Sermon de Mgr Lefebvre – Ordinations ordres mineurs- 30 mars 1974

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Une jour­née d’ordinations dans un sémi­naire est tou­jours une étape impor­tante dans la vie du séminariste.

Une étape impor­tante, non seule­ment parce qu’elle le place dans la hié­rar­chie de l’Église, du cler­gé, sur­tout par les grâces qu’elle lui confère, qu’elle lui donne, mais encore par les grâces par­ti­cu­lières qui l’approchent tou­jours davan­tage du sacer­doce de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Aujourd’hui, mes bien chers amis, par ces ordres mineurs que vous allez rece­voir, vous allez par­ti­ci­per d’une manière plus par­ti­cu­lière au sacre­ment de l’ordre. Et c’est pour­quoi, si vous vou­lez com­prendre d’une manière plus pro­fonde, plus par­faite les grâces que vous allez rece­voir aujourd’hui, il est bon de se repor­ter à ce qui fait la per­fec­tion du sacre­ment de l’ordre.

Si Notre Seigneur Jésus-​Christ a vou­lu ins­ti­tuer le sacre­ment de l’ordre c’est pour conti­nuer son Incarnation et sa Rédemption par­mi nous.

Donc son œuvre prin­ci­pale, l’œuvre que la Sainte Trinité a vou­lue de toute éter­ni­té, nous faire par­ti­ci­per à l’humanité de Notre Seigneur Jésus-​Christ, à son Incarnation, nous faire par­ti­ci­per à sa Rédemption par l’union à son Corps, à son Sang, à son Âme, à sa Divinité.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Et c’est pour­quoi le sacre­ment de l’ordre est si impor­tant dans la Sainte Église, parce qu’il est la rai­son d’être de la Sainte Église. Je dirai qu’il est la rai­son d’être de toute la créa­tion du Bon Dieu : l’Incarnation et la Rédemption.

N’est-il pas vrai en effet, mes chers amis, que par le Saint Sacrifice de la messe Notre Seigneur Jésus-​Christ conti­nue son Incarnation ? On ne peut pas dire que Notre Seigneur est dans la Sainte Eucharistie comme dans sa chair mor­telle, en ce sens que l’on ne peut pas dire que Notre Seigneur est impa­né en quelque sorte. L’impanation n’est pas admise par la Sainte Église. Il s’agit d’une trans­sub­stan­tia­tion. Notre Seigneur est dans sa sub­stance même dans la Sainte Eucharistie. Mais Il conti­nue bien son Incarnation dans la Sainte Eucharistie ; Il pro­longe sa Sainte Incarnation. Il la pro­longe dans la Sainte Eucharistie par sa Présence réelle et Il veut en quelque sorte s’incarner en nous. C’est pour être en nous qu’il est dans la Sainte Eucharistie. C’est pour nous trans­for­mer nous, pauvres créa­tures péche­resses, pour nous rache­ter, pour nous puri­fier de son Sang, pour nous unir à Lui, pour nous pré­pa­rer à la vie éter­nelle, que Notre Seigneur Jésus-​Christ conti­nue son Incarnation dans la Sainte Eucharistie.

Et c’est donc ain­si que Notre Seigneur a enten­du conti­nuer la Rédemption, pré­pa­rer les âmes qui sont dans l’état d’emprunter la voie, qui marchent comme des pèle­rins, vers la vie éter­nelle, pour les pré­pa­rer à cette vie éter­nelle. C’est pour­quoi le sacre­ment de l’ordre est le plus beau, le plus grand, par­mi tous les sacre­ments. Parce que rien ne fait appro­cher de Dieu, rien ne fait com­prendre Dieu, rien n’approche du grand mys­tère de la foi, comme le Saint Sacrifice de la messe et comme du prêtre.

C’est pour­quoi, il est beau­coup exi­gé de vous, mes chers amis, beau­coup. Non seule­ment par Dieu qui veut que ses prêtres soient saints, qui veut que ses prêtres soient purs, qui veut que ses prêtres soient chastes, mais encore aus­si par les fidèles.

Les fidèles sont en droit d’attendre de vous ces ver­tus ; ils sont en droit d’attendre de vous, des prêtres qui leur font aus­si péné­trer dans ce mys­tère. Ce mys­tère dont le prêtre est la voie, dont le prêtre est l’instrument. Car le mys­tère de Dieu, c’est le mys­tère de toute notre vie ; c’est le mys­tère de l’éternité : appro­cher du grand mys­tère de Dieu.

Voyez avec quelle crainte et avec quel res­pect, Moïse s’est appro­ché de Dieu sur le mont Sinaï, éloi­gné de son peuple. Il s’est pros­ter­né auprès de ce buis­son ardent qui était Dieu, qui était le sym­bole de Dieu et qui en signi­fiait sa Présence.

Eh bien, ce mys­tère, c’est cela pour lequel nous sommes créés, pour lequel nous sommes ici-​bas, pour nous pré­pa­rer à vivre de ce mys­tère et pour en vivre déjà, dès ici-bas.

Et nous en vivons pré­ci­sé­ment par ce grand mys­tère de notre foi. Ce n’est pas autre chose, ce mys­tère de notre foi, que le mys­tère de Dieu, mys­tère de Dieu Créateur, mys­tère de Dieu Rédempteur.

C’est comme cela que vous com­pren­drez, mes chers amis, que ce début de votre marche vers le sacer­doce, par les ordres de Portier et de Lecteur, vous feront appro­cher d’une manière sublime, déjà, de ce grand mys­tère de notre foi.

Quelles seront les grâces que vous rece­vrez par­ti­cu­liè­re­ment dans ces deux par­ti­ci­pa­tions au sacre­ment de l’ordre ?

Le Portier est celui qui garde la mai­son de Dieu et qui a cette foi, ce sen­ti­ment qu’il a pour charge de don­ner à ce lieu, où Notre Seigneur s’offre ; où Notre Seigneur conti­nue de s’offrir à son Père ; où Notre Seigneur est pré­sent dans la Sainte Eucharistie, à don­ner à ce lieu toute la signi­fi­ca­tion du mys­tère qui se trouve réa­li­sé dans la Sainte Eucharistie.

Et par consé­quent que ce lieu, soit le moins indigne pos­sible de Celui qui l’habite. Ô certes ce sera tou­jours indigne de la gran­deur de Dieu, de la subli­mi­té de Dieu, de la per­fec­tion de Dieu, de la Toute-​Puissance de Dieu. Mais cepen­dant qu’au moins les fidèles qui entrent et lorsque tous ceux qui pénètrent dans la Maison de Dieu, aient ce sen­ti­ment de gran­deur, de noblesse, de la Présence de Dieu. Qu’ils aient ce désir de s’agenouiller, d’adorer Dieu, de Le voir pré­sent par les yeux de la foi et ain­si de par­ti­ci­per vrai­ment au mys­tère de Dieu.

C’est cela le rôle du Portier, de faire en sorte que la Maison de Dieu soit vrai­ment la Maison de Dieu et par consé­quent qu’elle soit tou­jours propre, en ordre, que tout y soit digne de Celui qui est présent.

Par consé­quent désor­mais, mes chers amis, il fau­dra avoir ce sen­ti­ment, ce désir de voir toutes les Maisons de Dieu, dignes de Dieu, afin de don­ner aux fidèles, cette grande leçon que le temple de Dieu, ce caté­chisme en images qu’est en réa­li­té la Maison de Dieu ; qu’ils y voient pré­ci­sé­ment et le mys­tère de l’Incarnation de Dieu dans la Sainte Eucharistie et le mys­tère de la Rédemption par la Croix de Notre Seigneur, par la pré­sence du Corps et du Sang de Notre Seigneur dans la Sainte Eucharistie. Que tout cela parle à leurs yeux et soit pour eux un signe d’espérance, un signe de la cha­ri­té de la part de Dieu et une rai­son pour eux de L’aimer de tout leur cœur et de Le servir.

Que toutes les sta­tues qui sont dans les églises, les fassent pen­ser à l’Église triom­phante ; que tout ce qui est dans l’église aus­si par les sacre­ments, les bap­tis­tères, les confes­sion­naux, la chaire de véri­té, tout cela leur rap­pelle qu’ils sont aus­si dans l’état de voie et qu’ils doivent se puri­fier, se pré­pa­rer à par­ti­ci­per à ces saints mys­tères. Que tout cela leur rap­pelle l’Église mili­tante. Et ain­si qu’ils par­ti­cipent vrai­ment à la vie de l’Église lorsqu’ils pénètrent dans ces lieux de culte.

Que vous ayez ce sou­ci d’exciter la foi des fidèles et de leur faire com­prendre ce qui se réa­lise vrai­ment dans ce Temple de Dieu.

Et ce sera pré­ci­sé­ment le rôle du Lecteur qui n’est pas autre chose qu’un caté­chiste. Le Lecteur est celui qui ini­tie­ra les fidèles à savoir ce que sont les véri­tés de leur foi. Il suf­fit d’ouvrir le caté­chisme du concile de Trente pour savoir ce qui dans les grandes lignes, doit être le résu­mé de notre foi. Le Symbole des apôtres, le Décalogue, le Saint Sacrifice de la messe et les sacre­ments et la prière du Pater nos­ter. Ce sont les quatre points essen­tiels, fon­da­men­taux que le Lecteur, que le caté­chiste doit apprendre à tous ceux qui veulent s’approcher de Notre Seigneur Jésus-​Christ. À tous ceux qui veulent vrai­ment par­ti­ci­per par la foi, à la vision béa­ti­fique qu’ont déjà les élus du Ciel, par le Credo. Le Credo de Nicée, par le Credo des apôtres, par l’application de ce Credo dans la vie cou­rante, dans la vie quo­ti­dienne, par le Décalogue, par les ver­tus morales, par les ver­tus théo­lo­gales, par les ver­tus natu­relles, les ver­tus sur­na­tu­relles et puis par le Saint Sacrifice de la messe, par les sacre­ments et enfin par la belle prière, par la prière du Pater. Apprendre aux fidèles à prier.

Voilà, chers amis, la grâce que vous allez rece­voir aujourd’hui d’une manière toute par­ti­cu­lière. Il fau­dra que vous ayez conscience que quelque chose est chan­gé en vous. Il fau­dra que vous en ayez conscience, que vous avez fran­chi une étape, que le Bon Dieu vous a don­né quelque chose, une force, une part de son Esprit Saint qui fait que vous avez une foi plus vive. La foi, dit saint Paul, c’est ce qui nous montre, ce qui nous fait croire, ce qui nous fait voir en quelque sorte des choses que l’on ne voit pas, qui ne sont pas apparentes.

Mais il faut croire à la Présence réelle, croire à toutes les Vérités révé­lées par Notre Seigneur, d’une manière vraie, pro­fonde, de telle sorte que nous agis­sions dans notre vie, que toute notre atti­tude soit telle que si nous les voyions, que si nous en vivions vraiment.

Plus nous serons péné­trés de la réa­li­té de ces choses, la grande réa­li­té que nous apprend notre foi, plus nous vivrons selon notre foi. C’est peut-​être aujourd’hui ce qui manque le plus et qui mène à l’abandon de la foi, l’abandon des réa­li­tés célestes que Notre Seigneur nous a révélées.

Ainsi donc, nous allons prier main­te­nant, tous ensemble, pour deman­der à Dieu de vous don­ner des grâces. Et soyez cer­tains qu’elles seront pour vous une grande joie ; elles seront la cause d’une joie pro­fonde ; une joie spi­ri­tuelle, une joie sur­na­tu­relle. Cette convic­tion que vous avez reçu des grâces par­ti­cu­lières aujourd’hui, qui vous pré­parent à gar­der dans sa sain­te­té le Temple de Dieu et à ins­truire les fidèles des Vérités de la foi.

Et vous deman­de­rez par­ti­cu­liè­re­ment – et nous le deman­de­rons tous ensemble – à la très Sainte Vierge Marie, mère du Prêtre éter­nel, elle qui L’a pré­pa­ré, nous deman­de­rons à la très Sainte Vierge Marie de vous don­ner les grâces qu’elle a eues et de par­ti­ci­per aux grâces qu’elle a eues pour pré­pa­rer le Cœur de Notre Seigneur. Préparer, c’est une manière de dire, car Notre Seigneur était par­fait ; elle n’avait plus à Le pré­pa­rer, mais à L’entourer et à lui mani­fes­ter toute son affec­tion mater­nelle, toute sa vigi­lance maternelle.

Eh bien, quelle le fasse auprès de vous qui avez besoin de ces grâces, afin que vous en soyez rem­plis et qu’elles soient pour vous la source tou­jours d’une grande joie et d’un grand zèle pour votre sacerdoce.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.