­ni­ment supé­rieur à celui qui était pré­vu pour notre nature seule­ment. Si nous n’avions eu que notre nature, nous ne serions pas arri­vés dans l’intimité de Dieu.

Pourquoi le Bon Dieu a‑t-​il vou­lu que nous ayons cette sur­na­ture ? Cette grâce sur­na­tu­relle ? C’est un don qu’Il a vou­lu nous faire. Est-​ce que nous pou­vons limi­ter les dons de Dieu ? Le Bon Dieu a vou­lu nous don­ner l’existence. En plus de notre exis­tence, Il a vou­lu nous don­ner sa propre nature par la grâce sur­na­tu­relle, par le bap­tême, par les sacre­ments, par toutes les grâces que le Bon Dieu nous donne, pour nous faire atteindre un but infi­ni­ment supé­rieur. Nous allons pou­voir contem­pler Dieu, comme le Bon Dieu se connaît Lui-​même. Alors que nous n’aurions pu connaître Dieu que comme nous Le connais­sons main­te­nant par les créatures.

Certes nous Le connais­sons. Nous savons que Dieu existe ; mais nous savons si peu de choses de Dieu, par ce que nous pou­vons voir autour de nous. Analogiquement, par les conclu­sions, nous arri­vons à la gran­deur de Dieu, à la Toute-​Puissance de Dieu, à l’infinité de Dieu. Mais c’est bien peu de chose.

Mais nous ver­rons Dieu Lui-​même comme Il se connaît. Le Bon Dieu a vou­lu cela pour nous. Mais pour cela il faut que nous ayons sa nature. Il faut que nous par­ti­ci­pions à sa nature pour arri­ver à Le connaître comme Il se connaît Lui-​même. Il veut faire de nous d’autres Dieux, des enfants de Dieu. Jésus-​Christ est son Fils natu­rel, son Fils véri­table ; mais nous, nous sommes ses fils adop­tifs. Notre Seigneur a vou­lu faire de nous ses fils adop­tifs, en nous unis­sant à Lui ; en nous unis­sant à sa propre nature, à son propre Sang. En man­geant la chair et le Sang de Notre Seigneur Jésus-​Christ, nous deve­nons les fils adop­tifs de Dieu qui nous per­met­tra d’atteindre ce but extra­or­di­naire pour lequel nous sommes créés.

Voilà ce que le Bon Dieu a vou­lu. Et voi­là ce qu’est la loi. Voilà ce qu’est notre loi. La loi n’est pas un obs­tacle à notre exis­tence ; la loi ne limite pas notre liber­té ; la loi nous montre le che­min que nous devons suivre, pour atteindre notre but.

Alors si nous vou­lons atteindre notre but, il nous faut pas­ser par ce chemin.

Si nous ne vou­lons pas l’atteindre, alors évi­dem­ment, nous allons vers la mort et vers l’enfer. Mais le Bon Dieu ne nous a pas don­né notre liber­té pour nous détour­ner de Lui. Il nous a don­né notre liber­té pour que nous puis­sions méri­ter la récom­pense que le Bon Dieu veut nous don­ner en nous atta­chant à ce che­min qui nous conduit à la vie éternelle.

Certes il y a beau­coup de che­mins qui conduisent à la vie éter­nelle. Nous avons des voca­tions dif­fé­rentes ; nous avons des pro­fes­sions dif­fé­rentes dans la socié­té. Le Bon Dieu nous a tra­cé à cha­cun de nous, notre che­min, mais il y a tout de même des lois fon­da­men­tales comme le Décalogue, que nous devons tous pra­ti­quer. Nous n’avons pas le droit de man­quer au Décalogue. Nous n’avons pas le droit de man­quer à la loi que Notre Seigneur nous a assi­gnée et qu’il veut que nous suivions.

Mais dans la réa­li­té de tous les jours, nous sui­vons cha­cun notre che­min ; nous avons cha­cun notre voie, la voie que le Bon Dieu nous a tra­cée, nous a don­née. Et c’est pour­quoi nous devons tou­jours faire cette prière au Bon Dieu et deman­der au Saint-​Esprit de nous éclai­rer sur ce que le Bon Dieu veut de nous. Comment veut-​Il que nous réa­li­sions cette loi d’amour, chaque jour, à chaque ins­tant de notre vie, afin que nous puis­sions atteindre le but qu’il nous a assi­gné : notre bon­heur éter­nel, chan­ter sa gloire pen­dant l’éternité ; Le connaître pen­dant l’éternité.

Nous devons deman­der à Dieu, d’être éclai­rés, afin de ne pas nous trom­per. Et c’est pour cela que Notre Seigneur louait la très Sainte Vierge Marie.

Une femme disait en voyant Jésus : « Ô bien­heu­reux le sein qui l’a por­té, bien­heu­reuses les mamelles qui l’ont allai­té ». Qu’est-ce que répond Jésus ? « Bienheureux sur­tout ceux qui font la volon­té de mon Père ; ceux qui accom­plissent la parole de Dieu ».

Et en cela Il fai­sait la louange de sa Mère. Il fai­sait la louange de la très Sainte Vierge. Ce n’était pas pour dire : Non, elle n’est pas bien­heu­reuse celle qui m’a por­té dans son sein. Jamais Jésus n’a vou­lu dire cela. Jésus a dit : Si la Vierge est ce qu’elle est ; si elle a pu être ma mère, jus­te­ment, c’est parce qu’elle a accom­pli la volon­té de Dieu ; parce qu’elle a pro­non­cé son fiât. Voilà la gran­deur de la très Sainte Vierge Marie.

Eh bien, pour nous aus­si, la gran­deur de notre vie sera d’avoir sui­vi la volon­té de Dieu, faire chaque jour sa Sainte Volonté. Comme il est dit dans le Notre Père : « Que votre volon­té soit faite sur la terre comme au Ciel ». Elle ne peut pas être mieux faite qu’au Ciel. Et par consé­quent, si nous fai­sons ici-​bas la volon­té de Dieu, comme elle est accom­plie au Ciel, alors tout sera par­fait pour nous et ce sera la joie complète.

Oh cela ne veut pas dire que cette volon­té s’accomplira sans souf­frances, sans dou­leurs, sans croix, sans dif­fi­cul­tés. Bien au contraire. Le Bon Dieu nous demande sou­vent de suivre des che­mins dou­lou­reux, des che­mins pénibles. Mais Notre Seigneur nous a mon­tré l’exemple. Il est devant nous. Il a por­té sa Croix devant nous, nous la por­tons avec Lui et nous sommes cer­tains qu’en fai­sant cela, nous serons sur le che­min du bon­heur éter­nel, avec la très Sainte Vierge Marie.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.