Mgr Lefebvre et la prédication de la foi, sous le patronage de saint Paul, abbé Thiérry Roy – 25 Mars 2016


Monseigneur Marcel Lefebvre – [29/​11/​1905 – 25/​03/​1991]

« Comment croiront-​ils en celui dont ils n’ont pas enten­du par­ler ? et com­ment en entendront-​ils par­ler, si per­sonne ne le leur prêche ? » (Rom. X, 14)

Dans une lettre du 26 mars 1961 adres­sée à son dio­cèse, Monseigneur Lefebvre, alors arche­vêque de Dakar, cite ces lignes du Révérend Père Daniélou :

« Si nous ne disons pas la véri­té aux autres, c’est peut-​être parce que nous sen­tons qu’ils ne sont pas dis­po­sés à la rece­voir, mais c’est aus­si sou­vent par lâche­té, par égoïsme, parce que nous n’a­vons pas le cou­rage d’af­fron­ter leur mécon­ten­te­ment. Parce que nous crai­gnons de leur déplaire nous n’o­sons pas les aimer vrai­ment et jus­qu’au bout [allu­sion à Jean, XIII, 1]. Car aimer les autres, c’est vou­loir leur bien, même contre eux-​mêmes. Aimer les autres, c’est les aider à faire triom­pher en eux leur véri­té sur leur pauvre réa­li­té quo­ti­dienne. Aimer, c’est aider chaque homme à réa­li­ser sur lui le des­sein de Dieu. Il est cer­tain que cette forme de cha­ri­té empêche de concé­der aux autres ce que l’on sait n’être pas leur bien. Le véri­table aimant est celui qui, fidè­le­ment, patiem­ment, avec réa­lisme, dans le silence (car l’a­mour est fidèle, patient, intel­li­gent, plein de tact) essaie d’ai­der les autres à réa­li­ser ce qu’ils portent de meilleur en eux.

« Dans le monde d’au­jourd’­hui, des mil­lions d’âmes sont pri­vées du pain vivant de la véri­té, et ceci, nous n’a­vons pas le droit de le sup­por­ter. Nous le sup­por­tons beau­coup trop faci­le­ment. En prendre son par­ti, ce n’est pas aimer. Il ne s’a­git pas ici de com­battre, il s’a­git de sau­ver. On pense trop géné­ra­le­ment qu’il n’y a pas d’es­pace entre le conflit et la com­pli­ci­té. Il y en a un, c’est l’a­mour, l’a­mour qui ne prend pas son par­ti de voir les hommes en dehors de ce qu’il sait être la vraie vie et qui cherche à les aider à réa­li­ser entre eux cette vie-​là, qui va à tous les hommes sans faiblesse.

« Mais si la pre­mière des cha­ri­tés est de don­ner la véri­té, cette véri­té doit être don­née dans la cha­ri­té. Il y a une façon de ser­vir la véri­té qui, pré­ci­sé­ment parce qu’on ne la sert pas assez dans la cha­ri­té, finit par faire du mal à la véri­té. Nous sen­tons très bien qu’il peut y avoir dans notre manière de ser­vir la véri­té quelque chose de très impur : la véri­té devient notre affaire, son triomphe est notre triomphe. A par­tir de ce moment-​là, ce n’est plus elle que nous ser­vons, c’est nous. Et puis, nous sommes satis­faits de pos­sé­der la véri­té, alors que d’autres ne la pos­sèdent pas. Nous abor­dons l’autre dans une atti­tude de propriétaire.

« La véri­table atti­tude est bien dif­fé­rente. Moi, je suis aus­si pauvre que l’autre, par moi-​même je n’ai abso­lu­ment rien. La véri­té n’est pas ma véri­té ; elle m’a été don­née et je devrais sen­tir com­bien je la reçois mal. C’est pour­quoi je dois sim­ple­ment lui rendre témoi­gnage avec le sen­ti­ment que j’en suis très indigne. Loin de dire aux autres : « Faites comme moi », je dois dire : « Imitez Jésus-​Christ, Lui est la vraie vie. Je ne suis qu’un témoin impar­fait qui s’est mis à sa suite. Ce dont je témoigne m’a été don­né, me dépasse infi­ni­ment, et c’est le bien com­mun de tous les hommes ». Ainsi, je peux ser­vir la véri­té dans l’hu­mi­li­té, sans humi­lier la véri­té. Ceci est vrai aus­si au niveau col­lec­tif. Si l’Occident a reçu le chris­tia­nisme le pre­mier, il n’en est nul­le­ment pro­prié­taire, mais seule­ment dépositaire.

« Une autre défor­ma­tion dans la façon de pré­sen­ter la véri­té serait de recher­cher avant tout des résul­tats appa­rents et rapides. Caritas patiens est, a dit saint Paul. Etre patient ne signi­fie pas prendre son par­ti. La patience est une atti­tude émi­nem­ment active ; sans for­cer le des­sein de Dieu, on entre dans ses longs délais. C’est là une atti­tude res­pec­tueuse des per­sonnes, inter­mé­diaire entre un pro­sé­ly­tisme intem­pes­tif et une pseudo-​tolérance qui met­trait tout sur le même plan. » 

Dans une lettre de Noël 1977 adres­sée aux membres de la Fraternité Saint Pie X, Monseigneur Lefebvre écri­vait ces lignes : 

« Dans cette période de confu­sion, (…) évi­tons les prises de posi­tion extrêmes qui ne cor­res­pondent pas à la réa­li­té, mais à des a prio­ri, qui troublent inuti­le­ment les consciences sans les éclai­rer. Evitons le zèle amer que condamne saint Pie X dans sa pre­mière ency­clique : « Mais pour que ce zèle à ensei­gner pro­duise les fruits qu’on en espère et serve à for­mer en tous le Christ, rien n’est plus effi­cace que la cha­ri­té ; gra­vons cela for­te­ment dans notre mémoire, ô Vénérables Frères, car le Seigneur n’est pas dans la com­mo­tion (1Rois, XIX, 11). En vain espérerait-​on atti­rer les âmes à Dieu par un zèle empreint d’a­mer­tume ; repro­cher dure­ment les erreurs et reprendre les vices avec âpre­té cause très sou­vent plus de dom­mage que de pro­fit. Il est vrai que l’Apôtre, exhor­tant Timothée, lui disait : Accuse, sup­plie, reprends, mais il ajou­tait : en toute patience (2Tim. IV, 2). Rien de plus conforme aux exemples que Jésus-​Christ nous a lais­sés. C’est lui qui nous adresse cette invi­ta­tion : Venez à moi, vous tous qui souf­frez et qui gémis­sez sous le far­deau, et je vous sou­la­ge­rai (Matth. XI, 28). Et, dans sa pen­sée, ces infirmes et ces oppri­més n’é­taient autres que les esclaves de l’er­reur et du péché. Quelle man­sué­tude, en effet, dans ce divin Maître ! Quelle ten­dresse, quelle com­pas­sion envers tous les malheureux ! » 

Abbé Thierry Roy, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Sources : Le Carillon du Nord n° 176 de mars 2016/​La Porte Latine du 28 mars 2016

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