La crise mariale chez les jésuites

Le Père Bernard Sesboüé, jésuite (1929-2021).

Le pape François est un jésuite. En ce qui concerne la Mariologie, il marche dans les pas d’un autre fils de saint Ignace, le Père Bernard Sesboüé (1929–2021).

Le pape François, dans une homé­lie du 12 décembre 2019, a affir­mé que Marie « ne s’est jamais pré­sen­tée comme Corédemptrice ». Il a ajou­té : « Ne nous per­dons pas dans ces sot­tises ». Le 24 mars 2021, le pape réaf­fir­mait une nou­velle fois : « Il n’y a pas de coré­demp­teurs avec le Christ. […] La Vierge comme Mère à laquelle Jésus nous a confiés, nous enve­loppe tous ; mais comme Mère, pas comme déesse, pas comme Corédemptrice ».

Sur ce point, François est en rup­ture avec ses pré­dé­ces­seurs d’avant Vatican II. 

En effet, dans le volume des Enseignements pon­ti­fi­caux de Solesmes, Notre-​Dame (Desclée, 1958), on peut lire le résu­mé de l’enseignement des papes à ce sujet : « Marie est Corédemptrice. Marie a des liens avec la Rédemption : Elle la com­mence, Elle y coopère, Elle y prend réel­le­ment part, et Elle rachète le genre humain comme asso­ciée au Rédempteur, et donc comme Corédemptrice. Sa Corédemption est d’abord médiate ou indi­recte. Elle est média­trice en deve­nant Mère, puisqu’Elle donne le Christ Sauveur. Par son libre consen­te­ment à l’Incarnation, Elle donne et pré­pare la vic­time du sacri­fice : Corps et Sang du Christ sont le corps et le sang de Marie. (…) Elle est Mère du Christ pour notre salut. (…) Elle conduit le Christ à son œuvre de Rédemption jusqu’à la Croix. Sa Corédemption est aus­si directe. Marie acquiert toute grâce par sa par­ti­ci­pa­tion à la Croix. Elle est unie à son Fils cru­ci­fié, joi­gnant ses souf­frances à celles de son Fils, ain­si que ses larmes. Par sa cha­ri­té et par son cœur, Elle meurt avec Jésus. Elle est par cette union, répa­ra­trice et cause de salut. Elle a rache­té les hommes, par mode de sacri­fice : Marie pré­sente la Victime du salut, l’offre pour nous à la Justice divine. Elle se donne Elle-​même comme Mère et Médiatrice : Elle offre son amour et ses droits mater­nels. Elle est volon­tai­re­ment pré­sente au Sacrifice rédemp­teur, en offrant le sacri­fice d’une mère. En résu­mé, de l’Annonciation au Calvaire, Marie s’est étroi­te­ment unie au Sacrifice de son Fils. Elle a rache­té les hommes par mode de mérite : Marie, par ses mérites, prend part à la Rédemption ; ils sont pro­por­tion­nés à sa sain­te­té, à son union au Christ. Elle [nous] mérite de congruo (en cha­ri­té) ce que le Christ [nous] a méri­té de condi­gno (en jus­tice). Elle com­plète la Passion du Christ plus que les autres chré­tiens. Elle recueille l’héritage de labeur que Lui a légué son Fils. Le Christ en Croix confirme ce des­sein de Dieu sur Marie » [1].

Le pape François est un jésuite. En ce qui concerne la Mariologie, il est en rup­ture avec ses pré­dé­ces­seurs d’avant Vatican II. En cela, il marche dans les pas d’un autre fils de saint Ignace, le Père Bernard Sesboüé qui, dans un article de la revue Christus[2], affirme : « Marie demeure dans cer­tains milieux l’objet d’une dévo­tion et d’une théo­lo­gie héri­tées du mou­ve­ment marial anté­rieur à Vatican IIet qui, avec les meilleures inten­tions du monde, résiste à entrer dans la visée propre à ce Concile. Cette ten­dance se mani­feste plus for­te­ment aujourd’hui, au nom sans doute de l’axiome médié­val : De Maria num­quam satis (De Marie, on ne par­le­ra jamais assez). Elle s’exprime de manières diverses, dans la théo­lo­gie, par des péti­tions adres­sées à Rome et dans cer­taines mani­fes­ta­tions popu­laires »[3]

Il s’en explique : « La mario­lo­gie pré­con­ci­liaire s’était enga­gée dans la requête de défi­ni­tions dog­ma­tiques nou­velles. Vatican II a expri­mé un refus net de conti­nuer dans cette voie… Or une requête s’exprime aujourd’hui dans le sens de nou­velles défi­ni­tions, comme si le dogme marial avait besoin d’être com­plé­té ou ache­vé. Il ne s’agit plus d’ailleurs d’aspects de l’itinéraire spi­ri­tuel de Marie, ni de sa place dans l’histoire du salut, mais de titres per­son­nels que l’on demande de voir défi­nir. Ces der­nières années, diverses péti­tions, signées de car­di­naux (on parle de qua­rante), d’évêques (quatre cent trente-​cinq) et de fidèles (quatre mil­lions, dit-​on), sont par­ve­nues au Saint-​Siège pour deman­der la défi­ni­tion de trois nou­veaux titres marials, ceux de Médiatrice, de Corédemptrice et d’Avocate »[4]. Ensuite, il montre sa satis­fac­tion que les auto­ri­tés romaines res­tent inflexibles, et il ajoute ceci : « On sou­hai­te­rait qu’aujourd’hui les zéla­teurs de la Vierge Marie acceptent enfin de ne plus Lui por­ter tort par leurs outrances et recon­naissent que le plus grand hon­neur qu’ils puissent Lui rendre, c’est de La res­pec­ter selon ce qu’Elle fut dans l’Evangile : la ser­vante du Seigneur » (p. 86). Enfin, il nous fait part de son indi­gna­tion au sujet de cer­taines mani­fes­ta­tions popu­laires : « Nous avons connu en France les mani­fes­ta­tions des vierges pèle­rines, sta­tues pro­me­nées d’église en église, accom­pa­gnées d’un dis­cours dévo­tion­nel et de gestes de pié­té qui sont bien éloi­gnés des orien­ta­tions de Vatican II. La vigi­lance pour une caté­chèse mariale authen­tique s’impose plus que jamais »[5].

Voilà où en sont les jésuites.…

Sources : Bulletins de la Confrérie Marie Reine des Cœurs n° 191 et n° 195

Notes de bas de page

  1. op. cit. pp. [40]-[42][]
  2. n° 206 Hors-​série, mai 2005[]
  3. op. cit. p. 84[]
  4. p. 85[]
  5. p. 87[]