Sermon de Mgr Lefebvre – Pâques – 19 avril 1987

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

(Tronqué, e ser­mon audio com­mence au 21ème paragraphe)

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Nous sommes heu­reux de pou­voir, une fois de plus, vous sou­hai­ter de joyeuses et de saintes Pâques. Mais pour par­ti­ci­per vrai­ment à la joie de Pâques, ne devons-​nous pas par­ti­ci­per aus­si à l’esprit de l’Église qui fête Jésus res­sus­ci­té et le faire dans son esprit.

Nous avons pré­pa­ré cette fête magni­fique depuis huit jours, au cours de cette Sainte Semaine et nous avons déjà chan­té la gloire de Celui qui est notre Rédempteur et notre Sauveur. Après les heures dou­lou­reuses de la Passion, sont venues ces heures triom­phantes de la Résurrection. L’Église l’a expri­mé. Elle l’a expri­mé par­ti­cu­liè­re­ment au cours de cette nuit Pascale, à l’occasion de la consé­cra­tion du cierge pas­cal. Il est dit de Notre Seigneur : Il est l’Alpha et l’Oméga : Principium et finis. Que peut dire l’Église de plus par­fait, de plus infi­ni : « Notre Seigneur l’Alpha et l’Oméga, le Principe et la fin de toutes choses ».

Ainsi l’Église affirme solen­nel­le­ment la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et déjà au cours des jours qui ont pré­cé­dé ces affir­ma­tions de l’Église, nous avons lu, dans les récits de la Passion, qu’à vrai dire, l’objection majeure, prin­ci­pale, de ceux qui se sont oppo­sés à Jésus et L’ont cru­ci­fié, c’est que Notre Seigneur Jésus-​Christ disait pré­ci­sé­ment qu’il était Dieu. C’est cela que Anne et Caïphe ont deman­dé à Notre Seigneur : « Dites-​nous enfin, dites-​nous, êtes-​vous Dieu ? » – « Oui, Je le suis » – « Il a blasphémé ».

Au lieu de s’incliner ; au lieu de croire au Messie ; au lieu de croire qu’il était Dieu, ils L’ont cru­ci­fié ; ils L’ont fait mourir.

Montre-​nous, si tu es vrai­ment Dieu, des­cend de la Croix et nous croi­rons. Toi qui a res­sus­ci­té des morts, des­cend de la Croix et nous croi­rons. Les misé­rables. Lui qui venait de res­sus­ci­ter Lazare, ne pouvait-​Il pas se res­sus­ci­ter Lui-​même ? Ils ont eu peur d’ailleurs de cette solu­tion et ils ont gar­dé le tom­beau. Et ils ont cru en défi­ni­tive à sa Résurrection, mais ils n’ont pas cru en la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ils ont payé les gardes pour dire que les apôtres étaient venus cher­cher le corps pen­dant qu’ils dormaient.

Et comme dit si bien saint Augustin : « Comment pouvaient-​ils savoir que les apôtres étaient venus Le cher­cher s’ils dor­maient ». Ainsi, en même temps que l’Église et que le Ciel pro­clament la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, qu’il la pro­clame Lui-​même, la parole de saint Jean n’est que trop vraie :

In pro­pria venit, et sui enim non rece­pe­runt (Jn 1,11) :

« Il est venu chez les siens et ils ne L’ont pas reçu ».

Ils ne L’ont pas reçu. Dieu venu par­mi nous, le Principe et la fin, le Créateur de toutes choses. Celui qui a fait tous les esprits, tous les hommes, tout le Monde maté­riel, vient pour nous sau­ver et ils ne L’ont pas reçu.

Et en effet, c’est toute l’Histoire de l’Église qui va se dérou­ler devant nous, pen­dant vingt siècles bien­tôt ; nous ver­rons l’opposition à la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, par toutes les manières pos­sibles et imaginables.

Par contre l’Église rem­plie de cette foi en la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, car c’est saint Paul qui le dit : « Si Jésus-​Christ n’est pas res­sus­ci­té, notre foi est vaine ». Inutile de croire en Notre Seigneur Jésus-​Christ s’il n’est pas res­sus­ci­té. Parce que sa Résurrection est le témoi­gnage irré­fra­gable de sa divinité.

Alors l’Église croit en la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Elle croit en son triomphe ici-​bas et dans l’éternité. Et c’est pour­quoi l’Église par­court le monde avec ses mis­sion­naires, pour prê­cher la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Mais elle ren­con­tre­ra ce que les apôtres ont ren­con­tré dans cette pré­di­ca­tion. Saint Paul à Corinthe a prê­ché Notre Seigneur Jésus-​Christ et quand il est arri­vé à la Résurrection et qu’il a dit : « Cet Homme-​Dieu est res­sus­ci­té » : Oh bien, vous nous par­le­rez de cela une autre fois ; nous vous enten­drons une autre fois.

Ils n’ont pas vou­lu croire. Cependant, disent les Actes des Apôtres : « Quelques per­sonnes s’attachèrent à saint Paul et le sui­virent et l’écoutèrent et se convertirent ».

Et cela est ain­si, pen­dant toute l’Histoire de l’Église. Les apôtres ont prê­ché ; les prêtres ont prê­ché ; les mis­sion­naires ont prê­ché. Certains ont enten­du, ont cru. D’autres n’ont pas cru.

Et alors, tout au cours de l’Histoire, l’Église a vou­lu main­te­nir cette foi. Elle a tout fait pour que cette foi en Notre Seigneur Jésus-​Christ, en sa divi­ni­té qui est le salut de nos âmes, se main­tienne, se confirme, se conso­lide. Et c’est pour­quoi lorsque des peuples entiers se conver­tis­saient, elle sup­pliait les Princes de bien vou­loir l’aider à orga­ni­ser dans ces pays, des uni­ver­si­tés catho­liques, d’aider à l’implantation des monas­tères, des ins­ti­tu­tions reli­gieuses, d’institutions chré­tiennes, d’écoles catho­liques. Et ain­si l’Europe s’est cou­verte de ces témoi­gnages de la foi, non seule­ment des papes, des évêques, des prêtres, mais aus­si des rois et des princes qui ont aidé à l’implantation de l’Église catho­lique et qui pro­té­geaient la foi des fidèles.

Et l’Histoire des croi­sades n’est pas autre chose que la pro­tec­tion de la chré­tien­té par les princes. Et saint Louis, roi de France, lorsqu’il par­tit pour accom­plir une croi­sade, avait bien plus que le désir de déli­vrer le tom­beau de Notre Seigneur Jésus-​Christ, à Jérusalem, il avait le désir de conver­tir les musul­mans. Et il avait tou­jours l’espoir de pou­voir appro­cher le sul­tan et par la grâce du Bon Dieu, de le conver­tir à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et c’est comme cela d’ailleurs, que lorsqu’il avait conquis Damiette et qu’il espé­rait ren­con­trer le sul­tan, il priait pour la conver­sion du sultan.

Malheureusement, loin d’accéder à son désir, le sul­tan au contraire, atta­qua les troupes de la croi­sade et même fît pri­son­nier saint Louis lui-​même, qui ne peut se déli­vrer qu’en don­nant de nou­veau la ville de Damiette et en payant une somme consi­dé­rable pour déli­vrer son armée.

La même chose, lorsqu’il s’est ins­tal­lé à Tunis. Il espé­rait aus­si pou­voir conver­tir l’émir. Malheureusement, les mala­dies de ces pays, ter­ribles, la peste, le cho­lé­ra ont atteint toutes les troupes et saint Louis lui-​même et il est mort. Il est mort, dans l’espoir que sa mort conver­ti­rait les musulmans.

Voilà la foi de nos princes catho­liques, mis­sion­naires, et en même temps, défen­dant la foi dans leur propre pays.

L’Église les a tou­jours encou­ra­gés et les papes ont féli­ci­té les chefs d’État qui pro­té­geaient la foi de leurs fidèles.

C’est ain­si que pen­dant vingt siècles, la chré­tien­té s’est consti­tuée et s’est déve­lop­pée dans le monde entier. Mais les forces du mal sont puis­santes et le Bon Dieu a per­mis que ces forces sata­niques, finissent par péné­trer à l’intérieur même des États catho­liques… ces grandes familles catho­liques, ces grandes familles chré­tiennes, que la ziza­nie se mette à l’intérieur par le protestantisme.

Et elles ont fini par détruire ces États chré­tiens, en déca­pi­tant les rois, en rui­nant les États catho­liques. C’est ain­si que les prin­cipes de la Révolution de 89 ont péné­tré main­te­nant dans toutes les ins­ti­tu­tions, par­tout, et minent la foi catho­lique, par­tout dans toutes les familles, jusque dans les sémi­naires, jusque dans l’Église, jusque dans le clergé.

C’est ce qu’a dit saint Pie X : Nous voyons main­te­nant que l’ennemi n’est pas seule­ment en dehors de l’Église, mais il est à l’intérieur. Et où est-​il ? demandait-​il lui-​même. Il est dans les sémi­naires, disait-​il. Et c’est pour­quoi il deman­dait aux évêques de chas­ser tous les pro­fes­seurs qui étaient des moder­nistes, de ne pas les lais­ser dans les sémi­naires, afin de ne pas faire péné­trer les idées erro­nées, les idées fausses à l’intérieur des séminaires.

Si les idées de la Révolution, les idées contraires à la foi catho­lique, pénètrent à l’intérieur des sémi­naires, de ces sémi­naires sor­ti­ront des évêques un jour, des prêtres et alors que devien­dra l’Église.

Eh bien, mes bien chers frères, nous sommes à cette époque aujourd’hui. Cette péné­tra­tion de l’ennemi, cette péné­tra­tion de l’esprit de l’erreur, cette péné­tra­tion de l’esprit anti-​catholique, est main­te­nant par­tout, à l’intérieur de l’Église, partout !

Alors, chose stu­pé­fiante, incroyable, ceux qui ont la res­pon­sa­bi­li­té de l’Église, ont déci­dé désor­mais, de ne plus agir comme l’Église et les mis­sion­naires ont fait pen­dant vingt siècles, de ne plus défendre la foi catho­lique par les mis­sions et en deman­dant aux chefs de famille et aux chefs d’État de venir au secours de l’Église catho­lique et de la défendre et de la pro­té­ger. Ils ont déci­dé désor­mais, de faire un pacte avec les enne­mis de l’Église. Et ce pacte de paix s’appelle l’œcuménisme, s’appelle la liber­té reli­gieuse. Désormais c’est fini ! La paix ! La paix ! La paix !

La paix avec qui ? avec qui ? Avec les enne­mis de Notre Seigneur Jésus-​Christ, avec ceux qui L’ont cru­ci­fié, avec ceux qui ont conti­nué de Le cru­ci­fier pen­dant vingt siècles.

Dans le Corps mys­tique de Notre Seigneur Jésus-​Christ, chez les fidèles, il y a eu des mar­tyrs – mais encore de nos jours – et des mil­lions de mar­tyrs. Il y en a encore aujourd’hui dans les geôles russes, parce qu’ils sont catho­liques. Et la haine de Jésus-​Christ, la haine de l’Église, mal­heu­reu­se­ment, nous sommes bien obli­gés de le consta­ter, existe encore.

Ces jours-​ci, vous avez pu lire dans les jour­naux, les pro­pos qu’ont tenus les pro­tes­tants de Genève, contre la venue d’un évêque catho­lique à Genève, il y a trois ou quatre jours, ce n’est pas vieux.

Une oppo­si­tion radi­cale, abso­lue. Nous ne vou­lons pas d’une hégé­mo­nie catho­lique à Genève. C’est l’ennemi. L’ennemi est là, par­tout. Dès que l’on parle de Notre Seigneur Jésus-​Christ, dès que l’on mani­feste Notre Seigneur Jésus-​Christ, il y a des oppo­si­tions. Et ce sera comme cela jusqu’à la fin des temps. Mais que l’Église, du moins que les hommes d’Église, que ceux qui ont des res­pon­sa­bi­li­tés dans l’Église, fassent main­te­nant un pacte avec ceux qui ont été les enne­mis de tou­jours de Notre Seigneur Jésus-​Christ, c’est d’une gra­vi­té exceptionnelle.

On dit aux enne­mis : Vous pou­vez venir chez nous main­te­nant libre­ment. Nous n’allons pas vous empê­cher de venir dans nos familles catho­liques, dans nos ins­ti­tu­tions catho­liques, dans nos États catho­liques. Nous ne vous empê­chons plus de venir chez nous : Venez musul­mans, boud­dhistes, venez, venez, vous serez bien accueillis et même éven­tuel­le­ment nous vous construi­rons des mos­quées ; nous vous don­ne­rons des écoles ; nous vous rece­vrons dans nos écoles et on ne fera plus le signe de la Croix dans nos écoles catho­liques pour ne pas vous bles­ser et on ne par­le­ra même plus de Notre Seigneur

Jésus-​Christ, de telle sorte que tous, juifs, pro­tes­tants, musul­mans, boud­dhistes, vous puis­siez venir dans nos écoles où vous êtes lar­ge­ment accueillis.

Pourquoi cela ? Pourquoi ? Soi-​disant que désor­mais alors, on deman­de­ra la même chose aux musul­mans, aux com­mu­nistes et à tous les États tota­li­taires. On leur dira : Eh bien, main­te­nant puisque nous avons accep­té, nous, toutes les idéo­lo­gies, toutes les fausses idéo­lo­gies, tous les enne­mis même de l’Église, nous les accep­tons autour de nous ; nous les appe­lons main­te­nant des frères, eh bien fai­te­sen autant avec nous, ouvrez vos portes, musul­mans ouvrez vos pays ; com­mu­nistes ouvrez votre pays pour que nous puis­sions pro­cla­mer notre foi.

Voyez ce qui se passe au Liban. Les catho­liques fini­ront vrai­sem­bla­ble­ment par être jetés à la mer par les musul­mans, par esprit anti-chrétien.

Ce prin­cipe qui a été désor­mais accep­té par l’Église et prin­cipe que ces hommes d’Église veulent fon­der sur une rai­son natu­relle, sur ce qu’ils appellent la digni­té humaine, sur les droits de l’homme, c’est mettre l’erreur et la Vérité sur le même niveau.

C’est donc la des­truc­tion totale de l’Église. Et nous assis­tons peu à peu à cette infil­tra­tion des erreurs et aux erreurs cor­res­pond la mora­li­té et l’immoralité et par consé­quent à l’immoralité à l’intérieur même de nos familles.

Mes chers frères, vous pour­riez peut-​être don­ner des exemples concrets dans vos familles propres, peut-​être chez vos parents. Tous, dans nos familles, nous fai­sons la consta­ta­tion d’une infil­tra­tion de l’immoralité ou de l’athéisme, ou même des enfants partent dans les sectes.

Et l’avortement et le divorce et la contra­cep­tion se mul­ti­plient par­tout, dans tous nos vil­lages qui étaient autre­fois des vil­lages catho­liques, il n’y a pas si longtemps.

Lorsque j’étais en 1945–47 supé­rieur du sémi­naire de Mortain, j’allais sou­vent pen­dant les fêtes – comme les fêtes de Pâques – confes­ser dans les vil­lages, en Normandie, en France. Eh bien dans la plu­part des vil­lages de Normandie, il y a donc bien­tôt qua­rante ans, on mon­trait du doigt ceux qui ne pra­ti­quaient pas. Ils étaient connus. Un tel ne pra­tique pas. Mais tout le vil­lage pra­ti­quait entièrement.

Allez‑y voir main­te­nant : quelques per­sonnes à l’église ; quelques per­sonnes qui se confessent. C’est la ruine de la reli­gion chré­tienne, de la reli­gion catho­lique. Ces mau­vais exemples, ces mau­vaises idées qui cir­culent par­tout et qui sont col­por­tés par tous les moyens de com­mu­ni­ca­tion sociale, détruisent la foi en Notre Seigneur Jésus-​Christ, en la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Le diable a réus­si là une opé­ra­tion sen­sa­tion­nelle pour lui, sen­sa­tion­nelle ! Faire la paix avec les enne­mis de l’Église ; leur per­mettre d’entrer par­tout, chez nous. C’est la fin de l’Église catho­lique. Le but de Satan, c’est la des­truc­tion de l’Église catho­lique et la des­truc­tion de l’esprit catho­lique, la des­truc­tion de la foi catho­lique. Eh bien, (Satan) a main­te­nant toutes les portes ouvertes.

Alors nous, nous résis­tons. Nous disons : non, il ne pas­se­ra pas ; il ne pas­se­ra pas ! Nous vou­lons conti­nuer comme l’Église a fait autre­fois : défendre nos familles, défendre nos cités, défendre nos vil­lages et s’il le faut consti­tuer des cha­pelles pour nos familles ; faire des écoles où Notre Seigneur JésusChrist sera le Maître, le Roi. Et si d’aventure, il y a un petit pro­tes­tant, ou un petit juif qui veulent venir dans notre école, eh bien, il appren­dra le caté­chisme comme les autres et s’ils ne veulent pas, ils n’ont qu’à ne pas res­ter dans nos écoles.

C’est ce que nous fai­sions à Dakar, lorsque nous avions des musul­mans dans nos écoles. Parce qu’ils étaient peu nom­breux, ils accep­taient d’apprendre le caté­chisme. Il y avait quel­que­fois un petit enfant musul­man qui était le pre­mier en caté­chisme de sa classe, mais qui mal­heu­reu­se­ment ne pou­vait pas com­mu­nier et qui pleu­rait le jour de la com­mu­nion parce qu’il ne pou­vait pas suivre les autres qui allaient com­mu­nier. Mais si nous avions eu seule­ment la pen­sée de don­ner la com­mu­nion à cet enfant – et par consé­quent de le bap­ti­ser – les musul­mans auraient mis le feu à notre école ! Pas ques­tion de bap­ti­ser un enfant musulman.

Eh bien, nous devons main­te­nir cette foi catho­lique, pro­té­ger nos familles et pour cela recons­ti­tuer ce tis­su des ins­ti­tu­tions chré­tiennes, cette ambiance des ins­ti­tu­tions chré­tiennes, des monas­tères, des monas­tères contem­pla­tifs, de reli­gieux, de reli­gieuses, pour don­ner cette atmo­sphère catho­lique dans laquelle nous res­pi­rons. Alors nous sommes asphyxiés dans le monde moderne, avec la dis­pa­ri­tion de toutes les ins­ti­tu­tions catho­liques ; même les ins­ti­tu­tions catho­liques, ne sont plus catho­liques. Et peu à peu, nous pou­vons dire, en véri­té, que les prêtres et les évêques ne sont plus catho­liques. Parce qu’ils ne veulent plus défendre la foi en Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ils ne croient plus en la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, ce n’est pas pos­sible (autre­ment).

S’ils croyaient comme l’Église l’a chan­té tous ces jours-​ci que Notre Seigneur Jésus-​Christ est res­sus­ci­té, qu’il est le Sauveur, qu’il est notre Dieu ; que dans quelques années nous nous retrou­ve­rons tous là-​haut devant Lui, dans sa splen­deur, comme les apôtres (L’ont vu) sur le Thabor, nous Le ver­rons dans sa magni­fi­cence, dans son règne, son règne éter­nel… Eh bien, nous aurions le désir, auto­ma­ti­que­ment, de répandre cette foi autour de nous et de faire en sorte que le plus (grand nombre) de per­sonnes pos­sible, puissent suivre Notre Seigneur Jésus-​Christ dans sa Résurrection, dans son Ascension vers le Ciel. Voilà l’esprit de l’Église.

Alors, gar­dons fer­me­ment cet esprit de l’Église. Et voyez-​vous, c’est pour­quoi nous conti­nuons à faire tout ce que nous pou­vons pour essayer de res­tau­rer cet esprit de l’Église à Rome même, oui, à Rome même. Parce que cet esprit de l’Église n’existe plus, même à Rome. La jour­née d’Assise l’a mani­fes­té clairement.

Alors nous sup­plions le Saint-​Père, nous sup­plions les car­di­naux de Rome de reve­nir à la Tradition, de reve­nir à la foi en Jésus-​Christ res­sus­ci­té, seul salut, seul Roi, seul moyen d’être sau­vé. Ne pas faire de pacte avec les enne­mis de l’Église, ce n’est pas pos­sible ; c’est la fin de l’esprit missionnaire.

Alors nous avons – vous le savez – envoyé à Rome nos objec­tions jus­te­ment à cet esprit nou­veau d’un pacte avec les enne­mis de l’Église qui n’est autre que la liber­té reli­gieuse et l’œcuménisme. Nous avons envoyé cent-​cinquante pages d’objections (dubia), il y a un an et demi. Et nous avons reçu la réponse à ces objec­tions il y a seule­ment trois semaines. Cinquante pages qui nous ont été envoyées, de réponse à ces objec­tions, d’une manière très sereine. Nous n’avons pas vou­lu faire de polé­mique et Rome n’a pas vou­lu faire de polé­mique à notre égard.

Les réponses sont très sereines. Mais hélas, elles ne sont que la confir­ma­tion de cette liber­té reli­gieuse et de cet œcu­mé­nisme. Confirmation for­melle, abso­lu­ment contraire à ce que les papes Pie IX et les onze papes qui ont régné depuis la Révolution fran­çaise (ont ensei­gné) et qui ont condam­né les prin­cipes de 89.

Car ces affir­ma­tions que nous avons reçues encore ces jours-​ci de Rome ne sont pas autre chose que l’acceptation des prin­cipes de 89 dans l’Église, condam­nés par onze papes ! Comment voulez-​vous que l’Église puisse conti­nuer dans une situa­tion pareille, ce n’est pas possible !

On ne peut pas accep­ter la liber­té de pen­sée, la liber­té de reli­gion, toutes les liber­tés humaines. Cela va contre la loi du Bon Dieu. Ce n’est pas pos­sible. Alors, nous avons bien le désir de répondre à nou­veau et de cher­cher à mon­trer les erreurs qui figurent dans ces réponses. C’est une chose très grave. Nous le fai­sons vrai­ment comme un devoir de conscience, dans l’Histoire de l’Église. Car nous vivons là, dans l’Église des heures exces­si­ve­ment impor­tantes, qui pré­parent – si elles conti­nuent – la venue de l’Antéchrist. Parce que l’Antéchrist ne trou­ve­ra plus d’objections devant lui. Il n’y aura plus rien qui l’empêchera d’être le roi du monde.

Voilà ce que je vou­lais vous dire. Et d’ailleurs dans quelques mois, nous espé­rons publier un livre qui aura pour titre « Ils L’ont décou­ron­né ». Ils L’ont décou­ron­né, oui mes bien chers frères ; ils ont décou­ron­né Notre Seigneur Jésus-​Christ, notre Roi, Celui qui doit régner ; Celui sans le règne duquel nous sommes per­dus. Il doit régner : Oportet illum regnare (1 Co 15,25).

Eh bien nous pen­sons que mal­heu­reu­se­ment, ceux qui conti­nuent dans les prin­cipes de 89, ceux qui veulent adop­ter les prin­cipes de 89 dans l’Église, décou­ronnent Notre Seigneur Jésus-​Christ. Les per­sé­cu­tions qui ont eu lieu contre les catho­liques à cette époque et après, le mani­festent suf­fi­sam­ment selon les prin­cipes de 89.

Alors demeu­rons fermes dans la foi et deman­dons à la Vierge Marie, la Reine du monde, la Mère de Jésus, elle qui est forte comme une armée ran­gée en bataille, de venir à notre aide, pour conti­nuer sans faillir, sans fai­blesse encore une fois, comme vous avez fait à Sion, je vous en féli­cite. Vous avez construit une église où Jésus-​Christ sera prê­ché dans toute son inté­gri­té, dans toute sa foi, à Riddes et bien­tôt vous aurez une école à Salvan. Eh bien, je vous en féli­cite de tout cœur. Vous pro­té­gez ain­si vos familles du Valais. Ce Valais qui fut si catho­lique, si catho­lique qu’il y avait des voca­tions dans toutes les familles, qui en envoyaient dans tous les pays de mis­sions. Mais voi­là que par l’esprit du concile, le Valais n’est plus un État catho­lique. C’est un État neutre qui désor­mais admet aus­si bien le pro­tes­tan­tisme que le catho­li­cisme. C’est là une chose très grave pour le Valais. Et vous en voyez déjà les consé­quences par l’immoralité qui se répand par­tout aus­si dans vos villages.

Alors ne crai­gnons pas d’être en quelque sorte en marge, de l’Église offi­cielle. Mais nous sommes membres de l’Église catho­lique et romaine. Même si ceux qui occupent les sièges épis­co­paux actuel­le­ment nous estiment comme presque hors de l’Église.

Pas du tout ! Nous sommes les pierres vivantes de l’Église catho­lique. Ce sont eux qui sont en train de s’éloigner de l’Église catho­lique et qui ne prêchent plus la véri­table doc­trine de l’Église.

Alors prions la très Sainte Vierge Marie qu’elle nous garde cette foi.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.