Saint Timothée

Saint Timothée, évêque d'Ephèse. Vers 1160. Provenance : chapelle Saint-Sébastien de l'église abbatiale Saint-Pierre et Saint-Paul de Neuwiller-les-Saverne, Alsace.

Disciple de saint Paul, pre­mier évêque d’Éphèse et mar­tyr (26 ?-97 ?).

Fête le 24 janvier.

Au cours de l’année 46, pro­ba­ble­ment, deux hommes de phy­sionomies bien dif­fé­rentes fran­chis­saient un jour les portes de Lystra, ancienne ville de la Lycaonie Galatique, dont les ruines se trouvent, croit-​on, aux envi­rons de Khatoun-​Seraï ou de Zoldera, sur l’un des pla­teaux du Taurus, en Asie Mineure. L’un, de noble et belle pres­tance, s’appelait Barnabé ; l’autre, chauve, petit, presque laid de visage, était Paul, l’apôtre des Gentils. Chassés d’Ico­nium (aujourd’hui Koniah) par la per­sé­cu­tion, ils venaient de par­courir péni­ble­ment les 40 kilo­mètres qui sépa­raient les deux villes, sou­te­nus par l’espérance de trou­ver dans la popu­la­tion de Lystra, encore presque entiè­re­ment païenne, des âmes bien dis­po­sées, parce que neuves, à rece­voir la Bonne Nouvelle.

Première rencontre de saint Timothée avec saint Paul.

La Providence les ser­vit à sou­hait. A peine arri­vés, ils rencon­trèrent une famille juive, qui était peut-​être, comme Origène semble l’insinuer, appa­ren­tée avec saint Paul. Trois per­sonnes seule­ment la com­po­saient : une aïeule véné­rable, nom­mée Lois, sa fille Eunice et le fils de celle-​ci, appe­lé Timothée. Lois et Eunice obser­vaient fidè­le­ment la loi de Moïse, et Paul en est lui-​même le garant lorsque, par­ve­nu au terme de sa car­rière, il rap­pelle (II Tim. 1, 5) « la foi sin­cère qui habi­tait dans leurs cœurs ». Quant à Timothée, dont le nom signi­fie « celui qui honore Dieu », il était alors dans la fleur de l’âge et comp­tait une ving­taine d’années, puisque, envi­ron cinq ans plus tard, l’Apôtre, reve­nant à Lystra, le trou­va, quoique bien jeune, en état d’être éle­vé au sacer­doce. Par condes­cen­dance pour son époux, qui était païen, Eunice n’avait point fait circon­cire son enfant huit jours après sa nais­sance, comme l’aurait vou­lu la loi mosaïque ; elle en avait néan­moins sur­veillé l’éducation avec le plus grand soin et, au témoi­gnage de saint Paul (II Tim. 1, 5), l’avait nour­ri des Saintes Ecritures dès l’âge le plus tendre. On com­prend que les ensei­gne­ments de Paul, tom­bant sur un ter­rain si bien pré­pa­ré, ne pou­vaient pro­duire que des fruits aus­si excel­lents qu’abondants ; bien­tôt, Lois, Eunice et Timothée embras­sèrent la foi chré­tienne et furent baptisés.

Un évé­ne­ment extra­or­di­naire devait, peu de temps après, empê­cher saint Paul de conti­nuer son œuvre auprès de cette famille pri­vi­lé­giée et des autres habi­tants de Lystra, qui avaient aus­si en grand nombre accueilli la parole de Dieu. Un jour, Paul prê­chait. Parmi ses audi­teurs, il aper­çoit un homme qui, para­ly­sé dès sa nais­sance, n’avait jamais pu faire usage de ses jambes. Il le regarde et lui com­mande : « Lève-​toi droit sur tes pieds ! » Aussitôt le paraly­tique obéit ; il se lève, saute et marche, comme s’il n’avait jamais été infirme. A cette vue, la foule éclate en trans­ports d’enthou­siasme. Pour elle, Paul et Barnabé sont des dieux : on va offrir un sacri­fice en leur hon­neur. Les deux apôtres eurent toutes les peines du monde à empê­cher cet hom­mage sacri­lège. Les habi­tants de Lystra cédèrent cepen­dant à leurs objur­ga­tions ; ils se reti­rèrent, mais en gar­dant une vive ran­cune à l’égard de Paul et de Barnabé. Quelques jours après, ils assaillirent à coups de pierres Paul qui pas­sait dans la rue et le lais­sèrent pour mort. L’Apôtre put cepen­dant se rele­ver et se reti­rer chez Eunice. Il y pas­sa la nuit, y fut soi­gné de ses bles­sures et put dès le len­de­main quit­ter la ville. Avant de par­tir, il recom­man­da à cette sainte femme de déve­lop­per dans le cœur de son fils la divine semence qu’il y avait dépo­sée ; Eunice devait s’acquitter plei­ne­ment de cette déli­cate mission.

Vocation de saint Timothée à l’apostolat. – Son ordination.

Lorsque cinq ans plus tard, vrai­sem­bla­ble­ment en l’an 52, saint Paul revint à Lystra, une de ses pre­mières visites fut pour Eunice, qui lui offrit, sans doute, une géné­reuse hos­pi­ta­li­té. Il retrou­va Timothée dans toute la force et la grâce de ses quelques vingt-​cinq ans. Le jeune homme avait mer­veilleu­se­ment pro­fi­té des leçons mater­nelles, comme aus­si des dons natu­rels et sur­na­tu­rels que Dieu, qui vou­lait en faire son prêtre et son apôtre, lui avait pro­di­gués. De fait, ses com­pa­triotes eux mêmes avaient remar­qué ses qua­li­tés et ses ver­tus, tous en fai­saient le plus juste éloge.

Paul eut aus­si­tôt l’impression que Dieu, sui­vant l’expression de saint Jean Chrysostome, allait « lui rendre en Timothée ce qu’il lui avait enle­vé par la retraite de Barnabé ». Il eut comme l’intui­tion qu’il trou­ve­rait en ce jeune homme si bien doué un ami avec lequel il ne ferait qu’un cœur et qu’une âme et pour lequel il pour­rait avoir l’affection d’un père à l’égard de son fils. Il se mit donc à en étu­dier les dis­po­si­tions et les apti­tudes, puis, ayant reçu de Dieu, semble-​t-​il, une révé­la­tion à ce sujet, il lui fit part de son pro­jet et lui pro­po­sa de l’associer à ses courses apos­to­liques. Bien que timide de son natu­rel et d’une san­té plu­tôt ché­tive, Timothée accep­ta les offres de saint Paul. Le cœur de l’Apôtre tres­saillit d’allégresse, mais il vou­lut cepen­dant attendre, réflé­chir encore, s’entourer de toutes les pré­cau­tions ; il alla à Iconium et emme­na son dis­ciple avec lui. Dans cette ville, il recueillit les mêmes témoi­gnages en faveur de l’élu. Alors, il n’hésita plus et il lui impo­sa les mains en pré­sence du Collège pres­by­té­ral. A ce moment solen­nel, la grâce des­cen­dit abon­dante dans l’âme du nou­veau prêtre, une grâce spé­ciale, dont saint Paul eut révé­la­tion (I Tim. IV, 14) et que plus tard il rap­pel­le­ra à Timothée, en le conju­rant de la res­sus­ci­ter en lui.

Sa circoncision. – Il accompagne saint Paul en Galatie.

Ordonné prêtre, Timothée reçut de son maître la mis­sion de prê­cher l’Evangile. Toutefois, fils d’un père païen, il n’avait jamais reçu l’initiation judaïque de la cir­con­ci­sion. Cette situa­tion pou­vait com­pro­mettre gra­ve­ment le suc­cès de son apos­to­lat auprès des Juifs, qui n’auraient consen­ti que très dif­fi­ci­le­ment à recon­naître l’au­to­ri­té d’un incir­con­cis. Dans cette conjonc­ture déli­cate, Paul fit preuve d’un esprit pra­tique et d’une condes­cen­dance remar­quable. Personnellement, il était d’avis que la cir­con­ci­sion ne pou­vait être impo­sée aux païens qui embras­saient le chris­tia­nisme, et il avait fait pré­va­loir sa thèse à l’assemblée de Jérusalem ; mais il admet­tait aus­si qu’il n’était pas défen­du d’y sou­mettre ceux qui y con­sentaient de leur plein gré. Il crut que dans le cas de Timothée il valait mieux faire une conces­sion aux idées du jour ; pre­nant donc à part son jeune dis­ciple (Act. XVI, 3), il le cir­con­cit. Timothée com­prit par­fai­te­ment les rai­sons de sagesse et de pru­dence qu’avait son maître, et avec une humi­li­té admi­rable il se sou­mit à cette doulou­reuse céré­mo­nie, afin d’assurer le suc­cès de son ministère.

Tout obs­tacle étant ain­si levé, Paul jugea bon, au dire de saint Jean Chrysostome, de confé­rer à son dis­ciple la digni­té épis­co­pale. Avec la plé­ni­tude du sacer­doce, Timothée reçut le pou­voir de gou­verner l’Eglise et même le don des miracles ; dès lors, sa vie se con­fondra, pen­dant plus de dix ans, avec celle de saint Paul.

Accompagnés de Silas, les deux mis­sion­naires quit­tèrent alors Iconium, tra­ver­sèrent la Phrygie et gagnèrent la Galatie propre­ment dite. La pré­di­ca­tion de Paul et de Timothée dans cette région pré­sente, pour les Français, un inté­rêt tout par­ti­cu­lier ; les Galates des­cen­daient, en effet, de ces Celtes ou Gaulois qui, au IIIème siècle avant Jésus-​Christ, avaient enva­hi l’Asie Mineure et s’y étaient éta­blis entre la Phrygie, la Cappadoce, la Bithynie et le Pont. De leur ori­gine, ils avaient gar­dé au phy­sique une blonde che­ve­lure, des yeux bleus ; au moral, un esprit vif, une fougue irré­sis­tible dans le pre­mier élan, une incor­ri­gible légè­re­té, une extrême mobi­li­té d’âme. Paul et Timothée conver­tirent un grand nombre de Galates et orga­ni­sèrent dans le pays diverses commu­nautés bien­tôt flo­ris­santes. Les suc­cès obte­nus durant cette pre­mière mis­sion furent pour le dis­ciple de l’Apôtre un encou­ra­ge­ment pré­cieux ; il devait tou­te­fois faire bien­tôt la triste expé­rience que dans la vie apos­to­lique il y a sou­vent des déboires. Trois ou quatre ans s’étaient à peine écou­lés, que les incons­tants Galates se met­taient à écou­ter de faux doc­teurs et que Paul était obli­gé de leur écrire une lettre véhé­mente pour les adju­rer de res­ter fidèles à la doc­trine qu’il leur avait ensei­gnée lui-même.

Première mission en Macédoine et en Grèce.

En quit­tant la Galatie, Paul et Timothée se diri­gèrent vers la Mysie avec l’intention de visi­ter l’Asie pro­con­su­laire, où s’élevaient de grandes villes telles qu’Ephèse et Smyrne, mais l’Esprit-Saint ne le per­mit pas (Act. XVI, 6). Paul réso­lut alors de pas­ser en Bithynie ; un nou­vel aver­tis­se­ment du ciel le fit renon­cer à son pro­jet. Prenant donc la route du Nord-​Ouest et tra­ver­sant la Mysie, les deux voya­geurs des­cen­dirent les pentes de l’Ida, attei­gnirent les champs où fut Troie, les plaines qu’arrosent le Simoïs et le Scamandre, et arri­vèrent à Troas, sur les bords de la mer. Dans le port d’où, treize cents ans plus tôt, Enée fuyant sa patrie en flammes était par­ti pour cher­cher un refuge en Italie, de nom­breux vais­seaux étaient à l’ancre. Sur lequel d’entre eux prendre pas­sage ? Paul se posait la ques­tion, la Providence se char­gea de la réponse. Une nuit, tan­dis qu’il repo­sait, un homme lui appa­rut et lui dit : « Viens en Macédoine, à notre secours. » (Act. XVI, 9.) Au matin, l’Apôtre se mit à la recherche d’un navire en par­tance pour cette contrée et s’y embar­qua. Après avoir fait relâche à Samothrace, les mis­sion­naires débar­quèrent le len­de­main à Néapolis, l’actuelle Cavala, puis, s’en­gageant dans la mon­tagne, ils arri­vèrent à Philippes.

C’est à Philippes que Timothée éprou­va la pre­mière grande dou­leur de sa car­rière apos­to­lique : il dut, en effet, s’y sépa­rer de son maître. Le suc­cès le plus écla­tant avait cou­ron­né les efforts de Paul et de ses auxi­liaires, mais ces suc­cès mêmes avaient allu­mé la colère de Juifs fana­tiques, réfrac­taires à la lumière évan­gé­lique. Dénoncé aux auto­ri­tés civiles, mis en pri­son, puis déli­vré mira­cu­leu­se­ment, Paul dut quit­ter la ville. Avant de par­tir, il se déci­da à un grand sacri­fice et deman­da à Timothée de res­ter à Philippes pour y con­tinuer son œuvre. Pour la pre­mière fois le jeune mis­sion­naire allait vivre loin de Paul ; sa timi­di­té s’en effraya. Il dut cepen­dant se rési­gner, s’acquitta de sa mis­sion avec tout le zèle dont il était capable et y éprou­va pro­ba­ble­ment de véri­tables conso­la­tions. Les Philippiens, qui res­tèrent tou­jours par­ti­cu­liè­re­ment chers au cœur de saint Paul, méri­tèrent dès ce moment, on peut le croire, les féli­citations que l’Apôtre leur adres­sa, lorsque vers la fin de sa vie il les louait de leur obéis­sance et les appe­lait « sa joie et sa cou­ronne » (Philipp. II, 12 ; IV, 1).

Au sor­tir de Philippes, Paul s’était diri­gé vers Thessalonique, l’ac­tuelle Salonique, puis il était allé à Bérée ; Timothée put l’y rejoindre. Mais peu après, l’Apôtre, ayant été obli­gé de quit­ter Bérée, se ren­dit à Athènes ; il y fit aus­si­tôt venir son dis­ciple. Cette réunion ne devait pas être de longue durée. Bientôt, en effet. Paul rece­vait de mau­vaises nou­velles de Thessalonique, où les fidèles se trou­vaient en butte à toutes sortes de vexa­tions et de per­sé­cu­tions. Empêché d’aller lui-​même les conso­ler dans leurs épreuves et les for­tifier dans la foi, il jugea ne pou­voir mieux faire que de leur envoyer Timothée à sa place. Celui-​ci se mon­tra de nou­veau digne de cette confiance ; il rem­plit sa mis­sion avec suc­cès, puis il se hâta de retour­ner auprès de Paul. L’Apôtre n’était plus à Athènes. Après quelques semaines il était venu s’installer à Corinthe ; c’est là que Timothée le retrou­va. Au retour de son bien-​aimé dis­ciple, Paul s’empressa d’envoyer aux Thessaloniciens une pre­mière lettre pour les féli­ci­ter de leur cou­rage et de leur per­sé­vé­rance, et, peu de temps après, il leur en adres­sa une seconde pour les éclai­rer sur divers points de doc­trine et de morale ; en tête de ces deux lettres, il vou­lut que le nom de Timothée figu­rât à la suite du sien.

Saint Paul et saint Thimothée s’embarquent pour aller évan­gé­li­ser l’Europe

Saint Timothée accompagne saint Paul à Jérusalem. – Nouvelles missions en Macédoine et en Grèce.

Maître et dis­ciple séjour­nèrent à Corinthe un an et demi envi­ron. Au prin­temps de l’an 55, Paul déci­da d’aller à Jérusalem pour les fêtes de Pâques ou de Pentecôte, on ne sait au juste ; Timothée l’ac­compagna. Après quelques jours pas­sés à Ephèse, ils arri­vèrent à Césarée de Palestine et de là s’acheminèrent vers la Ville Sainte.

Quel ne fut pas le bon­heur de Timothée, en fou­lant pour la pre­mière fois la terre sacrée où le Sauveur avait accom­pli l’œuvre de notre rédemp­tion et qu’il avait arro­sée de son sang divin ! C’est évi­dem­ment avec un cœur rem­pli d’amour et de recon­nais­sance qu’il visi­ta Bethléem, le Cénacle, la grotte de l’Agonie, le Calvaire, le mont des Oliviers. Quelle ne fut pas sa joie de conver­ser avec Pierre, le chef de l’Eglise, avec Jean, le dis­ciple bien-​aimé, avec Jacques, le frère du Seigneur ! Il y vit peut-​être aus­si tous les autres apôtres. En effet, si c’est vrai­ment à lui que Denys l’Aréopagite a adres­sé son livre Des noms divins, il les ren­con­tra tous réunis alors pour assis­ter, comme le veut la tra­di­tion, au bien­heu­reux tré­pas de la sainte Mère de Dieu et il aurait été lui-​même témoin de ce glo­rieux événement.

Il dut cepen­dant s’arracher bien­tôt, trop tôt à son gré à toutes ces émo­tions inou­bliables. Au bout de quelques semaines, de quelques jours peut-​être, Paul lui annon­ça qu’il fal­lait par­tir et entre­prendre de nou­velles courses apos­to­liques. Le voyage dura quatre ans. L’Apôtre des nations revit la plu­part des chré­tien­tés qu’il avait pré­cé­dem­ment fon­dées, demeu­ra trois ans à Ephèse et pous­sa jusqu’en Illyrie, d’où il revint à Jérusalem. A Lystra, Timothée put embras­ser, avec quelle ten­dresse on le devine, sa pieuse mère. D’Ephèse, saint Paul le char­gea d’une double mis­sion. Certains abus s’étaient glis­sés par­mi les chré­tiens de Corinthe. Paul jugea que dans la cir­cons­tance il conve­nait de remé­dier au mal par la bon­té plu­tôt que par la rigueur. Il confia donc à son dis­ciple, dont il con­naissait le carac­tère calme et indul­gent, le soin de cette affaire, et il l’envoya à Corinthe. Toutefois, il lui pres­cri­vit de pas­ser par la Macédoine et d’y recueillir les offrandes des­ti­nées aux chré­tiens de Jérusalem. Aussi, lorsque le jeune mis­sion­naire arri­va en Grèce, une lettre de Paul l’y avait pré­cé­dé, où l’Apôtre recom­man­dait aux Corinthiens de lui faire bon accueil. La situa­tion s’était d’ailleurs amé­lio­rée et Timothée put bien­tôt rejoindre son maître en Macé­doine, peut-​être à Philippes. C’est de là, d’après M. Fillion, que Paul écri­vit aux Corinthiens une seconde lettre, dans laquelle nous retrou­vons le nom de Timothée à la suite de celui de saint Paul.

Deuxième voyage à Jérusalem. – A Rome.

Vers la fin de l’an 58, Paul vint à Corinthe et il y demeu­ra trois mois. Son inten­tion était d’y prendre la mer au com­men­ce­ment de l’année sui­vante et d’aller à Jérusalem pour les fêtes de Pentecôte. Au der­nier moment, il dut modi­fier ses pro­jets et remon­ta en Macé­doine pour s’y embar­quer. Toutefois, sur son ordre, Timothée et quelques autres com­pa­gnons prirent un che­min plus court et allèrent l’attendre à Troas. De là, on fit voile pour Milet, où l’on res­ta quelque temps, et fina­le­ment tous débar­quèrent à Ptolémaïs. Le reste de la route se fit à pied.

A Jérusalem, une cruelle épreuve vint bien­tôt four­nir à Timothée l’occasion de témoi­gner à son maître son dévoue­ment et son affec­tion. Traqué par les Juifs et dénon­cé à l’autorité civile, Paul fut enfer­mé dans la for­te­resse, puis conduit à Césarée devant le gouver­neur de la Judée pour les Romains. Sans aucun doute, Timothée fit alors tout ce qui lui fut humai­ne­ment pos­sible pour sou­te­nir et con­soler le cap­tif à César, fut embar­qué pour Rome ; il y arri­va au prin­temps de 62. Timothée fut-​il du voyage ? Les Actes ne le nomment pas expres­sé­ment par­mi les dis­ciples qui accom­pa­gnèrent saint Paul. En tout cas, s’il ne par­tit pas avec lui, il le rejoi­gnit sans trop tar­der, puisque nous voyons son nom à la suite de celui de son maître en tête des Epîtres aux Colos­siens, aux Philippiens et à Philémon, qui furent écrites de Rome, vers l’an 65. En s’appuyant sur l’Epître aux Hébreux (XIII, 23), cer­tains com­men­ta­teurs ont même pen­sé qu’il y fut arrê­té et mis en pri­son. Quoi qu’il en soit, Paul ayant été libé­ré par­tit au commen­cement de 64 pour l’Espagne, d’où repas­sant par l’Italie il retour­na en Asie. Rien ne per­met de dire que Timothée revint direc­te­ment en Asie ; il est, au contraire, tout natu­rel de sup­po­ser que Paul le prit, comme d’habitude, pour com­pa­gnon de voyage

Saint Timothée évêque d’Ephèse. – Son martyre.

En retour­nant en Asie, Paul s’arrêta à Ephèse. Il y prit une grave déter­mi­na­tion. Sentant appro­cher la fin de sa car­rière, il vou­lut pour­voir au gou­ver­ne­ment défi­ni­tif des chré­tien­tés qu’il avait fon­dées. Faisant donc taire ses sen­ti­ments per­son­nels, il confia à son dis­ciple pré­fé­ré la direc­tion per­ma­nente des chré­tiens d’Ephèse et l’ins­ti­tua pre­mier évêque de cette ville. Timothée pou­vait alors avoir une qua­ran­taine d’années ; il dut se rési­gner à accep­ter la lourde charge qui lui était impo­sée, mais ce ne fut pas sans ver­ser d’abon­dantes larmes qu’il se sépa­ra de son maître. Celui-​ci d’ailleurs ne devait pas le lais­ser com­plè­te­ment livré à lui-​même. Un an plus tard, il lui écri­vait de Macédoine une pre­mière lettre ; quelque temps après, il retour­nait le voir à Ephèse ; enfin, la der­nière année de sa vie, il lui adres­sait de sa pri­son de Rome une seconde lettre. Dans toutes ces occa­sions, il se mon­tra pour son dis­ciple plein de ten­dresse et de sol­li­ci­tude, lui don­nant les conseils les plus détaillés pour la bonne admi­nis­tra­tion de son Eglise, les avis les plus pater­nels rela­tivement à sa vie pri­vée et même au soin de sa san­té ! Cette affec­tion ne se démen­tit jamais jusqu’au der­nier jour : Paul eût vou­lu le revoir avant de mou­rir, et dans sa seconde lettre, il lui en témoigne le désir, en l’invitant à venir à Rome. Timothée put-​il répondre à cette invi­ta­tion ? Nous ne savons. Ce qui est hors de doute, c’est que lorsque, au cou­rant de l’été 67, il apprit la mort de son cher maître, il en res­sen­tit la plus vive douleur.

Les rela­tions que Timothée entre­tint dans la suite avec saint Jean atté­nuèrent du moins son afflic­tion et le sou­tinrent dans ses diffi­cultés. L’apôtre de la cha­ri­té avait, en effet, éta­bli à Ephèse sa rési­dence habi­tuelle et il exer­çait sa juri­dic­tion apos­to­lique sur toute l’Asie Mineure. Timothée ne man­qua pas d’en pro­fi­ter ; il eut cer­tainement avec lui des entre­tiens répé­tés et usa lar­ge­ment de ses conseils. De son côté Jean s’y prê­ta volon­tiers et c’est peut-​être au dis­ciple de Paul, comme plu­sieurs l’ont sup­po­sé, qu’il adres­sa dans l’Apocalypse (II, 2–5) ces paroles à la fois louan­geuses et sévères : 

Je connais les œuvres, les tra­vaux, la patience ! Je sais que tu ne peux sup­por­ter les méchants ; que tu as éprou­vé ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et que tu les as trou­vés men­teurs ; que tu as de la patience, que tu as eu à sup­por­ter pour mon nom, et que tu ne t’es point las­sé. Mais j’ai contre toi que tu t’es relâ­ché de ton pre­mier amour. Souviens-​toi donc d’où tu es tom­bé, repens-​toi et reviens à tes pre­mières œuvres ; sinon, je vien­drai à toi, et j’ôterai ton chan­de­lier de sa place, à moins que tu ne te repentes. Pourtant tu as eu la faveur que tu hais les œuvres des nico­laïtes, œuvres que moi aus­si je hais.

Quoi qu’il en soit, si Timothée avait per­du quelque peu de sa fer­veur pre­mière, il répa­ra une infi­dé­li­té passa­gère, d’ailleurs bien expli­cable, par une mort héroïque.

En l’an 97, à ce que l’on croit, les habi­tants d’Ephèse célé­braient les fêtes de Diane, leur grande divi­ni­té. Le 22 jan­vier, ils avaient orga­ni­sé une pro­ces­sion en l’honneur de la déesse et s’y livraient, comme chaque année, à des excès de tous genres. Timothée se por­ta à la ren­contre du cor­tège pour essayer de l’arrêter. Mais la popu­lace exas­pé­rée se jeta sur le pon­tife, le frap­pa à coups de pierres et de mas­sues et le traî­na, san­glant, à tra­vers les rues de la ville. Les chré­tiens par­vinrent à le rele­ver et ils le trans­por­tèrent sur une col­line voi­sine, où bien­tôt après il ren­dit le der­nier soupir.

Les reliques de saint Timothée ont été trans­por­tées à Constanti­nople au IVème siècle, avec celles de saint André, et dépo­sées dans la basi­lique des Saints-​Apôtres, le 24 juin 356, et le Martyrologe Romain en fait, mémoire au 9 mai. Sa fête, fixée dans l’Eglise latine au 24 jan­vier, a été éle­vée par Pie IX au rite double le 18 mai 1854.

Th. Vettard. Sources consul­tées. – Actes des Apôtres. – Epîtres de saint Paul à Timothée. – Fillion, la Sainte Bible com­men­tée (1888–1904). – Vigouroux, Manuel biblique (Paris, 1879). – Abbé Fouard, Saint Paul, ses mis­sions (Paris, 12e éd., 1914). – Emilh Baumann, Saint Paul (Paris, 1926). – (V. S. B. P., n° 484.)